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D'après une histoire vraie, de Delphine de VIGAN

Publié le par Alice

D'après une histoire vraie, de Delphine de VIGAN

Quatrième de couverture

"Tu sais parfois, je me demande s'il n'y a pas quelqu'un qui prend possession de toi."

 

Ce roman dont on a tant et tant entendu parler. Célébré dans les médias et sur les blogs, son succès en devenait intrigant. Intrigant d'ailleurs c'est le mot car le titre laisse entendre que ce roman est autobiographique.

Delphine, écrivain, peine à trouver l'inspiration pour son nouveau roman que son éditeur attend fébrilement. L'engouement qu'a suscité son dernier livre, autobiographique, Rien ne s'oppose à la nuit, l'expose aux émotions des lecteurs lors des séances de dédicaces notamment. En effet, la maladie mentale de sa mère et son suicide font naître des confidences intimes.

Elle se sent dès lors, comme nue psychologiquement face à ceux qui la lisent et attendent ses nouveaux écrits.

Un soir, elle rencontre L. Une femme élégante et cultivée, "nègre" (qui écrit la vie des gens célèbres), un écrivain de l'ombre, dont jamais le nom ne sera publié, au profit de celui de l'illustre commanditaire.

De là naît une amitié fusionnelle, et un discret mais efficace travail de manipulation de la part de L. Delphine écrit à postériori, elle donne donc des clés pour déchiffrer l'attitude de cette amie néfaste. Le lecteur comprend très vite que l'auteure se fera "vampiriser" naïvement,mais en sortira saine et sauve. Le personnage de L. est d'emblée décrit comme un personnage que nous ne sommes pas autorisés à apprécier.

La construction du roman est donc, particulièrement atypique, puisque l'on va observer la toile tissée par cette amie dangereuse qui n'a qu'une obsession : celle que Delphine écrive un roman autobiographique, basé sur sa vie, son histoire qu'elle n'aurait pas entièrement dévoilée. L. tente, de couper Delphine du monde vivant (ses amis, ses enfants) pour provoquer l'écriture de ce nouveau roman, suggérant incessamment que seul le réel intéresse les lecteurs.

Et moi, en tant que lectrice? ce qui m'intrigue ce n'est pas tant que cette histoire soit vraie. D'ailleurs je ne crois pas une seconde en la véracité de ce récit peut-être autobiographique : l'écriture en est trop intime, trop périlleuse...

En revanche, ce qui me touche immédiatement, c'est cette confession psychologique de l'auteur. J'aime quand elle raconte qui elle est, je crois en l'authenticité de son propre personnage public, la façon dont elle vit sa célébrité. 

" Au fil du temps j'ai fini par comprendre - ou bien est-ce l'alibi qui me rend les choses acceptables - que la relation à l'Autre ne m'intéresse qu'à partir d'un certain degré d'intimité."

Les phrases font mouche, et dès les premières pages, je suis happée par ce roman.

La réflexion sur la lecture et l'écriture est très intéressante : que cherchent lecteur et auteur dans l'acte d'écrire et de lire? Attend-t-on vraiment une part d'authenticité et de vécu? peut-on bien raconter quelquechose que l'on n'a jamais ressenti? 

"Il n'y a pas de vérité. La vérité n'existe pas. Mon dernier roman n'était qu'une tentative maladroite et inaboutie de m'approcher de quelque chose d'insaisissable. Une façon de raconter l'histoire à travers un prisme déformant, un prisme de douleur, de regrets, de déni. D'amour aussi. Tu sais très bien tout cela. Dès lors qu'on ellipse, qu'on étire, qu'on resserre, qu'on comble les trous, on est dans la fiction. Je cherchais la vérité, oui, tu as raison. J'ai confronté les sources, les points de vue, les récits. Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n'existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention."

 

Ce roman est une belle découverte parce qu'il ouvre la réflexion sur l'acte même d'écrire, et qu'il est, par sa construction peu conventionnelle assez unique en son genre. Il est construit comme un thriller qui ne peut pas se finir mal, comme une mise en abyme d'un roman dans le roman, de l'écriture dans l'écriture.


 

D'après une histoire vraie, de Delphine de VIGAN

JC Lattès, août 2015.

 

Prix Renaudot  et Pris Goncourt des lycéens 2015.

Publié dans Roman

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La maison d'à côté, de Lisa GARDNER

Publié le par Alice

La maison d'à côté, de Lisa GARDNER

Quatrième de couverture

Un fait divers dans une banlieue résidentielle de Boston passionne les médias. Sandra Jones, jeune maîtresse d'école et mère modèle, a disparu. Seul témoin: sa petite fille de 4 ans. Suspect n°1: son mari Jason.

Dès que l'inspectrice D.D. Warren pénètre chez les Jones, elle sent que quelque chose cloche : les réticences de Jason à répondre à ses questions, son peu d'empressement à savoir ce qui a bien pu arriver à son épouse "chérie" ...

