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9 articles avec coup de coeur

En totale compassion avec les personnages d'Au commencement du septième jour de Luc LANG

Publié le par Alice

En totale compassion avec les personnages d'Au commencement du septième jour de Luc LANG

J'ai lu ce roman en apnée. Bouleversée, captivée, passionnée par la vie de Thomas, depuis le jour qui a brisé net son destin jusqu'à celui 538 pages plus loin, qui l'a peut-être sauvé.

Comme tous les vendredis soirs Thomas et ses deux enfants attendent chez eux, à Paris, Camille, sa femme qui travaille au Havre. Leur relation est tendue ces derniers temps ; ils sont submergés par leurs boulots.

Quand soudain tout bascule : un coup de fil de la gendarmerie et Thomas apprend que Camille est dans un état grave, elle a eu un accident de voiture. Mais que faisait-elle sur une route de campagne en pleine nuit ? et pourquoi roulait-elle si vite? Avec qui semblait-elle être au téléphone?

Thomas erre, boit, gère l'incompréhension, la peur et la tristesse des enfants. Lui-même cherche les causes, tente de désigner des responsables, faute de pouvoir agir sur les conséquences de cet accident : le coma, la paralysie...

Et puis le travail qui ne lui laisse pas de répit, des responsabilités importantes qui lui échappent, faute d'être 100% dévoué à sa clientèle. Des secrets de famille qui sortent de l'oubli, et lui, Thomas, que les autres ont toujours voulu épargner.

Le second livre s'ouvre et Thomas part se ressourcer dans les Pyrénées, chez son frère, éleveur de brebis, qui a préféré reprendre l'exploitation familiale. Confrontation avec les éléments mais aussi avec ses souvenirs, la perte du père, la fuite de sa soeur vers l'Afrique, le silence obstiné de Jean, son frère.

Les enfants, quant à eux, semblent se fondre dans le paysage, dans les tâches "agricoles" et la proximité de la nature, des animaux. Thomas qui s'en est éloigné depuis si longtemps découvre, perplexe,ces citadins épanouis.

Et enfin le troisième livre. En Afrique, Thomas renoue avec sa soeur Pauline, médecin. Il découvre les odeurs, les bruits, la moiteur et la corruption de l'Afrique. Il découvre aussi le risque, la vie que l'on peut perdre en séjournant en prison, ou en se trouvant au coeur d'un conflit politique. Il panse ses plaies.

Ce roman est terriblement beau et juste : l'écriture est parfaite, les descriptions vivantes, que l'on soit en pleine montagne ou dans un 4x4 en Afrique, j'ai adoré rencontrer Thomas. Sa façon de vivre sa paternité m'a bouleversée, émue. Je l'ai trouvé attachant et épatant.

J'aurais voulu ne pas les quitter, j'aurais voulu que le roman dure plus longtemps, je voudrais un second tome, j'ai voulu croire en la capacité de Thomas de continuer à vivre, malgré...

C'est un roman d'une belle humanité, d'une sensibilité parfaite et d'une écriture magnifique. L'auteur joue avec le temps, étire les instants et d'une pirouette nous laisse vide d'explication, plein d'incompréhension, comme pour nous protéger, nous lecteurs, de la douleur de "notre" héros, Thomas. Tout l'art du dit et du non-dit...

Bref, vous l'aurez compris, c'était une lecture géniale.

 

 

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L'émouvant Petit pays de Gaël FAYE

Publié le par Alice

L'émouvant Petit pays de Gaël FAYE

Petit Pays, c'est le genre de roman que tu ne peux que lire d'une traite.

Progressivement et subtilement, Gabriel quitte l'enfance à mesure que son pays, le Burundi, sombre dans le chaos politique, suivant de peu les atrocités commises au Rwanda et les guerres ethniques ; A la naïveté succède l'atrocité des massacres.

Gabriel est un enfant né d'un mariage "mixte", une mère tutsie rwandaise  et un père français, vivent dans une impasse. Leurs voisins sont majoritairement des personnes aisées, et les copains avec lesquels grandit le narrateur, sont préservés de la misère, du contexte économico-politique. La vie est douce pour eux en Afrique. Le père refuse de quitter les privilèges de blancs, tandis que la mère aurait désiré trouvé la paix, une vraie paix et ne pas se sentir réfugiée malgré elle, mal acceptée, dans le Burundi voisin.

