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82 articles avec roman

L’art de perdre, Alice ZENITER

Publié le par Alice

L’art de perdre, Alice ZENITER

La petite histoire dans la grande ou la grande dans la petite.  Naïma est la petite-fille d’Ali, un homme de là-haut, de la montagne de Kabylie. Par un heureux coup du destin, il a trouvé un pressoir, ce qui lui, à lui et ses frères,  a permis de transformer les olives et d’en tirer un revenu qui leur offre une vie confortable.

Le lien avec la France est partout même si très lointain pour ces kabyles qui n’ont pas appris à lire ni écrire le français. Les événements politiques troublent l’équilibre joyeux dans lequel sont élevés les enfants : Hamid, ses nombreux frères et sœurs. La violence et la barbarie accompagnent les désirs d’indépendance et les combats font rage. Comment refuser et dénigrer cette France pour laquelle Ali a combattu ? Se ranger du côté de la barbarie ou de ceux qui les considèrent pourtant mal, comme des indigènes, leurs inférieurs…

Et puis c’est la fuite et le No man’s land vers lequel ils sont parqués comme des bêtes en attendant quoi ? Personne ne parle la langue, la famille (au sens large mais si proche pour eux) est éclatée. Ils découvrent la France, le racisme et le mépris.

Hamid qui cauchemarde encore de l’Algérie a vite conscience qu’il doit devenir Français. Il n’a pas le choix, lui l’aîné, est d’emblée désigné comme celui qui sait, celui qui lit. Chacun doit trouver sa place et pour Hamid, c’est en faisant fi de ce qu’il a vécu : il décide de grandir dans le silence de son passé, à l’image de son père Ali, qui jamais ne racontera les raisons de cet exil. Harki. Ce nominatif désigne la honte encore une génération plus tard ; celle d’avoir choisi le camp de l’envahisseur, d’avoir abandonné son pays.

Et pourtant le paradoxe, c’est que là-bas, la France est considérée comme la terre promise. Elle symbolise la réussite, la fallacieuse réussite de ceux qui vivent dans des conditions indignes, des salaires misérables et qui font croire que… à ceux restés au pays.

Naïma, fille de la seconde génération, est née de la mixité, comme chaque enfant qui naît, elle représente l’espoir de l’ascension sociale. Des études, une réussite.  Elle sera celle qui bouclera la boucle en retournant sur les terres –encore dangereuses- dont on ne parle pas en famille. Le lien est brisé. Elle ne se reconnaît pas en l’Algérie. On n’est pas ce que l’on ne connait pas.

La question de l’identité est au cœur du roman, jusqu’où emporte-t-on ses origines ? L’art de perdre est aussi un beau roman pudique sur l’acculturation et le déracinement

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Joie, de Clara MAGNANI

Publié le par Alice

Joie, de Clara MAGNANI

Gigi était un cinéaste italien reconnu, âgé et vivant une grande histoire d'amour, un "mature love" avec Clara, une journaliste. Pourtant volage, il devient amoureux fou à leur seconde rencontre.
Il écrit leur histoire, une histoire qu'elle aurait poursuivi ensuite, mais il est mort avant d'avoir pu lui faire lire.
Cette histoire pourrait être celle dont on rêve tous, sans entraves (malgré leurs statuts d'homme et femme mariés), avec la liberté d'aimer follement, comme pour la dernière fois.
Giangiacomo est fantasque, c'est un artiste aux multiples vies, aux centaines d'anecdotes qui fascinent la journaliste.
A son tour, elle rédigera ce roman inachevé/inachevable, nuançant l'exaltation de son cher disparu, par pudeur sûrement, puisque le destinataire ce sera Elvira, la fille de Gigi qui le lira.
C'est une belle histoire avec les nuages d'un passé familial tragique (l'oeuvre inachevée? celle qui hante la carrière du cinéaste?)
L'écriture est douce et épurée, comme cette énergie que l'on met à aimer une dernière fois.

 

" Comment vous faire sentir cette plénitude dont je ne me rappelle pas avoir eu conscience à votre âge? Les histoire d'amour, on en parle au début et à la fin. Mais on ne raconte jamais le milieu. C'est pourtant très beau cette poésie du milieu. Ce sentiment de plein. Tout est là. Tout va bien.
Ne rien attendre, ne rien espérer. Etre dans le présent et le savourer. Accepter que ça se termine."
 