Tente-t-il de brouiller les pistes ou cherche-t-il à protéger sa fille, à se cacher? Mais de qui?

 

 

Un bon thriller qu'on ne peut pas lâcher ! 

Une jeune femme, mère de famille aimante a disparu. Son mari appelle la police plusieurs heures après avoir constaté sa disparition. C'est un homme qui semble dénué de toute émotion, au comportement et aux réactions inhabituels dans ce genre de situation.

Alors que les chapitres alternent entre la narration par la disparue qui raconte ce qui s'est passé avant, c'est-à-dire la suite d'événements qui ont mené à la situation actuelle, qui elle, forme le second récit. 
On élabore des pistes en même temps que les enquêteurs et ça marche bien ! On perçoit ce qui se dessine et trame doucement. 


Un auteur qui confirme son talent en matière de suspense ; même si les grosses ficelles américaines ne sont pas celles que je préfère d'ordinaire, celles-ci rendent la lecture sympathique et captivante.

Publié dans Thriller, Polar

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Un thé pour Yumiko, de Fumio OBATA

Publié le par Alice

Un thé pour Yumiko, de Fumio OBATA
Un thé pour Yumiko, de Fumio OBATA

Résumé éditeur

Quand elle apprend la mort de son père, Yumiko, jeune graphiste londonienne, doit partir au Japon pour assister à la traditionnelle cérémonie des obsèques. Le voyage au pays de ses origines, jusque dans la ville où elle est née et a grandi, se révèle une succession d'émotions contradictoires et bouleversantes. Qui est-elle devenue loin de chez elle ?

 

Cette histoire est celle des immigrés qui ont fait leur vie dans un autre pays, pays dans lequel ils se sentent bien, "chez eux". Le retour au pays provoque alors un choc culturel et émotionnel qui bouleverse et interroge profondément Yumiko sur son identité.

Qui est-elle à présent?

Ce questionnement trouve sa source même dans le schéma familial dont est issue l'héroïne : un père attaché aux traditions, ne comprenant pas son envie d'étudier ailleurs, à l'étranger et  qui envisage de la marier avec un ami de la famille, et une mère intellectuelle, bien libérée du joug moral des conventions.

La dualité qui se joue en Yumiko est représentée de manière allégorique par un personnage du théâtre Nô, qui vient la hanter.

C'est un roman graphique basé sur l'introspection, le fiancé anglais de Yumiko n'étant pas vraiment concret dans le cheminement psychologique du personnage. Le lecteur est invité à trouver les clés seul, aidé par la douceur des images et des représentations. Ce n'est pas une oeuvre de textes ni de dialogues..., ce qui rend cette bande dessinée intéressante mais qui peut laisser aussi un sentiment d'inachèvement.

"Nous changeons tout le temps...

De même que nos ambitions, nos désirs et nos objectifs...

L'important c'est ... de trouver quelque chose d'immuable en soi."

Un thé pour Yumiko, de Fumio OBATA

Traduit de l'anglais par Isabelle Troin

Collection BAYOU, Editions Gallimard, 2014.

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California dreamin' de Pénélope BAGIEU

Publié le par Alice

California dreamin' de Pénélope BAGIEU

California dreamin' est la dernière bande dessinée de Pénélope BAGIEU, l'auteure qui s'est notamment fait connaître grâce à son blog Ma vie est tout à fait fascinante.

Dans cet ouvrage elle raconte la vie d'Ellen Cohen, la chanteuse du groupe des Mamas & Papas, une personnalité hors normes pour un physique tout aussi peu conventionnel : aînée d'une famille de juifs immigrée à Baltimore, un père passionné de musique mais pétri d'angoisses, gérant d'une épicerie cachère en faillite permanente.

Cass Elliot, de son nom de scène, est racontée par le biais de 18 chapitres, comme autant de narrateurs différents. Une personnalité pétulante au sens de la dérision exacerbé.

Ce roman c'est celui d'une voix exceptionnelle, mais aussi d'une époque faite de rêves (partir à New York), de drogues et de courants musicaux (comme l'arrivée des Beatles sur la scène internationale, l'arrivée d'une nouvelle manière d'envisager la musique d'alors).

Ce qui est particulièrement émouvant c'est la personnalité de Casse Elliot, cette femme qui assume sa grosseur, drôle et maniant l'auto-dérision comme personne. Aux amours déçues mais à la volonté intacte de "percer" malgré les obstacles qui se sont dressés sur son chemin.

J'ai beaucoup ri en lisant cette bande dessinée, j'ai souvent été émue, et puis j'ai vraiment eu l'envie de réécouter ce si fameux titre, California dreamin' !

 

Le Monde a mis en ligne les quatre premiers chapitres du livre, si vous voulez avoir un aperçu plus précis de son contenu.

California dreamin' de Pénélope Bagieu

Editions Gallimard, septembre 2015.

(Je rejoins les RV de VirginieB où il sera question de lectures le samedi chez elle)

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