Progresivement le malaise s'installe, les repères avec lesquels Gaby a été élevé s'effondrent : ses parents se séparent, les domestiques se déchirent, comme le pays se divise suite aux élections présidentielles, et ensuite au coup d'état.

 

Le narrateur sort de l'enfance sans préavis, comme extirpé, son monde vacille et c'est en France qu'on le trouve exilé, à la fin et au début du roman.

 

Petit pays c'est une très belle et touchante histoire, de celles qu'on a envie de relire, même si on a quitté les dernières pages des larmes plein les yeux...

 

 

 

 

"La souffrance est un joker dans le jeu de la discussion, elle couche tous les autres arguments sur son passage. En un sens, elle est injuste."

 

"Je vis depuis des années dans un pays en pays, où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque. Un pays comme une impasse, où les bruits de la guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin."

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L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Publié le par Alice

L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Karine Tuil pose encore une fois sa plume sur la complexité de l'être social, avec cette quête impossible du bonheur, de l'insouciance, quel que soit le milieu dont les personnages sont issus : du riche PDG dont le père, rescapé des camps, a renoncé au judaïsme, au jeune soldat qui a assisté, impuissant, à la mort de ses amis, jusqu'à l'animateur social, de couleur noire, devenu un objet politique, symbole de la diversité. Tous trainent le poids de ce qu'ils sont devenus, des compromis qu'ils ont du faire pour survivre dans leur milieu, celui qu'ils se sont choisi.

Chaque personnage traine ses angoisses, chacun se construit sur des miettes et cherche la lueur d'espoir qui lui fera trouver une paix relative ou un sentiment (éphémère) d'apaisement. N'y aurait-il du salut que dans l'amour? à moins qu'il ne s'agisse que de désir, de passion, de ce qui fait le corps exulter et laisse l'esprit et les pensées morbides au repos?

 

Un roman passionnant en immersion par moments, où le lecteur est placé au coeur de l'action, aussi bien dans les coulisses du pouvoir politique que celles des véhicules blindés d'Afghanistan. Les personnages sont à bout de souffle, la place sociale est un poids, que l'on naisse du côté des nantis ou des banlieusards, quelle que soit sa couleur de peau ou encore sa religion.

Les personnages portent des valeurs acquises, par opportunisme ou par nécessité, mais bien loin de celles que leur éducation leur aurait léguées. Ils sont tous écorchés vifs, pour s'en sortir, une seule solution : s'exclure du système qui les a accueillis, voire "sauvés" initialement (et détruits sur le long terme).

Chacun ira jusqu'au bout, à la recherche de soi-même, de son identité, confronté au regard sans concession de la société, ils ont tous sûrement perdu autant leurs idéaux que leurs valeurs dans une quête éphémère et vaine...

 

Un beau roman, puissant.

 

"Lis Rilke d'abord : tu ne dois pas chercher à comprendre la vie - tout est dit." Il inspira fortement, comme s'il manquait d'air, puis continua : "De mon expérience, j'ai appris une chose : dans la vie, il y a très peu d'occasions d'être heureux. L'amour en est une. Mais elle est rare et a une durée limitée. Alors que la lecture peut être quotidiennement renouvelée. Oui, lire est la seule chose qui m'ait rendu pleinement heureux."

Elle prit le asc et remercia Paul Vély. "Est-ce que tu écris en ce moment? - J'essaie mais mon esprit est incapable de se fixer très longtemps sur un sujet. - Je suis sûr que tu finiras pas écrire ce livre, lui dit-il. Proust évoque ces grands chagrins utiles dont l'écrivain fera de la littérature. - L'écriture c'est l'exacerbation de la violence. Ce qui produit la littérature finit aussi par vous tuer. - Il faut choisir la vie, Marion. Il faut vivre, rien d'autre."

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La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Publié le par Alice

La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Ne vous fiez surtout pas au titre. Deux enfants sont assassinés par leur Nounou, Louise. Le roman dessine les contours de la relation unissant les parents à celle qui leur est vite devenue indispensable : Louise a représenté une liberté retrouvée avant d'être, par son omniprésence, un poids insaisissable. La tragédie est là dès la première ligne ; le lecteur se retrouve piégé, tout aussi impuissant que les parents, Paul et Myriam.

