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14 articles avec document

La femme, d'Audrey PULVAR

Publié le par Alice

La femme, d'Audrey PULVAR

C'est grâce à l'opération de Babelio, Masse critique (un livre en échange d'une critique) que j'ai eu la chance de recevoir ce beau (et gros) livre.

Une vaste et très ambitieuse rétrospective artistique de La Femme à travers les arts picturaux. Difficile d'ailleurs de trouver les mots pour évoquer cet ouvrage.

J'avoue m'être un peu perdue dans les premières pages. De (très) longues phrases, un style ampoulé et qui ne met pas en valeur l'organisation de l'ouvrage, l'avant-propos m'aurait presque fait renoncer si la qualité et le choix des illustrations ne m'avaient pas procuré autant de plaisir.

En effet, il y a tant d'angles pour approcher la femme et ses représentations... L'analyse chronologique n'est pas celle retenue par l'auteure, qui a préféré les thématiques :

- Un corps, des hommes

- Un corps, des peurs

- Un corps, une matière

- Un corps, une mère, une femme

- Un corps, l'autre

Une fois l'organisation à peu près cernée, l'écriture s'est faite plus fluide, moins complexe lexicalement et s'est agencée au rythme des superbes reproductions.

C'est un beau livre, qui se feuillette, se lit. La femme, c'est un livre qui sert d'introduction à beaucoup de découvertes, mais aussi de conclusion à une vaste interrogation sur la place de la femme dans l'art pictural.

C'est un ouvrage qu'on ne range pas sur une étagère, mais que l'on prend plaisir à ouvrir, juste pour se rappeler que l'art, sublime ou grotesque, banal ou transcendant, a la vertu de nous transporter loin, très loin... et que ce voyage se partage.

 

La femme, d'Audrey PULVAR
La femme, d'Audrey PULVAR
tous les livres sur Babelio.com

Publié dans Document, Beaux livres

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Laetitia, d'Ivan Jablonka

Publié le par Alice

Laetitia, d'Ivan Jablonka

Les faits divers sordides, je les fuis. Leur traque dans la presse spécialisée me répugne et pourtant.... le point de départ de Laëtitia, c'est ce meurtre abominable.
Une très jeune femme, jumelle, à peine sortie de l'enfance (et quelle enfance : violences conjugales, maltraitances, placement en foyer et famille d'accueil) qui se fait sauvagement assassiner, découper et dont on retrouvera le corps dans un lac.
Le meurtrier, un paumé mille fois entré et sorti de prison, complètement ravagé par une enfance traumatique et un abus d'alcool, de drogues.

Pour raconter cela, Ivan Jablonka. Un homme (avec toute l'humanité que peut contenir ce nom commun) tour à tour historien, écrivain, sociologue. 

Ce livre c'est un hommage à Laetitia, à cette forme de fatalité qui a fauché sa vie, comme si le mauvais départ de son enfance avait d'emblée marqué sa vie sous le signe de la tragédie.
Très médiatisée, sa disparition a aussi levé des faits odieux (le viol et la relation malsaine du père de la famille d'accueil), des accusations politiques - présidentielles - pathétiques contre la justice, les magistrats...

Tout est pathétique. Tout est sordide et tragique. Mais la force de cet essai, c'est d'alterner le présent, l'enquête ultra documentée, analytique et le récit chronologique, dévoilant une France oubliée, celle de tout en bas, dont on ne parle pas ou qu'on exhume dans les faits-divers des quotidiens régionaux. C'est cette triste France, celle des jeunes pour qui la résilience est parfois lointaine, celle qui lutte pour survivre alors que l'hostilité du monde se manifeste parfois même sous leur toit, dans le berceau du nouveau-né qu'ils sont encore quelquefois.

J'ai beaucoup cauchemardé à la lecture de ce livre, mais à l'empathie se mêle une profonde réflexion sociétale passionnante.

"La jeunesse périurbaine, celle des cars de ramassage et des CAP, n'a pas d'emblème. C'est une jeunesse silencieuse qui ne fait pas parler d'elle, qui bosse tôt et dur, alimentant les secteurs de l'artisanat et les services à la personne dans les campagnes et petites villes où elle est née."

