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Prête à tout, de Joyce Maynard

Publié le par Alice

Prête à tout, de Joyce Maynard

Présentation éditeur :

Suzanne Stone ressemble à ces filles trop parfaites des magazines. Elle a tout pour être heureuse: elle est jeune, belle, mariée à un homme qui la vénère, installée dans une jolie maison. Mais Suzanne n'est pas une poupée. Elle veut davantage, bien davantage...
Isolée dans une petite ville de province, elle décide que la télévision sera son royaume: à force de conviction, elle obtient un poste dans la station locale. Bientôt, elle parvient à présenter le bulletin météo, puis, persuadée d'être vouée à un brillant avenir, réalise avec un brin de naïveté et beaucoup d'ardeur son premier reportage.
Qu'a donc encore de commun cette créature sculpturale descendue de l'olympe télévisuel avec son entourage, sa famille, son mari... Énigmatique, perverse, désireuse de balayer son passé d'un revers de main, la jeune femme va vite utiliser sa nouvelle aura à des fins meurtrières.
Et l'écran de télévision de se teinter couleur rouge sang...

 

Joyce Maynard, avec toujours le même talent de conteuse, dresse un portrait sans concession de l'Amérique : celle où on devient parent à 15 ans, celle où les viols en famille sont monnaie courante, et l'autre, celle des rêves que l'on peut concrétiser. Deux Amérique qui se confrontent, celle à qui les rêves ne sont pas permis et ceux qui fondent leur vie sur l'espoir de connaître la gloire, le pouvoir et la richesse.

Leurs intérêts ne seront bien évidemment jamais communs : l'obsession de Suzanne la rend totalement inhumaine, aucun acte, aucun mot n'a de sens sans public.

Le récit, mené par des narrateurs multiples, chacun protagoniste de l'histoire. Tous mettent en évidence le personnage de Suzanne, la racontent par le biais de ce qu'elle souhaite représenter pour eux, mais jamais pour ce qu'elle est vraiment.

Le sexe, l'ambition, l'argent : voilà ce qui meut les personnages. L'histoire est construite en spirale, l'étau se resserre sur les mensonges et manipulations de Suzanne, mais s'en rend-elle compte? 

Finalement, seul l'amour parental est aveugle, généreux et inconditionnel, même si dans la réalité, les manières de prendre soin de l'autre et de l'éduquer à la vie sont opposées.

Un livre glaçant, passionnant, révoltant, et à lire absolument, d'autant plus si vous ne connaissez pas Joyce Maynard.

Morceaux choisis

"Moi, ma théorie c'était : jamais faire croire qu'un miracle va se produire. C'est pas parce que vous soufflez toutes les bougies sur votre gâteau d'anniversaire que votre voeu va se réaliser. Jimmy a grandi en sachant que tous ces jouets qu'on voit dans les publicités à la télé, c'était pas pour lui, pas plus que ces jolies filles qu'ils font voir dans les magazines. Faut être réaliste. Si vous visez trop haut, ça fait encore plus mal quand vous retombez.

C'est pas la première fois que j'entends des gens faire allusion au milieu d'où vient mon fils. Toute sa vie les gens lui ont dit, d'une façon ou d'une autre, qu'il pouvait rien lui arriver de bien dans la vie, vu qu'il était pas né dans le bon environnement? C'est ça qu'on appelle un pays libre? Tout le monde a ses chances? Ah, me faites pas rire. Ce gamin, on aurait pu raconter l'histoire de sa vie quand il avait six ans. Comme disait le psychologue : compte tenu de son milieu, il pouvait que mal finir. Et si ça finit toujours mal, c'est à cause des gens qui répètent tout ça justement."

 

Postface de l'auteure:

"S'il y avait des caméras de télévision dans toutes les maisons, tout le temps, comme celles qu'ils ont dans les banques et dans les boutiques pour surveiller les voleurs, croyez-vous que les mères continueraient à crier après leurs enfants et les frapper? 

Tant que vous êtes à la télé, il y a toujours quelqu'un qui vous regarde. Si les gens pouvaient passer à la télé tout le temps, nul doute que la race humaine dans son ensemble s'en porterait beaucoup mieux. Cela pose un problème : si tout le monde passait à la télé, il n'y aurait plus personne pour la regarder."