Chanson douce est un roman très contemporain sur l'ambivalence de la maternité au XXI ème siècle : la nécessité d'être une mère parfaite dans cette société de l'exigence (où chacun dévoile ses photos de vacances parfaites avec des enfants parfaits et ces intérieurs rangés et "tendance"), qui se confronte à la quête de l'épanouissement individuel.

Quand Louise, cette fée du logis, entre dans la vie de la famille, elle pallie le manque de temps, d'organisation, de dons culinaires de Myriam. Elle devient indispensable comme pour combler les failles liées au temps volé par les carrières respectives du couple.  Louise est l'outil de la déculpabilisation.

Le lecteur découvre, stupéfait, impuissant, page après page, l'inquiétante complexité et l'énigmatique personnalité de Louise. Elle s'engouffre dans la folie, inadaptée, obsessionnelle, incapable de mesure. Elle cherche l'amour, l'affection, elle cherche une famille, un semblant d'existence à travers la vie des autres. Mais que cherche-t-elle vraiment finalement? Elle apparait comme un personnage fantôme, fondue dans la vie de la famille qui l'a choisie, autrefois même indifférente à sa propre fille.

Au-delà de l'horreur de la situation initiale sur laquelle s'ouvre le roman, c'est un livre triste, d'une grande mélancolie. De la violence de la découverte, on ne saura rien excepté le cri déchirant de Myriam lorsqu'elle a découvert les corps. Mais cela suffit, il n'en aurait pas fallu plus : jamais on ne doute de l'amour qu'elle éprouve pour ses enfants, de l'envie qu'elle a de les serrer dans ses bras, de glisser son nez dans leurs cous chauds aux odeurs de vanille... mais pourtant, oui, Myriam, comme des millions d'autres mères, a choisir de travailler et d'être passionnée par sa carrière, au détriment, oui, peut-être, très sûrement de l'éducation et du temps passé auprès de ses deux jeunes enfants.

Faudrait-il l'en blâmer? Jamais Leïla SLIMANI n'accuse, jamais elle ne culpabilise. C'est une histoire, comme un conte pour adultes, un conte avec une sorcière à la Mary Poppins qui gagne à la fin...

Et c'est un superbe roman de rentrée...

 

 

"Elle avait toujours refusé l'idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l'a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s'était rendu compte qu'elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d'être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d'un autre. Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale."

"Bien sûr, il suffirait d'y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s'est incrustée dans leur vie si profondément qu'elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé."

"On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais n'en veulent rien savoir. Louise leur parle et ils détournent la tête. Elle leur tient les mains, se met à leur hauteur mais déjà ils regardent ailleurs, ils ont vu quelque chose. Ils ont trouvé un jeu qui les excuse de ne pas entendre. Ils ne font pas semblant de plaindre les malheureux."

" Elle y tient pourtant à ces photographies, qu'elle prend par centaines et qu'elle regarde dans les moments de mélancolie. Dans le métro, entre deux rendez-vous, parfois même pendant un dîner, elle fait glisser sous ses doigts le portrait de ses enfants. Elle croit aussi qu'il est de son devoir de mère de fixer ces instants, de détenir les preuves du bonheur passé. Elle pourra un jour les tendre sous le nez de Mila ou d'Adam. Elle égrènera ses souvenirs et l'image viendra réveiller des sensation anciennes, des détails, une atmosphère. On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors, toutes les fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde."

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Le poids des secrets, d'Aki SHIMAZAKI

Publié le par Alice

Le poids des secrets, d'Aki SHIMAZAKI

Quel enchantement que cette série de 5 romans (Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru) qui constituent Le poids des secrets.

 

Il s'agit d'une vaste histoire familiale faite d'amours illégitimes, de secrets de famille : chaque court roman (une bonne centaine de pages chacun) laisse la parole à un protagoniste et éclaire l'histoire de son propre vécu.

Il est beaucoup question du poids des origines, des secrets de famille liés à la naissance, dans un pays où le poids des traditions est omniprésent. Au-delà de l'intimité des foyers, deux tragédies (le tremblement de terre de 1923, et la Seconde Guerre Mondiale avec la bombe Hiroshima) précipitent les destins.

Cette série de romans laisse filer le temps sur une génération.

- Dans Tsubaki, le premier tome, Yukiko, raconte comment et pourquoi elle a tué son père. Celui-ci a une maîtresse, Mariko, avec laquelle il a un fils, Yukio.