"Les crimes sont l'écume sanglante des jours, le pain quotidien du sadisme, les potins féroces, le passe-temps des ignares et des commères, qui se repaissent du malheur des gens et aiment épier leur intimité crapoteuse.
Le fait divers est mystificateur ; il monte en épingle l'exceptionnel, valorise d'insignifiants drames privés. Il veut faire croire à son statut, mais littéralement il n'est rien ; ou, s'il est quelque chose, c'est sous la forme d'un leurre, un trucage, un peu comme le catch dans le domaine sportif.
[...]
Le fait divers ne serait-il pas de droite? Sous-produit de l'audimat, il effraie les braves gens, les conforte dans la peur, le sentiment d'insécurité, la hantise des figures urbaines interlopes, la croyance qu'il y a un tueur en série à chaque coin de rue. Si le crime est à nos portes, il faut davantage de policiers, davantage de répression, davantage de prisons."

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Dans la peau d'un migrant, d'Arthur FRAYER LALEIX

Publié le par Alice

Dans la peau d'un migrant, d'Arthur FRAYER LALEIX

J'avais déjà lu du même auteur Dans la peau d'un maton.
Suivant le même procédé journalistique, Arthur FRAYER se met dans la peau du personnage qu'il a choisi d'étudier, le migrant, pour comprendre, analyser les motivations, les dangers auxquels s'exposent les clandestins. Du Pakistan à la Turquie, en passant par la Bulgarie où, faisant fi des accords passés avec l'Europe les policiers l'embarquent dans leur coffre pour le ramener en Turquie au lieu de le " Dubliner"... Une enquête qui se termine à Calais.
Au récit "en immersion" du journaliste se mêlent des rencontres avec des officiels, ou des bénévoles.
C'est intéressant, même si l'auteur finalement, ouvre des portes (déjà) ouvertes.

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J'étais braqueur de banques, de M. Dja-daouadji

Publié le par Alice

J'étais braqueur de banques, de M. Dja-daouadji

Les banlieues et le parcours presque obligé de la délinquance comme moyen efficace d'obtenir de l'argent facile. Du larcin au braquage de banque, des 10 ans de taule à la rédemption, du sentiment de puissance à la maladie qu'est l'alcoolisme.
À travers ce témoignage d'un parcours sûrement plus commun qu'on ne ne le pense, c'est un homme cassé que l'on découvre...
 

Quand on lit ce genre d'ouvrage, on ne s'attend pas à trouver de la grande littérature, mais outre une forme de curiosité, on se doute bien que l'utilité est surtout pour celui qui rédige.

Mohamed Dja-daouadji raconte à postériori son parcours d'enfant sans souci à celui de l'adolescent heurté par le divorce de ses parents, et l'image du père idéal brisée. Pauvreté, famille nombreuse, déscolarisation et déterminisme géographique orienteront comme fatalement ses ambitions d'adulte.

C'est l'histoire d'un gars qui est né au mauvais endroit et qui s'est laissé porter par l'issue la plus grisante. Ce type, ce sont les larmes de sa mère qui lui donneront la volonté de s'en sortir : de la spirale des casses à celle de l'alcool.

Son histoire n'est pourtant pas terminée, il utilise sûrement autant l'écriture pour se convaincre que pour nous convaincre que cette vie là est derrière lui. Reste à trouver une autre voie, une reconnaissance que la considération d'un flic lui a déjà partiellement apportée.

 

Merci Babelio pour la découverte

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Lettres de Noël, de Nadine CRETIN

Publié le par Alice

Lettres de Noël, de Nadine CRETIN

Présentation de l'éditeur :

De Madame de Sévigné à Mark Twain en passant par Émile Zola, La comtesse de Ségur ou encore Le Père Noël... Découvrez les plus belles lettres de Noël de personnages célèbres et anonymes. Pour chaque lettre, une introduction de Nadine Cretin, Historienne et spécialiste des fêtes de Noël, qui explique le contexte et pour conclure, un lexique qui prolonge le plaisir de la lecture. Historienne spécialisée en anthropologie religieuse et membre de la Société ethnologie française, Nadine Cretin étudie l'origine des fêtes du calendrier, qu'elles soient profanes ou sacrées. "Mots intimes" est la nouvelle collection consacrée à l'art épistolaire et à l'amour des mots, publiée avec le concours du site deslettres.fr, et qui fait son entrée dans le catalogue des éditions Le Robert.

 

Ce livre est parfait pour s'imprégner de l'atmosphère magique et douce des fêtes de Noël. 