 

Prête à tout, de Joyce MAYNARD

Editions Philippe Rey, mai 2015

Publié dans Polar, Roman

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La renverse, Olivier Adam

Publié le par Alice

La renverse, Olivier Adam

Résumé éditeur :

Antoine, 25 ans, employé de librairie en Bretagne, apprend la mort de Jean-François Laborde: personnalité politique célèbre, ancien maire et ancien ministre, sa carrière avait été entachée dix ans plus tôt par une affaire de viols et d'abus sexuels à laquelle la mère d'Antoine, Cécile Brunet, avait été mêlée. Obligé de se replonger dans ce trouble passé, Antoine devient acteur de sa propre vie.


Le narrateur, aujourd'hui adulte, est subitement ramené à son enfance et au traumatisme familial, lié à un scandale politico-sexuel auquel sa mère est liée.

Il part alors sur les traces de son enfance et ce trajet est l'occasion pour le narrateur de se souvenir de cet évévement qui a transformé sa vie.

 

Construction de l'identité, instinct de protection, déchirement existentiel... Revivre ce passé c'est s'apercevoir qu'il est passé à côté de la souffrance de son frère, qu'il n'a jamais été là pour aider, soutenir et protéger son cadet. Mais c'est également se regarder au présent et découvrir que cette cassure l'a toujours empêché d'avancer, et de s'ancrer dans la vie.

Finalement sa mémoire est parcellaire, fragmentée, comme pour mieux le protéger, même si les sentiments violents et la rupture qu'il a voulue avec ses parents dont il n'a plus de nouvelles depuis des années, sont toujours d'actualité.

 

Une écriture dont le rythme semble guidé par la vie près de nos côtes maritimes (la renverse = l'étale).

Et d'autres idées lecture pour le RV lecture du samedi.

" Nous lisions côte à côte, fermions les yeux en tirant sur nos joints, bercés par la musique. Baisions dans la nuit saturée de vent, gonflée de ressac. Nous parlions peu, en définitive. J'aimais bien sa présence. Elle s'accommodait de mon absence."

La renverse, d'Olivier Adam

Flammarion, 2016

Publié dans Roman

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L'amour, roman de Camille LAURENS

Publié le par Alice

L'amour, roman de Camille LAURENS

Quatrième de couverture

D'où vient l'amour en nous? Comment se construit cette forme particulière et unique, si différente chez chacun d'entre nous que souvent nous ne la comprenons pas chez l'autre : l'amour? Le passé la crée peu à peu, tissage de récits déformés, de fables inventées, de mythes personnels, histoires de famille : nous héritons l'amour comme on nous lègue un meuble. Et puis les livres, ce qu'ils nous ont appris de la passion, de la souffrance et du plaisir - pages bâtissant des sentiments, des sensations, un monde, éternel roman du coeur entre illusion et vérité, corps et âme.

L'amour, c'est des mots.

 

 

J'ai beaucoup aimé ce roman.

Le livre s'ouvre sur une scène "choc" : Camille (qui est la narratrice et aussi, pourquoi pas, l'auteure du roman) est revenue chez sa grand-mère pour un week-end ; et alors qu'à genoux, elle s'apprête à s'occuper de son petit ami, nu et debout face à elle, sa grand-mère ouvre la porte, choquée par ce qu'elle voit.

Plus tard, la vieille dame lui demandera : "Est-ce que c'est ça l'amour?"

Voilà donc le point de départ du roman qui va s'interroger sur l'amour durant presque 300 pages. L'auteur raconte sa rencontre avec celui qui est son mari depuis 20 ans, Julien, ce coup de foudre qui les a unis très vite. Aujourd'hui ce n'est plus l'amour fou : trop de chagrins (un fils décédé, Philippe), de trahisons. Et puis, le temps qui file et qui transforme les sentiments en tendre fraternité.

Elle rencontre un réalisateur et leur liaison fait basculer son quotidien. De là naît une passion faite de mots et de sensualité, une partie de Camille renaît, cette histoire agit comme un électrochoc : sa vie, son amour, l'Amour, elle remet à plat toutes ses certitudes.

L'amour c'est aussi le poids des amours passées : celles de ses parents, de ses grand-parents et arrière-grand-parents, du mariage de convention, des amours déçues ; l'auteure raconte l'histoire des siens, s'interroge aussi sur l'amour maternel ou paternel qui construit aussi les fondations des sentiments à venir.

Et puis, ce que j'ai aimé, ce sont les multiples références littéraires : La Rochefoucauld, plus particulièrement, et sa vision de l'amour est le sujet d'étude de l'auteure. Elle l'intègre donc à ses interrogations à propos de son couple.

 

Un très chouette roman donc.

"Ce pourrait être une définition de l'amour, celle de Flaubert : la curiosité. Etre, soudain, tellement curieux de quelqu'un, fou curieux. Connaître l'autre, co-naître, naître au monde avec lui, tel est l'unique projet. La phrase la plus éloignée de l'amour, ce ne serait pas "je te hais" mais "je ne veux pas le savoir".