- Hamaguri, c'est la voix de Yukio, l'enfant illégitime, qui éprouve de forts sentiments pour Yukkiko, celle dont il ignore qu'elle est sa demi-soeur. 

-Tsubame, et le récit de Mariko, elle-même enfant illégitime ressortissante coréenne, abandonnée par sa mère. Elle a été recueillie par un prêtre et rebaptisée avec un nom japonais. 

- Wasurenagusa. Il s'agit ici de l'histoire de Kenji, celui qui a épousé Mariko et a adopté son fils illégitime, Yukio, faisant fi de la tradition familiale et de l'ascendance (étant lui-même stérile).

-Hotaru. La période est contemporaine, puisque c'est la petite fille de Mariko qui est la narratrice. Sa grand-mère se confie et révèle l'histoire familiale.

La boucle de ces cinq romans étant ainsi bouclée. Ma première réaction a été d'avoir envie de relire le premier tome, Tsubaki ; les cinq tomes sont en effet imbriqués les uns dans les autres, tout comme la destinée de la petite dizaine de personnages est intimement liée.

Chaque livre éclaire le précédent, leur humanité révélée, et leurs "erreurs" et égarements si touchants.

 

L'écriture est d'une délicatesse sans égale. A la manière des peintures japonaises, le récit est tout en suggestions. Il y a une finesse, du raffinement dans la peinture des sentiments et de la sensualité des personnages. L'auteur évoque la nature, avec un esthétisme rare, que ce soient les fleurs ou les lucioles par exemple. J'ai beaucoup aimé cette pudeur de l'écriture, cette évocation fine et juste des sentiments.

C'est très beau mais aussi passionnant. Le contexte historico-politique est indissociable de l'histoire, qu'il s'agisse de la seconde guerre mondiale que des relations en tre le Japon et la Corée.

 

Il faut lire ce roman. Absolument !

Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru constituent Le poids des secrets, de Aki SHIMAZAKI, Editions Actes Sud, Babel

Publié dans Roman, Coup de coeur

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Et devant moi, le monde de Joyce MAYNARD

Publié le par Alice

Et devant moi, le monde de Joyce MAYNARD

J'ai déjà chroniqué deux romans de Joyce Maynard sur ce blog, Prête à tout et L'homme de la montagne. J'ai lu aussi récemment Baby love, et je suis devenue au fil du temps une inconditionnelle de cette auteure.

 

Et devant moi, le monde est une autobiographie. Le prétexte, ou ce que la presse en a souvent retenu, c'est sa relation avec J.D Salinger alors qu'elle n'était qu'une toute jeune femme et lui un homme déjà mûr.

Joyce Maynard n'a jamais été une enfant "normale" : élevée par des parents artistes, universitaires dans une vie bohème et exigeante intellectuellement. Pourtant la jeune femme qu'elle devient est rongée par le manque de confiance en elle, l'anorexie, et en même temps, la reconnaissance de ses talents littéraires est très précoce.

Elle se trouve sur le devant de la scène littéraire, grâce à une publication et une Une dans le New York Times Magazine où son article est censé être la voix d'une génération, elle qui vit pourtant à l'écart des fêtes et amitiés étudiantes, qui n'a pas de vie sentimentale ni sexuelle...

Une identité tellement fragile, avec ce père alcoolique dont elle ne parlera jamais, même avec sa mère, et pourtant une telle force dans la création. Tel est le paradoxe de l'auteure, qui se laisse aspirer par les névroses alimentaires, médicales ou encore sociales de Salinger, tyrannique concernant ses publications et le contenu de ses oeuvres.

Rejetée du jour au lendemain, Joyce Maynard mettra des années à se libérer du joug intellectuel que cette relation a imposé, malgré un mariage rapide avec celui qui va devenir son mari, donnant naissance à sa fille aînée tout aussi vite.

L'écriture et les contrats accumulés comme moyens de régler les factures, la publication de ses romans semble davantage répondre à des nécessités financières, c'est avant tout une femme qui se livre dans ce récit, plus qu'un écrivain : Un peu fantasque, excessivement brillante, mère aimante, c'est une personne complexe et fragile qui a intimement lié l'écriture à sa vie (j'aurais aimé lire une de ses chroniques si personnelles en tant que femme/mère dans un quotidien). Ses lectrices devenant elles-mêmes des amies, s'insurgeant ou la félicitant lorsqu'elle annonce qu'elle divorce et déménage.

