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Mangez-moi, d'Agnès DESARTHE

Publié le par Alice

Mangez-moi, d'Agnès DESARTHE

Quatrième de couverture : Ouvrir un restaurant ? Quelle idée...
C’est pourtant celle qui vient à l’esprit de Myriam, et qu’elle s’empresse de mettre à exécution. Les ennuis commencent car ce restaurant est aussi sa maison. Éviter la faillite, vivre en clandestine et garder le secret sur un itinéraire trop chaotique constitue l’exercice de jonglage auquel elle se livre chaque jour.
Qui est Myriam ? Une collectionneuse de contradictions. Un oxymore ambulant. Bannie de chez elle pour une faute inavouable, c’est une âme errante qui n’aspire qu’à la stabilité, une téméraire qui déteste qu’on la surprenne. Son problème, c’est le temps. Comment faire pour que l’avant et l’après coïncident à nouveau ? Que le passé cesse d’être douloureux et que l’avenir s’éclaire ?
Ce livre dont le titre évoque l’Alice de Lewis Caroll est un roman d’aventures spirituelles, en même temps qu’une chronique d’un genre très particulier. Car on se bouscule dans le restaurant de Myriam. Fleuriste amoureux, jeunes filles philosophes, enfants du quartier, et jusqu’à ce cultivateur dont la science des plantes semble infinie, tous participent de la même comédie humaine, lumineuse, mystérieuse : le monde d’Agnès Desarthe. Un monde où le rêve et le réel s’entrelacent, où les disparus reviennent, où le désir voyage.

 

Ce roman est délicieux, tout d'abord parce qu'il est beaucoup question d'harmonie entres les rencontres, cet instant où tu sens que ce type ou cette fille vont entrer dans ta vie et y trouver leur place, paisiblement ; harmonie aussi des saveurs parce que "Chez moi" c'est le restaurant, l'espace repas que Myriam a décidé d'ouvrir, malgré le gouffre financier que cela a créé. Elle y dort, y travaille, y vit pour tenter de donner un peu de sens à sa vie déconstruite depuis 6 ans.

Myriam cette femme à l'amour brisé, mariée par hasard, enceinte par bonheur, heureuse maman trois jours puis, anéantie dans son élan maternel par une gifle, elle a perdu, à jamais, l'élan de l'instinct dévorant.

Myriam compose ses menus, voulant rassembler dans un même lieu jeunes et vieux, salariés et retraités, avec un objectif : celui d'oublier le profit dans ce restaurant de quartier où elle se laisse porter par la solidarité et les rencontres. Ce roman est fantasque mais aussi profondément grave parce que l'héroïne porte en elle la gravité des gens qui ont souffert, beaucoup, qui ont douté de leur identité, qui se sont perdus, sans se retrouver vraiment.

Se promener entre les lignes, c'est rêver un peu, saliver beaucoup, être émue souvent, avoir tous les sens en éveil et avoir le sentiment d'entendre et sentir les légumes qui rissolent, la cannelle qui embaume et le vin rouge qui embrume les idées.

 

"J'enfourne des épaules d'agneau à l'ail après les avoir enduites de harissa, je blanchis les côtes de céleri et de blette que je glace au sucre roux. Je coupe des grains de raisin en deux. Je pense grains de raison. Je contemple l'intérieur du fruit, sa chair verte, lisse et aqueuse. Une larme tombe sur la surface miroitante, une autre la suit, le raisin déborde. Voilà que la marée remonte, me dis-je. Digue ! Digue ! Digue ! chante mon coeur. Une digue entre moi et moi-même. Comment éviter que les souvenirs refluent? Comment détacher sa conscience du passé? Comment faire pour que rien n'évoquer, pour que rien ne dénote, pour que rien ne rappelle? Comment abolir l'écho? Pourquoi la vie consiste-t-elle en cet inépuisable ressassement? Ne guérit-on jamais de nos amputations, de nos mutilations? Et pourquoi toujours les mêmes erreurs? Comme si on était amoureux de sa propre bêtise, de sa prpre incapacité à faire ce qu'il faut comme il faut."

Page 139.

 

Publié dans Roman

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Amours, de Léonor de RECONDO

Publié le par Alice

Amours, de Léonor de RECONDO

Quatrième de couverture : Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

 

 

Un roman de la tradition classique, un roman d'amour qui ne l'est pas, classique.