L'auteure débute l'ouvrage avec un prologue rappelant les origines, sacrées et profanes, des fêtes de Noël, évoque les traditions et leurs particularités géographiques.

Ensuite, sur une centaine de pages, il y a une partie un peu plus littéraire, dont certaines lettres (je vous rappelle que le titre de l'ouvrage est "Lettres de Noël") d'auteurs classiques, d'autres d'anonymes touchants. Le choix est thématique et une introduction à chacune d'entre elles permet un petit rappel du contexte général et historique, puis un autre beaucoup plus personnel, reliant l'auteur au moment de la rédaction de la lettre.

La sélection est large et hétérogène: Emile Zola (à propos du Noël familial), Madame de Sévigné (à propos des visites pour les voeux), un poilu à sa femme (concernant la trêve de Noël), Groucho Marx à sa fille à propos de la vision négative de Noël, J.F.Kennedy à une petite fille concernant le Pôle Nord, et puis LA vraie lettre au Père Noël et la vraie réponse de celui-ci, soufflée par Françoise Dolto elle-même.

L'ouvrage s'achève avec un lexique de Noël, évoquant à nouveau les traditions et leurs origines : du Père Fouettard à la cheminée, des étrennes aux "treize desserts", de la bûche aux Rois Mages.

C'est passionnant, j'y ai appris plein de choses, et cela m'a donné envie d'en transmettre tout autant aux enfants. L'immersion dans la féerie des décors, des traditions familiales ou nationales, dans les yeux brillants des enfants et les lumières des villes, tout y est.

Les lettres sont touchantes, nous laissent, pour certaines, entrevoir une intimité inédite des auteurs cités. C'est tendre et universel. Un bel ouvrage pour lire des classiques par le biais d'un angle thématique intéressant et de saison !

Lettres de Noël, de Nadine CRETIN

Editions Le Robert, Collection Mots intimes

21 octobre 2015.

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Les opinions de M. Zède, d'Hans Magnus ENZENSBERGER

Publié le par Alice

Quatrième de couverture : "Qui dit A, doit dire B, paraît-il, et ainsi de suite jusqu'au bout de l'alphabet. Je vous prie de ne pas compter sur moi pour observer cette règle." Ainsi parle M. Zède. Chaque après-midi, ce bonhomme fait invariablement son apparition dans le jardin public, s'engageant  dans des dialogues du tac au tac avec les passants. Est-ce un sage, un clown, un provocateur, un abstracteur de quintessence? Beaucoup s'en vont en hochant la tête ; d'autres écoutent le philosophe rondouillard et discutent sans fin avec lui. Il n'écrit jamais rien mais ses auditeurs prennent des notes. Celles-ci ont fini par former ce petit livre, almanach paradoxal de sagesse postmoderne où sont les opinions, agaceries et autres considérations d'un personnage insaisissable. Comme Socrate, M. Zède est un accoucheur de pensée."

 

Ce livre, sans fil conducteur, mis à part la présence de ce personnage, Monsieur Zède, est un recueil de considérations, maximes, réflexions.

On pourrait se croire revenus aux temps anciens, dans l'Antiquité, alors que les disciples d'Aristote suivaient ses enseignements en marchant...

Mais ce M. Zède est moderne, contemporain, il évoque tout aussi bien la politique que les nouvelles technologies, l'argent... à un public hétérogène de fidèles. 

Pour être honnête, j'ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur cette lecture tant les paragraphes (numérotés) n'ont pas d'unité thématique. Les pensées de Monsieur Zède ne sont ni révolutionnaires, ni humanistes. Peut-être un philosophe qui prend les choses de la vie avec de la hauteur et de la distance; cela ne m'a pas semblé très intéressant et encore moins passionnant.

118.

" Prévoyant une séance longuette, quelques-uns d'entre nous avaient apporté des hot-dogs au curry achetés à la baraque voisine. Une jeune fille en offrit un à Z., qui le refusa courtoisement. Elle lui demanda s'il était exigeant en matière de goût.

Et Z. de répondre: "Je ne saurais le nier, mais n'y voyez pas le caprice d'un enfant gâté. Je me fie à ma langue, à mon nez, à mon estomac, bref à ce que la nature nous a donné à tous. La vache sait quelle herbe lui convient et celle qu'elle ferait mieux d'éviter. Science infuse qu'on ne trouve pas dans les livres. Nul n'a l'obligation d'avaler tout ce que la société lui propose.