Pas d'esprit de revanche ni de comptes à régler. Mais il est incontestable que cette autobiographe éclaire l'oeuvre romanesque de Joyce Maynard avec un autre angle, une émotion décuplée.

Quelquefois, j'ai en effet, tendance à oublier que les auteurs que je prends un plaisir infini à lire, sont aussi des êtres faits de chair et de sang, avec leurs émotions, leurs chagrins, et qu'au-delà de cet infini talent, il y a une vie, dont les histoires qui l'ont façonnée sont à la mesure de celles romancées.

 

L'histoire se termine ainsi, brutalement.

Un jour Jerry Salinger est le seul homme existant dans mon univers. Je m'en remets à lui pour me dire quoi écrire, quoi penser, quoi porter, quoi lire, quoi manger. Il me dit qui je suis, qui je devrais être. Et le jour suivant, il n'est plus là.

Il m'avait décrit le chemin qui mène à l'illumination. Il eût fallu posséder un genre de discipline et d'abnégation que je n'avais pas, une capacité à s'oublier soi-même et à renoncer aux plaisirs matériels. Sur ce chemin, j'avais en permanence trébuché, sans jamais douter pourtant que c'était le bon. Sans Jerry pour me guider, je me sens abandonnée, perdue, pas simplement seule physiquement, mais psychiquement bloquée. Toute ma vie j'ai su ce qu'était la sensation de solitude. Mais jamais à ce point.

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Je pensais que je tomberais amoureuse, me marierais, aurais des bébés et vivrais heureuse à tout jamais. J'avais raison sur un point : avoir des enfants a été la plus belle expérience de ma vie. Seulement je ne savais pas que s'ils m'apportaient les plus grandes richesses qu soient, j'y gagnerais en prime le sentiment d'être dépourvue, à découvert et anéantie. Je ne savais pas que, souvent, je me retrouverais dans la cuisine, à serrer dans mes bras cet enfant qui m'était plus précieux que mon propre souffle et dont je n'arrivais pas à calmer les pleurs parce que je me sentais plus seule, plus isolée et plus paniquée que jamais...

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Territoires, le polar réaliste et engagé d'Olivier NOREK

Publié le par Alice

Territoires, le polar réaliste et engagé d'Olivier NOREK

Résumé éditeur

Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste, le calme semble être revenu au SDPJ 93. Son équipe, de plus en plus soudée, n'aura cependant pas le temps d'en profiter. L'exécution sommaire, en une semaine, des trois jeunes caïds locaux de la drogue va tous les entraîner dans une guerre aussi violente qu'incompréhensible. Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un ado de 13 ans chef de bande psychopathe, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire torturé, retrouvé mort dans son appartement, la fille d'un élu qui se fait tirer dessus à la sortie de l'école... Coste va avoir affaire à une armée de voyous sans pitié : tous hors la loi, tous coupables, sans doute, de fomenter une véritable révolution. Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ? Avec son deuxième polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames – forcément humains – où seul l'humour des " flics " permet de reprendre son souffle. Un imbroglio de stratégies criminelles, loin d'être aussi fictives que l'on croit, dans un monde opaque où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

 

Après Code 93, Olivier NOREK plante le même décor de banlieue, les mêmes flics, dirigés par Coste, pour une enquête politico-sociale.

Des trafics entre les immeubles qui garantissent à Madame le Maire une relative paix sociale à coups de logements HLM, de vacances en bord de mer et d'assistants repris de justice, anciens caïds, à même de mater les insurrections naissantes.

Pas de faits divers tranquilles : de la violence à l'état brute, gratuite. Des gosses qui torturent à tour de bras, des vieux qui deviennent "nourrices", l'Etat coupable et victime.

Et pourtant, il y a une humanité folle chez ces policiers qui tentent de ne pas oublier de vivre, d'aimer, construire leur vie.

La ville est viciée, corrompue, des plus faibles aux plus forts. Personne n'espère, la survie est la règle. Et pourtant c'est notre monde, celui qui redoute les émeutes des banlieues, fragilisé par le traumatisme des émeutes des banlieues, réelles, elles.

 

 

- Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi depuis une dizaine d'années les émeutes ne durent jamais plus de quatre jours? Et pourquoi ces émeutes ne quittent jamais la commune d'où elles surgissent?