Début XX°, dans un milieu très bourgeois (le mari notaire, le mariage arrangé, les trois domestiques et la femme oisive qui vient compléter le tableau), Anselme de Boisvaillant, de manière régulière, par ennui plus que par désir, "rend visite" à la bonne, Céleste, assouvissant ainsi ses pulsions sexuelles quand les bavardages de sa femme le découragent de toute approche (bavardages qui n'ont d'ailleurs d'autre fin que celle-ci)

Céleste, pour Anselme et sa femme Victoire, n'est qu'une domestique : elle n'a pas d'identité propre. Pas un mot, pas un regard, elle est donc violée régulièrement, mot inapproprié tant son acceptation ou son refus importent peu au regard du désir du maître.

Victoire s'ennuie, rêve sa vie, tandis qu'Anselme se réfugie dans le travail et que l'attente d'un descendant se fait interminable, jusqu'au jour où... Victoire surprend le reflet de sa bonne, nue, dans le miroir et s'aperçoit ainsi que celle-ci est enceinte.

Au-delà de la révélation de la prochaine maternité de Céleste (et de l'identité du père de l'enfant à naître), la vision du corps de l'Autre est un bouleversement pour cette femme qui n'a même presque jamais vu son propre corps. La religion agissant comme un garde-fou de toutes les pulsions, de toutes les idées "impures" ou charnelles. Dieu étant le meilleur compagnon pour supporter les douleurs et les frustrations.

Dès lors, les sentiments et les histoires s'entremêlent et se superposent : la paternité et la maternité sont tout autant au coeur du roman que l'amour et la sexualité. La naissance de l'enfant, Adrien, permettra à chaque personnage de trouver sa place affective et sociale. 

Les amours sont vécues pleinement, dans l'abandon le plus total, à condition de ne pas renverser publiquement l'ordre social établi. On feint, on trompe mais naïvement : les sentiments ne se disent pas, à trop grande émotion on répond maladie (hystérie). Ces mots que les personnages s'interdisent, l'auteure les raconte, leur donne une musique, une puissance évocatrice bouleversante.

La langue est superbe, il y a une universalité dans la danse des émotions et l'intimité des sentiments. C'est très beau. Et très triste.

 

Pas une seule pensée pour Céleste, pas une seule sur la manière brutale dont il l'a engrossée. Pas un doute sur le fait qu'il soit le père. Non, une satisfaction totale dans laquelle il se prélasse. Et cette odeur de tabac chaud qu'il aime tant. Le bonheur parfait.

Page 82.

 

 

Céleste d'apprête à regarder au plus profond de son être. Elle plonge dans l'abîme de son corps pour y puiser une force sauvage, qui est là depuis toujours, qui attendait l'instant. Et l'instant est maintenant.

Céleste pousse de toutes ses forces la vie hors d'elle. Point de rideaux, point d'enfants curieux. Un silence qui se fraie dans son âme. Le silence qui précède la vie, le même, exactement le même que celui qui précède la mort, celui de l'être, de la pleine conscience.

Céleste, accompagnée de sa force insoupçonnée et du silence originel donne la vie. Et le cri qui la déchire n'est pas le sien, mais celui de son enfant. A peine né.

Page 110.

Publié dans Roman

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Intérieur nuit, de Marisha PESSEL

Publié le par Alice

Intérieur nuit, de Marisha PESSEL

Quatrième de couverture : Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses du même œil.
Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l'œuvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, McGrath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre bien plus encore…
Jouant avec les codes du thriller, incluant dans son récit des documents, photographies, coupures de journaux ou pages web, Pessl nous entraîne dans une enquête vertigineuse autour de Stanislas Cordova et de sa fille, deux êtres insaisissables attirés par l’horreur et le mal.
L’inventivité de l’auteure et son goût indéniable pour les pouvoirs de la fiction font penser tour à tour à Paul Auster, Georges Perec, ou Jorge Luis Borges. Avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, ce roman, sous l’apparence classique d’un récit à suspense, explore la part d’ombre et d’étrangeté tapie au cœur de l’humain.

