Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Les opinions de M. Zède, d'Hans Magnus ENZENSBERGER

Publié le par Alice

Quatrième de couverture : "Qui dit A, doit dire B, paraît-il, et ainsi de suite jusqu'au bout de l'alphabet. Je vous prie de ne pas compter sur moi pour observer cette règle." Ainsi parle M. Zède. Chaque après-midi, ce bonhomme fait invariablement son apparition dans le jardin public, s'engageant  dans des dialogues du tac au tac avec les passants. Est-ce un sage, un clown, un provocateur, un abstracteur de quintessence? Beaucoup s'en vont en hochant la tête ; d'autres écoutent le philosophe rondouillard et discutent sans fin avec lui. Il n'écrit jamais rien mais ses auditeurs prennent des notes. Celles-ci ont fini par former ce petit livre, almanach paradoxal de sagesse postmoderne où sont les opinions, agaceries et autres considérations d'un personnage insaisissable. Comme Socrate, M. Zède est un accoucheur de pensée."

 

Ce livre, sans fil conducteur, mis à part la présence de ce personnage, Monsieur Zède, est un recueil de considérations, maximes, réflexions.

On pourrait se croire revenus aux temps anciens, dans l'Antiquité, alors que les disciples d'Aristote suivaient ses enseignements en marchant...

Mais ce M. Zède est moderne, contemporain, il évoque tout aussi bien la politique que les nouvelles technologies, l'argent... à un public hétérogène de fidèles. 

Pour être honnête, j'ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur cette lecture tant les paragraphes (numérotés) n'ont pas d'unité thématique. Les pensées de Monsieur Zède ne sont ni révolutionnaires, ni humanistes. Peut-être un philosophe qui prend les choses de la vie avec de la hauteur et de la distance; cela ne m'a pas semblé très intéressant et encore moins passionnant.

118.

" Prévoyant une séance longuette, quelques-uns d'entre nous avaient apporté des hot-dogs au curry achetés à la baraque voisine. Une jeune fille en offrit un à Z., qui le refusa courtoisement. Elle lui demanda s'il était exigeant en matière de goût.

Et Z. de répondre: "Je ne saurais le nier, mais n'y voyez pas le caprice d'un enfant gâté. Je me fie à ma langue, à mon nez, à mon estomac, bref à ce que la nature nous a donné à tous. La vache sait quelle herbe lui convient et celle qu'elle ferait mieux d'éviter. Science infuse qu'on ne trouve pas dans les livres. Nul n'a l'obligation d'avaler tout ce que la société lui propose.

Vous feriez erreur si vous pensiez que la question du goût ne concerne que la nourriture."

Merci à Babelio et à l'opération Masse critique.

Publié dans Document

Partager cet article

Repost 0

Noirs en blanc de Denis LABAYLE

Publié le par Alice

Noirs en blanc de Denis LABAYLE

Quatrième de couverture ;

Comment Zola Méké, jeune Africain issu d’une famille démunie,
est-il devenu chirurgien à Paris ?
Pour faire ses études, Zola, adolescent, est obligé de s’exiler.
D’abord à Cuba, puis en Russie et en France. Une ascension sociale terriblement coûteuse : déchirement familial, petits boulots pour survivre, racisme, tiraillement entre l’attrait d’une vie « moderne » et l’emprise de la culture originelle.
Mais ce roman est aussi une histoire forte d’amitié et d’amour entre quatre jeunes aux destins divergents. Une aventure humaine où les personnages de rencontre abondent : un idéaliste égaré, une singulière mère adoptive, un curieux chirurgien russe adepte du silence… Le tout narré d’une plume alerte où l’humour s’invite souvent. Noirs en blanc est une fiction inspirée des témoignages de médecins étrangers travaillant dans nos hôpitaux. Il évoque la fuite des cerveaux d’Afrique – un drame pour ce continent…
« Reprenez vos ONG et rendez-nous nos médecins ! » crie Miezy,
une femme chirurgien amoureuse de Zola.

Ce roman met en lumière une réalité assez consternante, même révoltante, contre un système organisé, la fuite des cerveaux, qui prend la forme aussi "d'immigration choisie".

Lorsque Zola arrive à Cuba, un pays qui finançait dans les années 80, les études des jeunes enfants africains les plus brillants, camouflant ainsi leur besoin de main d'oeuvre gratuite pour travailler dans les champs de citrons, la séparation d'avec sa famille apparaît tour à tour comme un privilège (être choisi comme le meilleur pour partir) mais aussi un sacrifice (pour lui si jeune, pour sa famille qui l'aime tant).

Dès lors, la réussite est une obligation et ce sont ses amis africains, exilés comme lui, qui lui offrent une seconde famille. L'heureux hasard place sur sa route un ingénieur français, qui deviendra son père de substitution, son mentor.