- Je n'en ai aucune idée.

- Rappelez-vous Clichy-sous-Bois. Vingt et une nuits d'affrontements répandus sur différentes villes et presque tout le territoire. Un état d'urgence décrété et une addition de plusieurs centaines de millions d'euros. Le gouvernement a vite compris que pour faire des économies, il fallait tuer ces soulèvements dans l'oeuf. Et tout spécialement ceux du 93.

- Pourquoi la Seine-Saint-Denis aurait-elle un traitement de faveur?

- Parce que nous sommes le paillasson de Paris. Toute la politique est centrée dans la capitale et quand ça brûle en banlieue, l'odeur arrive jusque sous leur fenêtre. Nous sommes trop proches du coeur pour qu'ils acceptent que la situation s'envenime. Regardez comme on laisse Marseille et la Corse à la dérive. Juste parce qu'ils sont si loin du centre qu'ils sont considérés comme presque indigènes. Et encore, c'est la métropole. Dans toutes les Antilles, les mouvements sociaux ont été ignorés et ont dégénéré mais depuis, rien n'a réellement changé. Vous savez que, cette année, il y a eu deux fois plus de règlements de comptes en Guadeloupe que dans les Bouches-du-Rhône? Et pourtant, le battage médiatique s'est cantonné à Marseille. Je vous assure que plus on se rapproche géographiquement de l'Elysée, moins on a de chances d'être oubliés. Le gouvernement n'autorisera pas son voisin du 93 à s'enliser dans une insurrection.

 

Territoires, d'Olivier NOREK

Editions Pocket, 2015.

 

Publié dans Polar, Thriller, Coup de coeur

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Renouer avec la littérature classique : La part des flammes de Gaelle NOHANT

Publié le par Alice

Renouer avec la littérature classique : La part des flammes de Gaelle NOHANT

Résumé éditeur

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon.

Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles.

Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du xixe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité.

 

Ce roman réunit décidément tous les ingrédients pour renouer avec le plaisir de la littérature classique du XIX° : crinolines et passions amoureuses étouffées, convenances sociales, poids des conventions, des religions, l'art du paraître et des mondanités qui font les réputations comme ils brisent des destinées.

J'ai terriblement aimé retrouver ces nobles ou vils sentiments, ce Paris des bas-fonds et celui des beaux quartiers. 

Le roman dresse un portrait réaliste de la France du XIX°, l'immersion est plaisante car l'oeil contemporain de l'auteure permet de lever les subtilités de l'éducation des jeunes femmes, de ses écueils et des souffrances qu'elle engendre.

La langue est belle; le récit romanesque est rythmé, riche de grands sentiments, de passions.

" Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu'on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l'irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables ; à percevoir au-delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s'échappait d'eux à leur insu et découvrait  des petits morceaux d'âme à ceux qui savaient les voir. Mais la lecture avait aussi précipité sa chute. Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d'une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s'en rendre compte, on avait un pied dansant à l'extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. La terre était pleine de créatures saturées d'elles-mêmes qui prenaient plaisir à vous foudroyer pour les fautes qu'elles s'interdisaient, les libertés qu'elles prenaient dans l'ombre, les extases qui venaient mourir près d'elles sans qu'elles se soient permis d'y goûter. Châtier était le tonique qui ranimait leur coeur exsangue."

La part des flammes, de Gaëlle NOHANT

Editions Héloïse D'Ormesson, 2015.

Publié dans Roman, Coup de coeur

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Les lisières, d'Olivier ADAM

Publié le par Alice

Les lisières, d'Olivier ADAM

Quatrième de couverture

Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper de ses parents "pour une fois", son père ouvrir qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place.

 

Difficile de parler de ce roman que j'ai tant aimé et qui m'a tant émue.

Paul est un écrivain à succès qui se bat depuis des années avec sa Maladie (entendez, une dépression) qui le ronge, qui l'a fait jeûner des mois durant étant adolescent, et dont il subit encore les conséquences aujourd'hui, la quarantaine passée.

Sa femme, bien ancrée dans le "vivant" puisqu'infirmière, lui reproche sa distance, son incapacité à vivre sereinement et simplement. Elle lui impose donc la séparation. Au moment où le roman s'ouvre, il vit dans un petit appartement, dans cette ville du bord de mer, à quelques centaine de mètres de la maison familiale où Sarah vit avec les deux enfants.