 

 

Mettez ce roman entre vos mains, et vous comprenez d'emblée qu'il est différént : lourd, épais (700 pages), et entre ses pages de texte typographié, des photos, des captures d'écran, des photocopies d'articles de journaux, de notes prises, de pages noires.

Un livre-objet, un roman-documenté.

D'emblée le roman s'ouvre sur un corpus de documents : articles relatant la mort d'Ashley Cordova, fille du célèbre et mystérieux Stanislas, réalisateur dont les oeuvres sont si subversives et noires, qu'elles sont interdites de diffusion en salle. Inévitablement, le mystère auréolant l'artiste est transcendé par des miliers de fans, alimentant leur goût de l'horreur en mythifiant de manière effroyable Stanislas Cordova.

L'enquête débute et le lecteur est aspiré dans l'intrigue, il en fait partie, il participe et joue la même partie que Scott Mac Grath, le journaliste qui a déjà enquêté sur le réalisateur, dont un (faux?) témoignage l'a totalement décrédibilisé sur la scène professionnelle. Lorsqu'il apprend la mort d'Ashley, le dossier "Cordova" archivé à regret et par dépit revient sur le devant de la scène médiatique et Mc Grath reprend son enquête. Cette fois-ci, sa route croisera celle de deux personnages bien mal assortis dont on doute très vite qu'ils puissent être des "adjuvants" (ceux qui aident le héros): un jeune dealer et une très jeune femme sans domicile, trimballant son passé et ses croyances comme autant de grigris.

Le roman est lancé, pas de longueur. Les trois personnages enquêtent, interrogent des acteurs ayant joué pour Cordova, des personnes ayant croisé Ashley, tentant de cerner et comprendre la personnalité bien complexe de la jeune femme. L'enquête prend un tour irréel, la réalité se laisse distancier au fil des pages, la magie noire comme autant de ressorts possibles et impossibles. McGrath, carthésien refuse l'évidence qui s'impose : les phénomènes paranormaux seraient le lien entre les personnes qui ont gravité autour du Peak, la propriété ultra protégée et sécurisée des Cordova. Une citation revient à plusieurs reprises, comme un mantra : "Certaines histoires étaient infectées, pareilles à des vers solitaires. Un ver solitaire qui a mangé sa propre queue. Ca ne sert à rien d'aller le chercher. Parce qu'il est sans fin. Tout ce qu'il fera, c'est s'enrouler autour de ton coeur et le vider de son sang en le serrant."

Le héros qui a tout perdu alors que le roman commence, devra se délester de ses idées préconçues, de ses propres certitudes à propos d'Ashley, son père et même à propos de sa propre famille, avant de pouvoir avancer. On pourrait risquer le parallèle avec un roman d'apprentissage, la quête de Mac Grath est celle, intiatique, vers l'Autre : tournée vers les valeurs morales et le soin porté à ceux qui nous entourent.

Un roman génial.

 

Intérieur nuit, de Marisha PESSEL
Intérieur nuit, de Marisha PESSEL

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Paradis amer, de Tatamkulu AFRIKA

Publié le par Alice

Paradis amer, de Tatamkulu AFRIKA

Quatrième de couverture : Un vieil homme, Tom Smith, reçoit une lettre et un colis de la part d'une personne qu'il n'a pas vue depuis cinquante ans : Danny, avec qui il fut prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un camp dirigé par les Italiens, en Afrique du Nord. Dans cette intimité contrainte, tous deux se surprirent à ressentir l'un pour l'autre des sentiments très forts qui les aidèrent à supporter les conditions terribles de détention, mais qui furent aussi source de conflits violents et passionnés.

 

On pourrait ne retenir de ce roman que le thème de l'homosexualité masculine en temps de guerre ; mais ce serait si réducteur... d'autant plus réducteur d'ailleurs que l'on ne trouve aucun ébat entre ces pages, où chaque frôlement est plus sensuel que sexuel.

Ce récit est autobiographique, l'auteur, originaire d'Afrique du Sud est retenu prisonnier comme des centaines de soldats de différentes nationalités, en Lybie, 

Le climat et les conditions extrêmes dans lesquelles ils sont maintenus en vie crée une sorte de langueur, de torpeur où les corps, fragilisés, s'observent, s'évaluent et se rapprochent malgré eux. Tom Smith, le narrateur,qui a épuré son patronyme au point de le rendre d'une banalité anonyme, est un très jeune homme blessé par la vie : victime d'un inceste paternel étant enfant,  il vit chaque rapprochement amical comme une agression et une entrave à sa liberté d'être.