Ses études de médecine le mèneront en URSS puis à Paris, le confrontant au racisme mais aussi à l'exploitation, puisque bien moins bien rémunéré que ses homologues français.

Même si l'histoire est vraiment plaisante, et intéressante, c'est au moment où Zola et ses amis se posent concrètement la question de repartir en Afrique que le roman prend toute sa dimension idéologique. Alors que le héros se rend sur la tombe de son père, renoue avec sa petite amie de jeunesse partie exercer au Congo, les discours humanitaires deviennent des actes nécessaires face à une réalité dramatique.

"Je reste un long moment immobile devant cette tombe, sans savoir ce que je ressens vraiment. Une sorte de sentiment d'amour respectueux, peut-être plus respectueux qu'amoureux. Depuis dix ans qu'il est mort, j'ai tant attendu ce rendez-vous. Et cet instant est enfin arrivé. Je me contente de murmurer: "Père, je suis revenu. Je suis médecin comme tu le souhaitais, j'arrive un peu tard pour te soigner." Puis je laisse le silence prendre la place des prières. Les remords, les regrets, les rancoeurs, les incompréhensions n'ont plus cours. Me vient à l'esprit une drôle d'analogie : mon père a toujours vécu en serviteur dévoué des Blancs, et moi, aujourd'hui, je fais de même. Pour le satisfaire, j'ai parcouru des continents, traversé des océans, supporté tant de sacrifices! Pour finalement reproduire. Qui de nous deux a été le plus heureux? Celui qui, travailleur appliqué, a vécu dans l'ignorance? Ou moi qui contemple cette tombe du haut de mes insatisfactions?" Page 304.

 

 

Noirs en blanc, de Denis LABAYLE

Editions Dialogues

Publié dans Roman

Partager cet article

Repost 0

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN

Publié le par Alice

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN
Isabelle Monnin, l'auteure, achète un lot de photos sur internet.
A partir de ces clichés, les personnes se transforment en personnages, elle leur invente des vies et des identités. Il s'agit de la première partie du livre, séparée de la seconde, l'enquête, la rencontre avec les "vrais gens" par la reproduction de quelques photos.
La fiction se superpose, croise et se confronte au réel, à ce que l'auteure mais aussi à ce que les lecteurs avaient imaginé.
 
L'écriture est vraiment belle, poésie mélancolique, on est ému, autant par l'humilité d'Isabelle Monnin que par la destinée de ces visages de papier, mis en mélodie par Alex Beaupain.
 
Quel plaisir d'avoir ce livre (et ce CD) entre les mains.
 
Rares sont les romans dont j'aurais envie de marquer toutes les pages, pour garder en mémoire ces phrases si justes et ces mots si adéquates.
Celui-ci en fait partie. L'écriture est un bijou, les phrases des vers, la juxtaposition des mots provoque des associations d'émotions inattendues.
Les gens dans l'enveloppe, c'est d'abord pour moi, cette beauté de la langue, ces phrases dont on a le sentiment qu'elles sont bricolées.
 
Et puis Isabelle MONNIN, la raconteuse d'histoires est aussi celle qui regarde, qui a su voir au-delà des clichés, qui a inventé des vies, des personnages et des situations.
C'est celle qui observe, et retranscrit avec le prisme de son imagination. Elle voit par le biais de son objectif d'écrivain.
Sa démarche est touchante parce que constamment empreinte d'humilité, de gêne à l'idée d'emprunter des vies, des malheurs. Son authenticité m'a semblé d'autant plus émouvante, que l'époque dans laquelle "grandissent" ses/ces personnages est celle dans laquelle j'ai moi-même grandi, petite quarantenaire.
 
Les histoires qu'elle crée à partir de ces photos sont liées par le fil conducteur de l'abandon, une trame qui sera dépassée par la réalité. Et si on portait le poids d'être délaissé, génération après génération, comme un lourd héritage de solitude et d'insécurité?
Les deux récits ont résonné en moi : celui imaginé et l'enquête, comme elle l'appelle, la rencontre avec les vrais personnages, ceux qui ont su devenir forts, et ceux qui sont devenus, jour après jour, plus fragiles.
J'ai beaucoup aimé ce livre atypique, m'imprégnant d'abord des chansons d'Alex Beaupain que j'avais déjà eu le plaisir de voir en concert il y a 5 ans. Des souvenirs, de douces mélodies, d'autant plus touchantes quand je les ai réécoutés ensuite, avec ces mot éclairés à la lumière de la lecture.
 