 

"Le temps passe, le souvenir reste. C'est bien ça le problème."

 

"Il y a dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour"

La Rochefoucauld, maxime 324

 

 

 

L'Amour, roman de Camille LAURENS

Editions P.O.L, mars 2003

Publié dans Roman

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Histoire de la violence, Edouard Louis

Publié le par Alice

Histoire de la violence, Edouard Louis

Résumé éditeur

J’ai rencontré Reda un soir de Noël. Je rentrais chez moi après un repas avec des amis, vers quatre heures du matin. Il m’a abordé dans la rue et j’ai fini par lui proposer de monter dans mon studio. Ensuite, il m’a raconté l’histoire de son enfance et celle de l’arrivée en France de son père, qui avait fui l’Algérie. Nous avons passé le reste de la nuit ensemble, on discutait, on riait. Vers six heures du matin, il a sorti un revolver et il a dit qu’il allait me tuer. Il m’a insulté, étranglé, violé. Le lendemain les démarches médicales et judiciaires ont commencé.

Plus tard, je me suis confié à ma soeur. Je l’ai entendue raconter à sa manière ces événements.
En revenant sur mon enfance, mais aussi sur la vie de Reda et celle de son père, en réfléchissant à l’émigration, au racisme, à la misère, au désir ou aux effets du traumatisme, je voudrais à mon tour comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. Et par là, esquisser une histoire de la violence.

 

En finir avec Eddy Bellegueule est le premier roman de cet auteur ; je ne l'avais pas lu, peu attirée par le genre autobiographique et pathétique.

Pourtant, les talents littéraires d'Edouard Louis ont tant été vantés que je n'ai pas pu résister à la sortie de son second roman, Histoire de la violence donc.

Bon, comment en parler... déjà il n'a pas de bol quand même le type. Après son enfance misérable, il publie un livre qui connait un grand succès, trouve un semblant d'apaisement avant de se faire violer et presque assassiner par un type avec lequel il couche après s'être fait accoster dans la rue.

C'est vrai que "le travail" sur la narration est vraiment passionnant, que les qualités littéraires sont incontestables, mais quand même... que c'est sordide !

Le soir de Noël 2012, en rentrant chez lui après une soirée avec des amis, Edouard se fait "brancher" par Reda. Après avoir repoussé vainement ses avances, celui-ci se laisse charmer et le fait monter chez lui. Ils font l'amour à plusieurs reprises, Reda lui raconte son enfance difficile, il se confie un peu (à condition que ce soit la vérité). Et puis, au moment où Edouard sort de la douche et s'aperçoit que sa tablette et son téléphone ont disparu, il accuse Reda (qu'il sait forcément coupable) et lui ordonne avec entêtement de rendre ce qu'il a volé.

Reda se braque, perd pied, et devient violent. Tellement, qu'il l'étrangle avec son écharpe et le viole avant de s'enfuir en s'excusant.

Edouard après avoir nettoyé furieusement les traces visibles de ce moment, se rend aux urgences et, sous la pression de ses deux amis, au commissariat pour un dépôt de plainte. C'est une autre violence qui s'enclenche : celle des mots que l'on pose sur les actes, celle du racisme (quand les flics lui font dire et répéter l'origine de son agresseur), celle de l'écoute, celle des silences et des maladresses.

Edouard répète inlassablement à qui veut l'entendre (ou pas), en s'impatientant de dire le viol et la tentative de meurtre. Et nous, lecteurs, apprenons ce qu'il a vécu vraiment par le biais de sa soeur, qui, en un long monologue (ou dialogue silencieux), rapporte à son mari le récit détaillé, plein de digressions, que son frère lui a fait de l'épisode.

 

J'ai aimé? Pas aimé? Pas évident de trancher. Le sujet est particulièrement sordide mais l'angle pris par la narration particulièrement original et intéressant.

On cherche la lueur, l'espérance même si l'amitié semble être un sentiment porteur voire salvateur pour l'auteur. Finalement, je crois que j'attendrai avec impatience qu'Edouard Louis soit un homme plus heureux, plus apaisé pour pouvoir davantage rêver en le lisant...

 

 

Histoire de la violence, Edouard Louis

Editions du Seuil, 2016

Publié dans Roman autobiographique

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Questions à Camille Anseaume

Publié le par Alice

Questions à Camille Anseaume

Il y a quelques jours je vous avais présenté le très joli roman de Camille Anseaume, Ta façon d'être au monde.