Pourtant, lorsque son corps croise celui de Danny, l'Anglais, ce "Roosbeef", c'est la fascination pour cette aisance dans le mouvement, et l'exposition de cette plastique athlétique, qui l'attire comme un aimant.

Heurté, troublé par cette proximité, Tom se réfugie dans le mesonge et la distance, accumulant les maladresses et les tergiversations comportementales. Une amitié fusionnelle, passionnelle naît entre les deux hommes, la force des sentiments peut-elle encore qualifier cette relation d'amicale? A partir de quand l'amour (à moins qu'il ne s'agisse que de désir?) s'immisce subrepticement entre leurs deux corps, se cherchant comme deux sources potentielles de chaleur sur un matelas inconfortable alors que l'hiver est rude?

La complexité et le refus des sentiments naissants obligent Tom à peser sans cesse le poids des mots, ceux qu'il prononce, ceux que son ami énonce : de l'homophobie déclarée à la particularité de leur relation, la frontière est ténue. 

Ce roman est un beau roman, pudique, une ôde à l'amitié, au désir, à l'amour, malgré la rudesse de l'écriture, le manque de fluidité de certains passages aux phrases (ou traductions?) maladroitement alambiquées.

 

"Parfois je tente de faire face à la bête amorphe de mes sentiments, de lui donner une forme, un contenu, afin de l'interroger en espérant obtenir une réponse. Déjà mon esprit, rebelle récalcitrant, a élaboré un certain nombre d'informulables questions telles que  : Suis-je l'un deux? Suis-je amoureux d'un homme? Mais je repousse violemment  ces interrogations  avec le désespoir d'un assiégé, puis avec  une vulgarité délibérée je me concentre sur la mécanique de la sexualité entre hommes."

" Des coassements de grenouilles dans un étang ou dans un cours d'eau lointain, le crissement, plus près, d'un grillon, pareil à celui d'un gond rouillé, et la senteur verte et pure des prairies, relevée par une légère odeur poivrée de bouse de vache, m'assaillent comme des souvenirs d'une innocence, laquelle  - commec'est également le cas pour Danny? - est morte à la première pénétration qui, très bizzarement ne me fait plus crier dans mes cauchemars. Comme une fois auparavant, je me demande comme il se fait  que je n'en aie pas revé depuis le jour où, au soleil, Danny m'a dit que j'avais crié en dormant. Médusé, je fais halte. Quelle est la cause de la stupéfaction? L'acceptation? L'accélération d'un processus d'apaisement, qui, parce qu'il intègre tout le reste, finira par mener à la guérison?"

 

 

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Paradis amer, de Tatamkulu AFRIKA

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Comment j'ai appris à lire, d'Agnès DESARTHE

Publié le par Alice

Comment j'ai appris à lire, d'Agnès DESARTHE

Quatrième de couverture

"Apprendre à lire a été, pour moi, une des choses les plus faciles et les plus difficiles. Cela s'est passé très vite, en quelques semaines ; mais aussi très lentement, sur plusieurs décennies.
Déchiffrer une suite de lettres, la traduire en sons fut un jeu, comprendre à quoi cela servait fut une traversée souvent âpre, et, jusqu'à l'écriture de ce livre, profondément énigmatique."

Comment apprend-on à lire ? Comment notre désir de lecture peut-il être entravé ? Comment l'écriture peut-elle rendre meilleur lecteur ? Cheminant à travers ses souvenirs, Agnès Desarthe mène une enquête passionnante, puisant au coeur d'un secret : celui de n'avoir pas aimé lire pendant longtemps.

 

Il y a lire et aimer lire. Entre les deux, le fossé est immense et c'est ce long chemin personnel vers le plaisir et le bonheur de la lecture qu'Agnès Desarthe interroge.

On imagine souvent que la rencontre se passe par le biais d'un seul titre, mais c'est une illusion car ce sont des rencontres avec des auteurs, des textes ou des lecteurs passionnés qui construisent et façonnent la relation du lecteur avec la Littérature, 

C'est un très joli texte, un récit d'apprentissage, et ceux qui ne conçoivent pas la vie sans romans s'y retrouveront inévitablement.

