Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le très émouvant Bojangles d'Olivier BOURDEAUT

Publié le par Alice

Le très émouvant Bojangles d'Olivier BOURDEAUT

A mi-chemin entre La vie est belle de Roberto BENIGNI, et Belle du Seigneur d'Albert COHEN (ou encore pourquoi pas Fanfan d'Alexandre Jardin que beaucoup ont lu/vu), ce premier roman est terriblement émouvant.

C'est si juste... Si vous cherchez un roman d'amour, si vous aimez vibrer... lisez-le !

L'enfant, le narrateur, raconte la vie exceptionnelle qu'il a menée avec ses parents : hors normes, où tout était prétexte à la folie, l'amusement, où le seul impératif était de vivre, profiter de leur amour, des uns et des autres et de chaque seconde du bonheur qui leur était offert.

Bien sûr, de fantasque à fou, la nuance est ténue, et justement c'est sur ce fil que se construit l'histoire. On ne peut que constater le bonheur, que s'émouvoir de l'amour fou qui unit ces trois personnages. Et même si ce qu'ils vivent semble totalement déraisonnable (ne plus travailler ni aller à l'école pour simplement... savourer la vie), leur jusqu'au boutisme est d'une rare intensité.

Que le narrateur soit enfant laisse penser que tout est normal, comme si l'excentricité pourrait venir de son imagination, de son récit et non de la réalité : cet oiseau Mlle Superfétatoire à qui il prête des attitudes humaines, l'Ordure, ce diplomate, indissociable de la famille, et puis le personnage de la mère... dont on  comprendra bien vite que sa fantaisie est la manifestation de troubles mentaux, acceptés, intégrés et pardonnés par le père, fou amoureux.

 

Et puis, ponctuant le roman, des extraits des carnets écrits jour après jour, par le père, sa douce rééecriture de l'histoire narrée par l'enfant. Une réalité beaucoup plus rude, une souffrance plus à vif... une anormalité que l'on sait désormais plus du tout normale, mais non maoins intense concernant l'intensité des sentiments, le fol amour, qui sont toujours plus manifestes et paradoxalement réfléchis.

 

A la fin j'ai pleuré.

 

Ce livre est un joli et doux bijou.

 

" Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l'horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l'avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m'en imprégner, mais je craignais qu'une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n'existait pas. J'avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait sur les flancs, pour partir au galop à l'assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. Sa trajectoire était claire, elle avait mille directions, des millions d'horizons, mon rôle consistait à faire suivre l'intendance en cadence, à lui donner les moyens de vivre ses démences et de ne se préoccuper de rien." (voix du père)

 

" Elle ne me traitait ni en adulte, ni en enfant mais plutôt comme un personnage de roman. Un roman qu'elle aimait beaucoup et tendrement et dans lequel elle se plongeait à tout instant. Elle ne voulait, entendre parler ni de tracas, ni de tristesse.

- Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver.

Alors je lui racontais ma journée imaginaire et elle tapait frénétiquement dans ses mains en gloussant :

- Quelle belle journée mon enfant adoré, quelle journée, je suis bien contente pour vous, vous avez dû bien vous amuser !"

 

 

Publié dans Roman

Partager cet article

Repost 0