" Je ne sais toujours pas si le monde est trop vaste ou trop vide. Mes paumes le mesurent avec peine, petites, creuses." page 46
 
" Je crois que toute vie vaut la peine d'être racontée, chaque vie est un témoignage de toutes les autres. On racontera une époque, une terre, un petit monde. On racontera la vie des gens dont on ne parle jamais. Elle vaut autant que celle dont on parle - autant et si peu.
(Il y a là un gouffre, je ne m'y penche pas, je ne surplombe pas, j'y descends.)
(Je n'ose pas vous dire, Michel, que votre vie est intéressante, comme celle d'un nourrisson de 6 jours, d'une soeur morte trop tôt ou d'un vieillard disparu trop tard, elle est universelle et singulière, elle est par essence bouleversante, que je crois à ça dur comme fer, que c'est même la seule chose en laquelle je crois.)" page 282
 
"Les gens vrais sont des histoires, tu les inventes, ils vivent plus que vrais. Les gens sont une silhouette sur une photo et toute la vie ils sont un pull rayé, un tableau au-dessus de la cheminée, un clocher bande claire, des lunettes fumées, un poulet rôti et des coupes fières. Les gens sont des dates, tu les notes scrupuleusement, des maisons, tu les visites, un bord de rivière, un plat préféré, des cicatrices que rien ne soigne, tu souffles doucement dessus. Les gens sont maintenant des chansons, tu les écoutes et si tu pleures un peu, tu as raison." page 334

 

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN avec Alex BEAUPAIN

Editions JC Lattès, 2015.

Partager cet article

Repost 0

L'Inconnue d'Antoine

Publié le par Alice

L'Inconnue d'Antoine

Quatrième de couverture

Fred Delmany, vieux routier du journalisme de province,  est contraint de partir en pré-retraite et ne supporte pas de ne plus faire partie du clan des « actifs ». Déchéance physique inéluctable, ennui quotidien, tout cela pèse d’un poids trop lourd pour Fred qui, pourtant, s’était promis de « lire enfin à satiété » une fois la retraite venue. Aujourd’hui, il n’a plus envie de rien, et le suicide de son pote Max, un ancien de la rubrique des sports, le laisse désemparé. En quittant le cimetière après l’enterrement, Fred pense à Antoine Blondin que Max adorait. Il décide alors de poursuivre un rituel qu’il a entamé ces derniers temps : abandonner des livres dans le square voisin et voir qui les emportera. Cette fois il dépose sur un banc L’Humeur vagabonde de Blondin et, peu après, une femme s’en empare. Or cette jeune femme est le portrait craché de Brigitte, un amour de jeunesse. Sur un coup de tête, Fred se met à la suivre… Il ne sait pas encore qu’elle va le conduire sur les chemins de l’enfer.
 

Fred très jeune retraité, survole sa vie, sans grande passion, sans grande histoire d'amour, sans grande occupation.
Ha si, il aime lire, tout particulièrement Antoine Blondin. Un jour, il laisse son livre sur un banc, une jeune femme le trouve, le feuillette. Intrigué par l'histoire de ce livre qui va se poursuivre sans lui, Fred décidé d'en laisser un second.
Du livre, sa curiosité se déplace vers Djamila, et sa soeur, deux jeunes femmes fort différentes qui jouent au théâtre.
Dès lors, sa vie deviendra bien remplie.


Un roman noir, avec une intrigue lente, qui peine à captiver. Tout se joue dans les cinquante dernières pages et l'univers de Fred qui se déconstruit offre bien (tardivement?) des rebondissements...

Philippe HUET, L'Inconnue d'Antoine

Editions RIvages/noir, 2004

 

Publié dans Polar

Partager cet article

Repost 0

Nous, de David NICHOLLS

Publié le par Alice

Nous, de David NICHOLLS

Quatrième de couverture

À Londres, beaucoup, et dans les plus grandes villes d'Europe, du début des années 1980 à nos jours. 
Biochimiste de 54 ans, Douglas Petersen voyait sa vie tracée : encore quelques années dans son labo suivies d'une paisible retraite auprès de Connie, sa femme artiste, dans leur maison londonienne vidée de leur fils Albie, que la vie aurait consacré grand photographe. 
Le jour où Connie lui apprend brusquement qu'elle n'est plus certaine de l'aimer, l'esprit scientifique de Douglas est soudain démuni. Comment colmater une fuite d'amour ? 
Pathologiquement maladroit et réservé, Douglas va devoir montrer ce qu'il a dans le ventre, déployer toute son énergie pour reconquérir sa femme après vingt ans de mariage, tenter de tisser des liens avec cet inconnu bruyant et peu porté sur l'hygiène qu'est devenu son fils. Si les miracles sont possibles, c'est sur le Vieux Continent qu'ils se produiront. Les dernières vacances en famille ; le voyage d'une vie. 
Paris, Amsterdam, Munich, Venise, Sienne, Madrid, Barcelone… Douglas a tout préparé, chacune des villes visitées doit être l'occasion de réveiller les doux souvenirs de vingt ans de vie commune et raviver la flamme. Les hôtels sont réservés, les billets de train sont pris, le programme est plastifié. Qu'est ce qui pourrait mal tourner ? 