Vous feriez erreur si vous pensiez que la question du goût ne concerne que la nourriture."

Merci à Babelio et à l'opération Masse critique.

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Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN

Publié le par Alice

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN
Isabelle Monnin, l'auteure, achète un lot de photos sur internet.
A partir de ces clichés, les personnes se transforment en personnages, elle leur invente des vies et des identités. Il s'agit de la première partie du livre, séparée de la seconde, l'enquête, la rencontre avec les "vrais gens" par la reproduction de quelques photos.
La fiction se superpose, croise et se confronte au réel, à ce que l'auteure mais aussi à ce que les lecteurs avaient imaginé.
 
L'écriture est vraiment belle, poésie mélancolique, on est ému, autant par l'humilité d'Isabelle Monnin que par la destinée de ces visages de papier, mis en mélodie par Alex Beaupain.
 
Quel plaisir d'avoir ce livre (et ce CD) entre les mains.
 
Rares sont les romans dont j'aurais envie de marquer toutes les pages, pour garder en mémoire ces phrases si justes et ces mots si adéquates.
Celui-ci en fait partie. L'écriture est un bijou, les phrases des vers, la juxtaposition des mots provoque des associations d'émotions inattendues.
Les gens dans l'enveloppe, c'est d'abord pour moi, cette beauté de la langue, ces phrases dont on a le sentiment qu'elles sont bricolées.
 
Et puis Isabelle MONNIN, la raconteuse d'histoires est aussi celle qui regarde, qui a su voir au-delà des clichés, qui a inventé des vies, des personnages et des situations.
C'est celle qui observe, et retranscrit avec le prisme de son imagination. Elle voit par le biais de son objectif d'écrivain.
Sa démarche est touchante parce que constamment empreinte d'humilité, de gêne à l'idée d'emprunter des vies, des malheurs. Son authenticité m'a semblé d'autant plus émouvante, que l'époque dans laquelle "grandissent" ses/ces personnages est celle dans laquelle j'ai moi-même grandi, petite quarantenaire.
 
Les histoires qu'elle crée à partir de ces photos sont liées par le fil conducteur de l'abandon, une trame qui sera dépassée par la réalité. Et si on portait le poids d'être délaissé, génération après génération, comme un lourd héritage de solitude et d'insécurité?
Les deux récits ont résonné en moi : celui imaginé et l'enquête, comme elle l'appelle, la rencontre avec les vrais personnages, ceux qui ont su devenir forts, et ceux qui sont devenus, jour après jour, plus fragiles.
J'ai beaucoup aimé ce livre atypique, m'imprégnant d'abord des chansons d'Alex Beaupain que j'avais déjà eu le plaisir de voir en concert il y a 5 ans. Des souvenirs, de douces mélodies, d'autant plus touchantes quand je les ai réécoutés ensuite, avec ces mot éclairés à la lumière de la lecture.
 
" Je ne sais toujours pas si le monde est trop vaste ou trop vide. Mes paumes le mesurent avec peine, petites, creuses." page 46
 
" Je crois que toute vie vaut la peine d'être racontée, chaque vie est un témoignage de toutes les autres. On racontera une époque, une terre, un petit monde. On racontera la vie des gens dont on ne parle jamais. Elle vaut autant que celle dont on parle - autant et si peu.
(Il y a là un gouffre, je ne m'y penche pas, je ne surplombe pas, j'y descends.)
(Je n'ose pas vous dire, Michel, que votre vie est intéressante, comme celle d'un nourrisson de 6 jours, d'une soeur morte trop tôt ou d'un vieillard disparu trop tard, elle est universelle et singulière, elle est par essence bouleversante, que je crois à ça dur comme fer, que c'est même la seule chose en laquelle je crois.)" page 282
 
"Les gens vrais sont des histoires, tu les inventes, ils vivent plus que vrais. Les gens sont une silhouette sur une photo et toute la vie ils sont un pull rayé, un tableau au-dessus de la cheminée, un clocher bande claire, des lunettes fumées, un poulet rôti et des coupes fières. Les gens sont des dates, tu les notes scrupuleusement, des maisons, tu les visites, un bord de rivière, un plat préféré, des cicatrices que rien ne soigne, tu souffles doucement dessus. Les gens sont maintenant des chansons, tu les écoutes et si tu pleures un peu, tu as raison." page 334

 

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN avec Alex BEAUPAIN

Editions JC Lattès, 2015.