 
 
 

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Teen spirit, de Virginie DESPENTES

Publié le par Alice

Teen spirit, de Virginie DESPENTES

Teen spirit, c'est Vernon Subutex, mais aussi Apocalypse bébé.
Un "raté" sensible, un asocial qui se pense agoraphobe, un mauvais amant et un copain peu fiable.
Pourtant lorsqu'Alice, une ancienne copine de lycée le contacte pour lui annoncer qu'il est père.. depuis 15 ans, ce sont des années de réalité, de vie qui le rattrapent.

Bruno m'amuse et pourtant il n'est pas si drôle. Touchant plus sûrement.
Despentes est grossière, comme toujours, mais si juste...
Un roman léger où la révolte contre la société se heurte sans cesse à cette rédemption acquise grâce à la fraicheur des sentiments.
Des phrases qui te restent en tête, parce qu'il n'y a définitivement qu'elle qui écrit ainsi.

 


"Le peu qu'on ait qui vaille vraiment, s'en réjouir vite et pas se tromper."


"Mais c'est vrai qu'on était fiers d'elle, qu'elle fasse son parcours de petite dure. Qu'elle aille apprendre chez la police, à mentir, se défiler, toujours se méfier de l'autorité, mépriser le silence et fixer le sol, ravalant sa rage. Qu'elle sache qu'on peut être enfermé, écarté, injustement puni, à n'importe quel moment, par n'importe quel connard."

Publié dans Roman

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Dans le jardin de l'ogre, de Leïla SLIMANI

Publié le par Alice

Dans le jardin de l'ogre, de Leïla SLIMANI

Avec la même écriture froide et analytique que Chanson douce, Leïla Slimani prend de la distance avec son personnage, Adèle, pour mieux l'observer, elle et son obsession pour les conquêtes et l'excitation sexuelle qui précède, et dans laquelle elle s'engouffre vainement, sans cesse.
Un cas psychiatrique? c'est une addiction morbide dont Adèle est victime, au mépris de sa vie familiale.
Un roman que j'ai lu d'une traite, fascinée, dégoûtée par ces corps qui en perdent leur sensualité, ces corps utilisés.
 

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Tropique de la violence, de Nathacha APPANAH

Publié le par Alice

Tropique de la violence, de Nathacha APPANAH

Tropique de la violence sera incontestablement le dernier roman 2016 et sans doute un des plus marquants.
Mayotte, cette île oubliée de tous, où se jouent des drames que l'on imagine ailleurs : à Lampedusa par exemple.
Moïse a été recueilli par Marie, chez qui le désir d'enfant n'a pu être comblé auparavant. Moïse, cet enfant qui aurait pu être celui courant les rues, abandonné, sans papiers, dans ce vaste bidonville qu'est Gaza, à Mayotte, où la drogue, la violence, les vols sont monnaie courante.
Moïse c'est ce gosse qui aurait pu échapper à son destin mais qui s'est trouvé tiraillé entre ses peurs et sa fascination de ses origines.

Il y a cette France de Mayotte, avec des "enfants perdus", sans identité, sans parents, sans avenir, et sans même la langue française pour repère.
Il y a cette France de Mayotte où les esprits et les croyances font et défont les destinées autant qu'ils les détruisent.
Et c'est la France.

"On te chuchote que la moitié des habitants de Mayotte est constituée de clandestins, que tous les équipements de l'île ont été conçus pour deux cent mille habitants mais qu'officieusement il y aurait presque quatre cent mille personne sur l'île et tu dis "Mais ce n'est pas possible, ça va exploser", et cette phrase que tu prononces a été prononcée des milliers de fois avant toi. (...). On te dit que si ça continue, si l'Etat français ne fait rien, ce sont les Mahorais eux-mêmes qui prendront leur destin en mais et ficheront tous les clandestins et les délinquants dehors. Tu as alors l'image de centaines de Noirs descendant dans la rue et tu ne sais plus si c'est une image du Rwanda ou du Zimbabwe ou du Congo et tu dis "Ca n'arrivera jamais dans un département français"

Publié dans Roman

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Les chaussures italiennes, de Henning MANKELL

Publié le par Alice

Les chaussures italiennes, de Henning MANKELL

Le narrateur vit seul sur une île du Nord, avec son chien et son chat. Cela fait plus d'une dizaine d 'années qu'il a décidé de s'exiler suite à une faute professionnelle. Ce chirurgien, fils unique issu d'une famille très modeste, n'a personne au monde, n'a pas su aimer, n'a pas su s'attacher.