L'auteure évoque aussi son métier de traductrice qui lui a permis une proximité quasi inégalable avec les mots des autres.

Son témoignage résonne fortement avec l'apprenti lectrice que je fus.

 

[...] je voudrais cheminer, tranquille, le long d'un simple récit qui expliquerait comment je suis passée d'un état à un autre ; comment de la haine de la lecture, j'ai accédé à l'amour des livres.
Ce récit se déroulait si clairement dans mon esprit avant que je ne l'entame. Je connaissais le point de départ, j'entrevoyais déjà le point d'arrivée, et, entre les deux, semblables à des jalons, les romans qui m'avaient permis d'avancer.Mais voilà, comme toujours, le livre que j'écris n'est que le faux frère de celui qui j'avais conçu, un jumeau hargneux, un traître, un gnome contrefait, comme celui des contes que j'aimais tant."

 

Publié dans Document

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L'attentat, de Yasmina KHADRA

Publié le par Alice

L'attentat, de Yasmina KHADRA

EPOUSTOUFLANT.
Difficile de qualifier ce roman bouleversant. Amine, chirurgien reconnu est Israëlien d'origine arabe. Alors qu'il soigne dans l'urgence les victimes d'un terrible attentat, il apprend le lendemain, que sa femme en est l'auteure kamikaze.
Amine s'acharne tout d'abord à refuser la vérité, puis face aux preuves de la culpabilité de son épouse, la colère le mènera aux sources du terrorisme.


Un roman passionnant et d'un humanisme touchant : Amine ne juge pas. Amine cherche à comprendre ce qui lui parait inexplicable. La mort de Sihem, sa femme, qui ne se voilait pas pour ne pas cacher ses cheveux, qui vernissait de rose ses ongles, qui a décoré avec goût leur demeure, celle qui était incapable, semble-t-il, d'effectuer un tel acte insensé. C'est au coeur des traditions et du noyau familial que cet époux brisé trouvera une partie des réponses aux questions qui le hantent.

Le conflit israëlo-palestinien devient soudain si concret, et si personnel... le fondamentalisme religieux est au coeur de ce récit, parce que finalement Amine le découvre en meme temps que le lecteur, lui, si préservé.

Un roman à lire absolument, et à relire.

 

"A Tel-Aviv, j'étais sur une autre planète. Mes œillères me cachaient l'essentiel du drame qui ronge mon pays ; les honneurs que l'on me faisaient occultaient la teneur véritable des horreurs en passe de transformer la terre bénie de Dieu en un inextricable dépotoir où les valeurs fondatrices de l'Humain croupissent, les tripes à l'air, où les encens sentent mauvais comme les promesses que l'on résilie, où le fantôme des prophètes se voile la face à chaque prière qui se perd dans le cliquetis des culasses et les cris de sommation."

"Sihem était libre. Elle disposait de tout. Je ne la privais de rien. La liberté n'est pas un passeport que l'on délivre à la préfecture, ammou. Partir où l'on veut n'est pas la liberté. Manger à sa fin n'est pas la réussite. La liberté est la conviction profonde ; elle est mère de toutes les certitudes. Or, Sihem n'était pas tellement sûre d’être digne de sa chance. Vous viviez sous le même toit, jouissiez des mêmes privilèges, vous ne regardiez pas du même côté."

Publié dans Roman

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Derrière la haine, Barbara ABEL

Publié le par Alice

Derrière la haine, Barbara ABEL

Quatrième de couverture

D'un côté, il y a Tiphaine et Sylvain, de l'autre il y a Laetitia et David. Deux couples, voisins et amis, fusionnels et solidaires, partageant le bonheur d'avoir chacun un petit garçon du même âge. Maxime et Milo grandissent ensemble, comme des jumeaux. Jusqu'au drame. Désormais, seule une haie sépare la culpabilité de la vengeance, la paranoïa de la haine...