Camille a accepté de se prêter au jeu des questions /réponses à propos de son livre (je n'oserais parler d'interview étant très novice du genre):

 

Ta façon d'être au monde: un roman d'amitié? d'apprentissage? Comment le qualifieriez-vous?
C’est difficile de qualifier son propre livre, parce que cela suppose d’être très au clair sur l’intention portée devant le lecteur. Or, ce qui me fascine dans cette aventure qu’est l’écriture, c’est justement l’appropriation que fait le lecteur de ce qu’on lui met entre les mains. Il y a mille livres à l’intérieur d’un livre, parce qu’il y a mille façons de le recevoir, de le comprendre. Dans les retours que j’ai, certains me parlent de l’histoire d’amitié, d’autres de l’évolution de la narratrice, d’autres du deuil. Les lecteurs ne retiennent pas tous la même chose, comme si l’histoire s’adressait à eux de différentes façons, selon leur histoire, leur sensibilité.

 

L'utilisation peu conventionnelle des pronoms personnels et de la désignation des personnages vous est apparue comme une évidence?
Oui, complètement. Je n’ai pas eu à cœur de faire quelque chose d’original, je n’avais d’ailleurs pas conscience que ça l’était tant que ça. J’ai écrit d’abord la deuxième partie, puis la première. Quand j’ai commencé à traiter de l’enfance de la « narratrice », le « elle » est venu tout seul, parce que cette femme, dans l’enfance, n’était pas « dans son corps ». Elle n’était pas incarnée, elle ne pouvait pas parler d’elle à la première personne du singulier. Elle parle d’elle quand elle était enfant avec une telle distance que le « elle » s’est imposé. Le « tu », lui, ne change pas. Tout le livre s’adresse à la même personne, l’amie d’enfance, que l’on découvre grandir. J’ai été étonnée que parfois les gens soient autant décontenancés. Je comprends qu’il faille un peu de temps pour s’habituer à cette narration, mais c’est finalement assez simple : dans la première partie, une voix s’adresse à quelqu’un, un « tu », pour lui raconter son enfance, et en particulier son amitié avec une petite fille. Puis, dans la deuxième partie, c’est cette petite fille devenue grande qui prend la parole, et continue le récit.

 

Quand vous avez commencé l'écriture de ce roman, aviez-vous en tête la chute?

Pas du tout. C’était hyper étrange. Pour différentes raisons, j’ai mis beaucoup de temps à achever ce livre. Je n’avais aucune idée de la fin. Et un jour, j’ai tout relu, et je suis tombée de ma chaise. C’est comme si mes personnages m’avaient caché quelque chose, et que je venais de le réaliser, brusquement. Comme si la chute était déjà pré-écrite, mais que je ne le savais pas encore. Il y avait des indices partout, et pourtant je n’avais rien vu. Vraiment, ce n’est pas moi qui ai écrit la fin, mais mes personnages qui ont fait leur vie tout seuls.

 

J'imagine qu'il y a une part d'autobiographie dans le roman, au-delà du fait que la première partie du récit est l'abandon progressif des illusions, est-ce que vous vous reconnaissez dans cette petite fille en souffrance?
Cette petite fille a des choses en commun avec moi, comme par exemple une inquiétude sur le temps qui passe, une nostalgie très forte, à un stade très précoce. Le temps, c’est un thème qui m’habite complètement. Alors je me suis inspirée de mes sensations, bien sûr, mais j’ai aussi forcé le trait.

 

Vous connaissez inévitablement mieux vos personnages que les lecteurs. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir "fait le tour" des émotions du personnage principal.

Ce personnage m’échappe en partie, pour la bonne et simple raison qu’elle s’échappe en partie à elle-même. Et puis je n’ai pas voulu dresser un portrait psychologique complet, j’ai voulu livrer des morceaux d’elle, assez épars, pour rendre compte justement de son aspect « dispersé ». J’ai voulu qu’elle reste floue, comme une silhouette, parce qu’elle se sent dans la vie floue, comme une silhouette.

 

A quel moment vous, en tant qu'auteur, avez eu la sensation d'avoir achevé la rédaction?