Comme pour ne pas oublier qu'il est toujours vivant, il creuse son trou dans la glace chaque matin, s'immerge dedans avant de retrouver la chaleur de sa maison.

Quand arrive, précédée par son déambulateur, son amour de jeunesse, qu'il a lâchement abandonnée, la vie s'ouvre à nouveau à lui. Il prend conscience de ce temps qui passe, inexorablement, ce temps qu'il a cru arrêter, seul sur son île.
C'est un très beau roman nostalgique et pourtant plein d'espoir.

"J'ai vu ma vie.
J'étais parvenu à ce point de l'existence. Il restait peut-être un ou deux carrefours en perspective, mais pas beaucoup plus. Et pas beaucoup de temps."

Publié dans Roman

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La vengeance des mères, de Jim FERGUS

Publié le par Alice

La vengeance des mères, de Jim FERGUS

Suite de Mille femmes blanches, un roman (que je vous conseille de découvrir) et qui raconte la manière dont le gouvernement américain tenta d'acheter les Indiens en échangeant 1000 femmes (toutes sorties de l'asile ou de prison) contre 1000 chevaux.
Le massacre de tribus se poursuit, épargnant quelques rares victimes. Pourtant, c'est un dernier convoi de femmes qui arrive dans la tribu de SittingBull, des femmes qui n'ont plus rien à perdre, et qui décident de devenir Indiennes, prenant les armes pour la survie de cette identité nouvelle ;
L'histoire des indiens d'Amérique est passionnante, et La vengeance des mère permet d'approcher cet univers, cette histoire révoltante.
Pourtant ce roman est beaucoup moins dense que le précédent, c'est celui de la transition, comme si les personnages, de passage, semblaient peiner à retrouver leur pronfondeur.

Publié dans Roman, Roman historique

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Au départ d'Atocha, de Ben LERNER

Publié le par Alice

Au départ d'Atocha, de Ben LERNER

Première lecture dans le cadre du Prix du Meilleur roman des lecteurs de Points. 
Au départ d'Atocha est un roman tout en langueur, avec une belle plume, poétique et touchante.
Adam est un écrivain américain en résidence à Madrid. Fragile, son âme d'artiste va de paire avec son goût pour les pilules apaisantes et les pétards roulés main. 
Peu prolifique, son expérience de la vie Madrilène est rythmée par les angoisses et les rencontres. Il rêve sa vie comme il rêve ses sentiments, peu entreprenant, il est difficile pour lui, comme pour nous, lecteurs, de cerner le degré de ses attaches sentimentales.
Tout comme lui ne prend pas possession de la vie espagnole (les lieux, les "gens", son statut même d'auteur), je suis restée à côté de l'histoire.

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A quoi jouent les hommes, de Christophe DONNER

Publié le par Alice

A quoi jouent les hommes, de Christophe DONNER

Un roman à demi-historique captivant sur l'univers du jeu et l'histoire des premiers paris hippiques au cœur d'un Paris entrant dans la folie du XIXeme siècle.

On y croise d'illustres personnages comme la Grande Goulue, on y parle de la folie du jeu qui s'apparente à une maladie. C'est très documenté, parfois (trop) dense, mais le parcours de cet ambitieux fils d'immigrés espagnols, Joseph Oller est fascinant : touche-à-tout dont la démesure est sans égale, on lui doit encore aujourd'hui le Moulin-Rouge, les premières montagnes russes au coeur de Paris, et enfin l'invention du pari mutuel.

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Repose-toi sur moi, de Serge Joncour

Publié le par Alice

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour

Quel beau roman que je vous conseille vivement !
Alors que tout les oppose, Aurore et Ludovic se découvrent, attirés, aimantés. Une relation presque irréelle alors que chacun des deux subit la pression de la réalité sociale ou entrepreneuriale.
J'ai plongé avec eux dans cette passion un peu folle, avec ces deux personnages pas vraiment raisonnables, a la limite d'une certaine folie ordinaire.

 

De peur de délaisser ce blog faute de temps pour construire une vraie critique argumentée, j'ai décidé de partager mon album public de Lectures publié sur Facebook, que vous trouverez ici, celui 2016 est là. Le principe ? une photo, et quelques phrases pour partager mon ressenti.

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