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NOIRE la vie méconnue de Claudette Colvin, de Tania de MONTAIGNE

Publié le par Alice

Quatrième de couverture

"Prenez une profonde inspiration, soufflez, et suivez ma voix, désormais, vous êtes noir, un noir de l'Alabama dans les années cinquante. Vous voici en Alabama, capitale: Montgomery. Regardez vous, votre corps change, vous êtes dans la peau et l'âme de Claudette Colvin, jeune fille de quinze ans sans histoire. Depuis toujours, vous savez qu’être noir ne donne aucun droit mais beaucoup de devoirs…"
Seulement, le 2 mars 1955, dans le bus de 14h30, Claudette Colvin refuse de céder son siège à un passager blanc. Malgré les menaces, elle reste assise. Jetée en prison, elle décide de plaider non coupable et d'attaquer la ville. Avant elle, personne n'avait osé et ce jour marque le début d'un itinéraire qui mènera Claudette Colvin de la lutte à l’oubli.
Noire est l'histoire de cette héroïne de quinze ans, toujours vivante, et presque méconnue. Noire est le portrait d'une ville légendaire, où se croisent Martin Luther King, pasteur de vingt-six ans et Rosa Parks, couturière de quarante ans, pas encore Mère du mouvement des droits civiques. Noire est le récit d'un combat qui dure encore contre la violence raciste et l'arbitraire.

NOIRE la vie méconnue de Claudette Colvin, de Tania de MONTAIGNE

Difficile de se mettre à la place de celui ou celle qui est caractérisé (et discriminé, exclu, rejeté) par sa couleur de peau. D'autant plus, s'imagine-t-on lorsque l'on vit en 2015 et que l'on est blonde aux yeux bleus.

Pourtant c'est ce que propose ce livre dès le premier chapitre, en imposant au lecteur cet effort d'empathie, en lui enjoignant de se mettre dans la peau d'un noir américain des années 50.

 

Tania de Montaigne, par le biais de ce récit, vient démystifier l'histoire et rendre aux personnages secondaires de la Grande Histoire, le rôle qui leur est dû. C'est tout particulièrement Claudette Colvin (dont le nom fut même mal retenu à travers les années) qui est réhabilitée dans la lutte contre la ségrégation.

C'est assez édifiant, même si au fond, on sait bien que pour servir la cause, n'importe quelle cause, certains, aux histoires peu médiatiques, seront laissés dans l'ombre, au profit de personnages plus neutres, plus "lumineux". En l'occurrence il s'agira ici de la très célèbre Rosa Park qui, pourtant, marchera dans les pas de cette Claudette, malmenée par la vie avant et après avoir été jugée pour ne ne pas avoir cédé sa place - non plus - à un blanc.

Ce livre est juste car il milite activement pour une forme d'égalité, face aux traces laissées par l'Histoire, mais aussi dans le présent, en rappelant les tragiques faits d'actualité dont les noirs ont été injustement et incompréhensiblement victimes (aux Etats-Unis, en France aussi avec l'insulte faite à Madame Taubira), mais en invitant le lecteur à regarder ces dizaines de millions de couples mixtes, comme autant de preuves que tout cela reste marginal et le deviendra plus encore au fil des années.

 

 

"Mais poursuivons, suivez votre serviteur, suivez-moi, car désormais, vous êtes noir. Etre noir, contrairement à ce que l'on imagine, ça n'est pas une question de peau, c'est une question de regard, de ressenti. Ca vient de l'extérieur d'abord, de l'autre, puis le problème d'infiltre, comme une inondation sournoise, ça perce la cuirasse goutte à goutte, ça effrite par imprégnation. Il fut un temps où je n'étais pas noire. C'était avant la collision, avant l'école maternelle. Il fut un temps où j'étais simplement une petite fille de pas encore trois ans."  Page 22

 

"Lorsque j'ai voulu vous parler, vous voir peut-être, vous m'avez fait répondre que vous ne souhaitiez plus être dérangée, que tout avait été dit, et jusqu'à présent, vous comptiez retourner dans le silence qui vous avaIt toujours accompagnée. Vous souhaitiez redevenir une de ces silhouettes qui parcourent les rues, sans éclat, sans susciter rien d 'autre que l'indifférence, désireuse de ne pas être à nouveau maltraitée par l'Histoire". Page 161

NOIRE la vie méconnue de Claudette COLVIN, de Tania de Montaigne.