 

Une histoire presque banale : deux jeunes couples emménagent chacun dans une maison mitoyenne. Une amitié très forte naît et se construit au fil des ans, se renforce même lorsque deux petits garçons voient le jour.
Mais un jour, le drame : un terrible accident domestique et Maxime, le fils de Tiphaine et Sylvain meurt.
Culpabilité, traumatisme, vengeance... l'amitié volera en éclat pour mourir dans un plan plus que machiavélique.
Rien d'extraordinaire dans ce roman qui prend bien pied dans le banal, mais c'est efficace.

 

L'histoire se met en place (trop?) lentement, Barbara Abel tisse sa toile méticuleusement pour mieux accrocher et surprendre le lecteur avec le dénouement tragique.

Il y a une réelle volonté de placer le récit dans l'ordinaire, même si pour créer cet effet il faut passer par des phrases toutes faites, une banalité presque ennuyeuse : des considérations éducatives, domestiques...

Un thriller efficace parce que la fin est glaçante, mais qui ne laisse pas le lecteur passionné par sa lecture.

Publié dans Thriller

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L'origine de la violence, de Fabrice HUMBERT

Publié le par Alice

L'origine de la violence, de Fabrice HUMBERT

Quatrième de couverture

Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie.
Rentré en France, il retrouve son père, sa famille, mais le souvenir de la photographie ne le quitte plus. Il décide alors de se lancer dans une recherche qui va bouleverser sa vie.
Ce détenu, nommé David Wagner, se révèle être son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche Wagner, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence. Et c'est le destin croisé de ces deux familles, deux générations plus tôt, lorsque l'ambitieux David Wagner rencontra le riche Marcel Fabre et sa femme Virginie, qui éclate alors au grand jour, ainsi que les terribles conséquences que la liaison entre David et Virginie entraîna.
Au cours de sa quête à travers la France et l'Allemagne, dans la nouvelle vie qu'il tâche d'inventer avec une allemande qu'il vient de rencontrer, le jeune homme se rend compte qu'on ne se débarasse pas si facilement du passé - ni du sien ni de celui de sa famille. Lorsqu'on remonte à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer.

 

Lors d'un voyage scolaire à Buchenwald, en observant des photos, un jeune prof est saisi par la ressemblance d'un détenu avec son propre père.  Ses recherches le mèneront vers un secret de famille qui remet profondément en cause son identité.

Ses racines qu'il pensait si profondément ancrées dans le tradition normande, sont bien loin et la passion amoureuse a dévasté l'ordre social et géographique établi. Apprendre à connaitre/aimer/estimer/observer son grand-père biologique (David) à travers le récit des autres, c'est aussi poser un regard plus lucide sur son propre père, et celui qu'il a longtemps cru être son grand-père.

La quête de son identité est l'occasion pour le jeune narrateur de s'interroger sur son propre rapport à la violence, se sentant quelquefois prisonnier de réactions excessives voire démesurées. La littérature, l'écriture et la lecture apparaissent comme autant de remparts contre une nature fougueuse : les références littéraires sont omniprésentes et c'est un plaisir pour le lecteur.

Au-delà de la quête familiale visant à connaitre ce qu'il est advenu des victimes (son grand-père et de manière moins directe sa grand-mère), le narrateur se demande aussi ce que sont devenus les bourreaux : qui étaient-ils? ont-ils été jugés? autant de questions qui lui permettront de rencontrer Sophie, cette jeune allemande dont il tombera amoureux, mais qui lui feront prendre conscience que la nature humaine peut être bien plus complexe que ce qu'elle laisse paraître.


Un roman très bien écrit, passionnant avec une vraie réflexion sur le Mal, l'Histoire, l'Amour et l'identité.

 

"On ne peut jamais connaitre un homme. Il est déjà bien difficile de se connaître soi, comme nous l'avons récité péniblement dans les devoirs de philosophie de terminale, alors que dire d'un ancêtre disparu depuis un demi-siècle et ramené par les propos d'un vieillard? Un fantôme, juste un fantôme, une nuée évanescente. Cependant, je pense que David appartenait à ces êtres suicidaires qui n'aiment vraiment que lorsqu'ils peuvent en perdre la vie ou la liberté. Au fond, ce sont des êtres sans cause à la recherce d'un absolu."

 

"Je suis incapable de décrire autre chose que cela : la violence. La violence qu'on s'inflige à soi ou qu'on inflige à autrui. La seule vérité qui vibre avec sincérite en moi - et donc ma seule ligne convaincante d'écriture - est le murmure enfantin de la violence, suintant dès mes premières années comme une eau empoisonnée."