Dès que j’ai trouvé la chute. Dès que je l’ai démasquée, plutôt. Au moment précis où j’ai compris ce que mes personnages me cachaient, tout est devenu clair. Ca a été le vrai point final. Sur le reste, je n’ai pas cette névrose de l’ « inachevé ». Sans doute parce que je suis pleinement consciente que tout est perfectible, toujours, et que ce serait très présomptueux de rendre un texte en estimant qu’il a atteint cette perfection. Ce qui me tient à cœur, c’est de le livrer au moment où j’ai l’impression que j’ai dit ce que j’avais sur le cœur, que j’ai fait passer mon message. Je crois aussi que je n’aime pas les choses trop propres, parce qu’elles perdent de leur aspérité. Peut être que c’est une excuse de feignasse, mais je pense qu’il ne faut pas trop revenir sur ce qui a été écrit, du moment que ça « sonne juste » pour soi, c’est à dire du moment que le propos est sincère, transparent.

 

 

Merci Camille pour votre gentillesse et ce bon moment passé en compagnie du roman,

Pour trouver d'autres clés à propos du livre, des personnages, je vous invite à lire le blog de Camille.

 

 

 

 

 

Publié dans Alice interviewe

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Ta façon d'être au monde, de Camille Anseaume

Publié le par Alice

Ta façon d'être au monde, de Camille Anseaume

Ta façon d'être au monde est le second roman de Camille Anseaume

 

Résumé éditeur:

Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti... Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

 

Le livre se divise en deux parties égales : la première évoque l'enfance et l'adolescence de "Elle", le personnage principal, que l'on pourrait penser en souffrance depuis son plus jeune âge. La difficulté d'exister, d'être, de porter ses maux existentiels et en chercher les causes.

C'est un personnage sensible et émouvant. Son regard sur le monde est par moments bouleversant et on se demande comment on peut "tenir" si jeune avec de si grosses fragilités, ce besoin excessif du contrôle. On s'indigne parce que la situation, à plusieurs reprises, est alarmante, et comment la mère est passée à côté de la souffrance de son enfant.

Comment peut-on vivre si jeune (et si mal) avec une si grande conscience de la mort?

 

A la moitié de l'ouvrage, le "Elle" devient "Je" , "la petite fille" devenue grande s'affirme avec son propre pronom personnel, même si le récit devient moins introspectif. C'est l'âge des relations aux autres plus affirmées, l'âge de l'indépendance et de la liberté.

 

C'est un roman sur la difficulté de s'aimer soi-même, et le danger de s'aimer à travers le regard et la présence de l'autre. Que peut-on apporter à l'autre quand on pense n'avoir rien à offrir? On s'interroge aussi sur les liens de l'amitié d'adolescence : pourquoi on se choisit? parce qu'elle est celle que l'on aimerait être? est ce que l'amitié se teinte inévitablement de la couleur du désir : de ce que l'autre est? de ce qu'il représente pour nous.

Peut-on se perdre dans une amitié aux attentes inégales?

 

C'est un roman d'apprentissage, où les expériences font grandir et dévoilent un monde où les illusions n'ont plus leur place (comme cet épisode où les deux petites filles vont vendre un carton de Barbie pour financer leur "fugue", peu conscientes du prix qu'elles peuvent en exiger. Un acheteur les leur prend pour 5 euros le tout, et elles retrouvent le contenu du carton ( des dizaines de Barbie et accessoires) sur son étal, à 5 euros l'article.

Et puis il y a ce jour où la vie prend un virage, où le drame interrompt l'insouciance pourtant vaguement trouvée : où la mort fauche en plein vol la vie du groupe d'amis et l'amitié devient un rempart contre le vide, une sécurité contre le vide qui naît de l'absence de l'autre.

La chute, est tout aussi brutale que pourrait l'être celle d'une nouvelle, brutale mais quelque part prévisible dans inconscient du lecteur. La relecture du roman inviterait à retrouver les indices qui amènent à la révélation et à son issue.

 

Ta façon d’être au monde est un beau roman avec des personnages forts, que l'on n'oublie pas. L'écriture est belle, une génération s'y retrouvera sans aucun doute, dans les détails, dans les sentiments.

Camille Anseaume est assurément une auteure que l'on aura envie de retrouver et dont les histoires transportent au plus profond de nos souvenirs, autant qu'au plus profond de nos sentiments.

"Tu souris et je me dis voilà ce que j'aurais aimé te répondre. Elle a les mots que je ne te dis pas. J'envie l'élégance avec laquelle elle et Emilie endossent les habits du deuil, le naturel de leur posture.

Comme moi, Emilie parle peu depuis quelques jours, mais nos silences ne sont pas les mêmes. Le sien a quelque chose de fluide et de doux. Il est sa réponse discrète, sa communions silencieuse. Le mien bourdonne à mes oreilles comme un acouphène rempli du brouhahz de tout ce que je tais."

 

 

Camille Anseaume, Ta façon d'être au monde, Editions Kero, 2016.

Publié dans Roman

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