Editions Grasset

2015.

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Comment j'ai appris à lire, d'Agnès DESARTHE

Publié le par Alice

Comment j'ai appris à lire, d'Agnès DESARTHE

Quatrième de couverture

"Apprendre à lire a été, pour moi, une des choses les plus faciles et les plus difficiles. Cela s'est passé très vite, en quelques semaines ; mais aussi très lentement, sur plusieurs décennies.
Déchiffrer une suite de lettres, la traduire en sons fut un jeu, comprendre à quoi cela servait fut une traversée souvent âpre, et, jusqu'à l'écriture de ce livre, profondément énigmatique."

Comment apprend-on à lire ? Comment notre désir de lecture peut-il être entravé ? Comment l'écriture peut-elle rendre meilleur lecteur ? Cheminant à travers ses souvenirs, Agnès Desarthe mène une enquête passionnante, puisant au coeur d'un secret : celui de n'avoir pas aimé lire pendant longtemps.

 

Il y a lire et aimer lire. Entre les deux, le fossé est immense et c'est ce long chemin personnel vers le plaisir et le bonheur de la lecture qu'Agnès Desarthe interroge.

On imagine souvent que la rencontre se passe par le biais d'un seul titre, mais c'est une illusion car ce sont des rencontres avec des auteurs, des textes ou des lecteurs passionnés qui construisent et façonnent la relation du lecteur avec la Littérature, 

C'est un très joli texte, un récit d'apprentissage, et ceux qui ne conçoivent pas la vie sans romans s'y retrouveront inévitablement.

L'auteure évoque aussi son métier de traductrice qui lui a permis une proximité quasi inégalable avec les mots des autres.

Son témoignage résonne fortement avec l'apprenti lectrice que je fus.

 

[...] je voudrais cheminer, tranquille, le long d'un simple récit qui expliquerait comment je suis passée d'un état à un autre ; comment de la haine de la lecture, j'ai accédé à l'amour des livres.
Ce récit se déroulait si clairement dans mon esprit avant que je ne l'entame. Je connaissais le point de départ, j'entrevoyais déjà le point d'arrivée, et, entre les deux, semblables à des jalons, les romans qui m'avaient permis d'avancer.Mais voilà, comme toujours, le livre que j'écris n'est que le faux frère de celui qui j'avais conçu, un jumeau hargneux, un traître, un gnome contrefait, comme celui des contes que j'aimais tant."

 

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L'homme qui ment, de Marc LAVOINE

Publié le par Alice

L'homme qui ment, de Marc LAVOINE

Ce livre est l'autobiographie de Marc Lavoine que je ne connais pas plus que deux chansons.


Récit très intime, c'est son père, "l'homme qui ment", l'homme aux multiples femmes, l'homme qui boit, l'homme qui ne s'est jamais remis de la guerre d'Algérie et qui s'est engage dans le syndicalisme. L'homme d'une époque en somme, celle des années 70.


Grandir avec un père qui prend son enfant comme témoin/alibi de ses liaisons. Un père immature, une mère dépressive qui a refusé que ce second enfant, Marc, soit un garçon et non la fille qu'elle espérait tant.

Et l'auteur qui se construit, avec son frère le modèle, puis, en tant que père, avec ses 4 enfants qu'il tente de protéger plus qu'il ne le fut.

Une intimité familiale dévoilée qui me met mal à l'aise même si l'expression des sentiments est touchante. C'estparticulier de raconter l'histoire de son père, comme héors défaillant. Pour qui écrire, à part pour travailler cette résilience? quelle place ai-je, moi lectrice dans cette histoire familiale?

 

"J'étais donc en stand-bye, en couveuse, avec un panaris, en attente d'une famille, d'un toit, d'un lit et d'un prénom, entre la vie et l'oubli. Tout ça sentait très très bon."


"Ma vie basculait dans un monde inconnu qui me laissait pensif et perplexe. Je décidai de prendre les choses à la légère, c'est à la longue qu'elles ont pris du poids, jusqu'à devenir vraiment lourdes pour un garçon de mon âge."

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