 

"Et même si l'origine a pu se trouver dans ce destin familial, la violence a été convoyée jusqu'à moi, sans doute tapie dans les silences de mon père. Par ces étranges et fascinants cheminements de l'enfance, cette plaque sensitive qui lègue pour toute la vie une conscience, la violence m'a été livrée en héritage. Je suis mon grand-père livré aux bourreaux, je suis mon père frémissant d'une violence qui traverse les rêves et mes récits."

 

 

Publié dans Roman

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N'éteins pas la lumière, de Bernard MINIER

Publié le par Alice

N'éteins pas la lumière, de Bernard MINIER

Quatrième de couverture

Christine Steinmeyer croyait que la missive trouvée le soir de Noël dans sa boîte aux lettres ne lui était pas destinée. Mais l’homme qui l’interpelle en direct à la radio, dans son émission, semble persuadé du contraire...

Bientôt, les incidents se multiplient, comme si quelqu’un avait pris le contrôle de son existence. Tout ce qui faisait tenir Christine debout s’effondre.

Avant que l’horreur fasse irruption. Martin Servaz, de son côté, a reçu par la poste la clé d’une chambre d’hôtel. Une chambre où une artiste plasticienne s’est donné la mort un an plus tôt. Quelqu’un veut le voir reprendre du service... ce qu’il va faire, à l’insu de sa hiérarchie et de ses collègues.

Et si nos proches n’étaient pas ce que nous croyons? Et si dans l’obscurité certains secrets refusaient de mourir? Non, n’éteignez pas la lumière, ou alors préparez-vous au pire...

 

 

Après avoir eu la désagréable impression de lire la même histoire que celle de Juste une ombre de Karine Giebel, j'ai mis de côté mon souvenir pour m'attacher au personnage de Christine et apprécier les péripéties mises en scène par l'auteur. 

Ce thriller est redoutablement construit : les soupçons à propos de tel ou tel protagoniste se déplacent habilement. Le personnage de Christine lui-même apparaissant beaucoup moins parfait que les premières pages ne laissent le supposer. Chacun se dévoile, avec ses souffrances passées, ses traumatismes à gérer.

Les tortures dont Christine est victime n'ont pas de limites ou presque... avec les drogues comme facilitateur, l'imagination de son / ses bourreau(x) est terrifiante. 

Ce roman se lit d'une traite parce que l'on a envie de sortir Christine de l'enfer, parce qu'il faut que ça cesse, pour elle comme pour le lecteur !

Une lecture de vacances qui remplit bien ses promesses...

Publié dans Thriller

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Puzzle, de Franck THILLIEZ

Publié le par Alice

Puzzle, de Franck THILLIEZ

L'histoire débute dans une chambre d'hôpital psychiatrique où Lucas Chardon, un jeune homme, est enfermé parce qu'il a tué, dans un refuge de montagne, 8 personnes participant à une chasse au trésor. Il ne se souvient de rien, nie en bloc et n'accepte pas la mort de sa petite amie, faisant partie des victimes.

Le chapitre suivant, et jusqu'à la fin du livre, un nouveau personnage entre en scène, Ilan, jeune homme dont la vie a été brisée après la mort inexpliquée de ses parents. Sa petite amie, Chloé, le recontacte pour participer à la chasse au trésor, celle qu'ils guettent depuis tant d'années.

Evidemment les deux histoires s'entremêlent entre paranoïa, persécution... 

Les participants au jeu (dont Ilan et Chloé) vont devoir s'affronter dans un hopital psychiatrique desaffecté, en pleine montagne. Le lieu est évidemment lugubre. Ilan perdra pieds, oscillant entre folie et perceptions réelles. 

Ce roman se lit d'une traite, en une respiration. C'est glaçant. On le peut pas le lâcher.

Toutefois, je regrette, comme pour le précédent roman que j'ai lu de Thilliez, cette chute entre fiction et réalité, où la phrase finale me semble encore une fois de trop. La résolution perd toute sa crédibilité en quelques lignes, comme si le plaisir s'évanouissait en une seconde.

Je crois que c'est le dernier de cet auteur que je lirai.

Publié dans Polar, Thriller

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