Xanax et whisky l'aident à passer certains caps et certaines humeurs en attendant que l'inspiration pour son nouveau roman revienne.

Appelé par son frère aîné, il se rend dans sa ville natale pour accompagner son père au quotidien, en attendant le retour de sa mère à l'hôpital. Les liens avec sa famille, toujours en banlieue parisienne, sont plus que distendus. Ils sont des étrangers les uns pour les autres, connaissant davantage ce qui les agace, ce qui les éloigne que ce qui les relie, mis à part ces liens du sang.

Paul, comme pour fuir son présent, part à la rencontre de son passé et des amitiés et amours qui l'on construit, comme s'il débobinait l'écheveau de sa jeunesse pour mieux revenir aux sources de son mal-être, de sa Maladie.

Ce roman est dense parce qu'au-delà du cheminement personnel, il y a un fort ancrage social et contemporain, c'est le témoignage d'une génération de rêves d'ascension sociale, de parents ouvriers. Paul s'est construit seul, différent, dans cet univers banlieusard culturellement pauvre dont il est si loin à présent, lui et sa volonté de créer sa famille, ses amis, ceux qu'il a choisis. En retournant sur les lieux de son enfance, il part à la recherche de lui-même. C'est un roman d'amour, de soi, des autres, de l'Autre.

Ce roman c'est aussi une réflexion sur la famille, la fraternité, comment la construction des uns est inévitablement imbriquée dans celle des autres : se construire en opposition/réaction, par-delà des souffrances parentales dont on ne connait pas toujours les causes et encore moins leur ampleur.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Paul, si touchant, si brillant socialement et si "looser" dans l'intimité. J'ai eu envie de croire en ses espoirs, il m'a beaucoup émue. 

 

"Il ne nous arrivait jamais d'être physiquement en contact, excepté la bise rituelle que nous échangions en guise de bonjour ou d'au revoir et durant laquelle les lèvres n'effleuraient qu'à peine la peau des joues. J'ai posé ma main sur la sienne. Je respirais mal. D'où venait que ce geste entre une mère et son fils puisse être à ce point étrange, inédit, incongru? D'où venait qu'après tant d'années une mère et son fils se connaissaient si mal, se parlaient si peu, se témoignaient si peu de tendresse? D'elle ou de moi? Etait-ce là un symptôme de plus de mon incapacité à entrer réellement en contact avec les autres, de cette manie que j'avais de les fuir, de ce paradoxe qui me faisait me replier sur moi et refuser les marques d'affection, les démonstrations d'intimité, en même temps que je me plaignais intérieurement de ma solitude, de la froideur et de l'abstraction des liens qui m'unissaient aux autres : mes amis, mes parents, mon frère?"

"Mon esprit quittait sans cesse le film, je jetais un oeil à Sophie, à l'appartement où j'avais dû m'exiler, à la mer qui ne suffisait plus à m'apaiser, je contemplais le champ de ruines de ma vie, sans Sarah rien ne tenait, sans Sarah j'étais tout simplement incapable de mettre un pied devant l'autre, j'avais perdu le sens de la marche. Dans la baie vitrée mon visage se reflétait et j'avais l'air d'un type de quarante ans au bas mot. Comment était-ce possible? Pourquoi ma génération se révélait à ce point de grandir, de se comporter en adulte? Connaissais-je un adulte de mon âge? En existait-il seulement?"

"Je suis un être périphérique. Et j'ai le sentiment que tout vient de là. Les bordures m'ont fondé. Je ne peux jamais appartenir à quoi que ce soit. Et au monde pas plus qu'à autre chose. Je suis sur la tranche. Présent, absent. A l'intérieur, à l'extérieur. Je ne peux jamais gagner le centre. J'ignore même où il se trouve et s'il existe vraiment. La périphérie m'a fondé. Mais je ne m'y sens plus chez moi. Je ne me sens aucune appartenance nulle part. Pareil pour ma famille. Je ne me sens plus y appartenir mais elle m'a définie. C'est un drôle de sentiment. Comme une malédiction. On a beau tenter de s'en délivrer, couper les ponts, ça vous poursuit."

Les lisières, d'Olivier ADAM

Editions Flammarion, 2012.

Publié dans Roman, Coup de coeur

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