 

Nous, c'est l'histoire d'un mariage en fin de vie. C'est le présent qui se confronte au passé, les deux récits se rejoindront en fin d'ouvrage.

Plus qu'un mariage en fin de vie, c'est un mariage qui semble, à la lumière du récit présent, voué à l'échec.

Si Douglas en est le narrateur, c'est aussi le personnage le moins sympathique, enfin avec lequel vivre ne doit pas être vraiment drôle. Biochimiste, il est à l'opposé de Connie, sa femme, artiste. Leur rencontre amoureuse relève de l’invraisemblable, la poursuite de leur relation quasi incompréhensible. Douglas est rabat-joie, maladroit, professoral et prévisible, quasi ridicule tant il se décrit en usant d'auto-dérision.

Alors que leur fils Albie s'apprête à partir pour l'université, Connie annonce à Douglas qu'elle envisage de le quitter, leur mariage arrivant à son terme. Un grand voyage est pourtant prévu en famille, une traversée de l'Europe assez pathétique, où le conflit est latent entre le père et le fils, jusqu'à ce qu'une dispute éclate, qu'un mot maladroit soit lâché, et que le jeune homme "plante" ses parents.

Connie rentrera en Angleterre, Douglas décidera de poursuivre le voyage, avec pour mission de retrouver leur fils, et pourquoi pas, par la même , retrouver l'amour et l'estime de sa femme.

Ce mari incapable de prendre conscience de sa part de responsabilité, complètement handicapé de la légèreté, m'a exaspérée. Il est pathétique. Trop. Caricatural. On ne croit pas une seconde que leur mariage ait duré si longtemps sans conflits majeurs ou sans distance plus grande entre mari et femme. Connie semblant si spontanée...

C'est un roman assez triste finalement : on peut passer sa vie à s'ennuyer à côté de l'autre, au nom de l'éducation parentale. Il y a un moment où ça ne tiendra plus : celui du retour (forcé) à la vie de couple.

Nous, de David NICHOLLS

Belfond, 2015

Publié dans Roman

Partager cet article

Repost 0

Ce coeur changeant, d'Agnès DESARTHE

Publié le par Alice

Ce coeur changeant, d'Agnès DESARTHE

Quatrième de couverture

« Face à la vie, elle avait la même impression que lorsqu’elle regardait le paysage défiler par la fenêtre du train : si elle était dans le sens de la marche, le panorama semblait se jeter sur elle, et ses yeux affolés ne savaient à quel détail s’attacher ni quelle ligne suivre. Elle se sentait écrasée par l’image qui ne tenait pas en place, ne cessait de se transformer. Assise en sens inverse, elle retrouvait son calme et contemplait l’horizon jusqu’à sombrer dans le sommeil. Alors… alors, songeait-elle, peut-être pourrait-on dire que c’est la même chose lorsqu’on regarde soit en direction de l’avenir, soit vers le passé. Peut-être est-ce pour cela que j’ai tant besoin de mes souvenirs. »

Née à l’aube du XXe siècle, Rose débarque à Paris à 20 ans et se trouve projetée dans un univers totalement inconnu. L’affaire Dreyfus, puis la guerre de 14 éclatent. Les années folles se succèdent. Les bas-fonds, la vie de bohême, la solitude... Rose risque à tout moment de tomber.

Usant de toutes les ressources du romanesque, Agnès Desarthe mêle le murmure de l’intime et le souffle de l’Histoire dans ce grand livre baroque qui signe son retour à la fiction."

Agnès Desarthe a décidément le don de créer des personnages dont on se souvient longtemps, dont la destinée et le caractère les rendent atypiques et tellement vivants ...

Pourtant le caractère fantasque, si enfantin de Rose ne me la rendaient pas attachante jusqu'à ce que la magie de la narration opère et que je me retrouve en totale empathie avec les tribulations de la jeune femme.

Née d'une union totalement improbable, d'une mère autocentrée et dénuée de tout sentiment, Rose n'a connu que l'attention de sa nourrice Zelada, une femme bien loin de ressembler aux gouvernantes d'alors.

La vie est un vaste objet d'étonnement et Paris devient le lieu de son expérimentation. Exploitée, asservie, Rose, jamais ne se plaindra; On pourrait dire d'elle qu'elle est bête tout simplement, mais c'est plutôt cette bonté d'âme qui la rend naïve (voire agaçante) à l'extrême. De hasards en rencontres, meurtrie et consolidée fragilement, Rose deviendra mère sans le vouloir. Son destin prendra des tournures toutes plus improbables. Un conte? Une fable? La misère côtoie le superbe, l'amour fou, la maltraitance.

Des personnages arrivent toujours au plus juste moment pour sauver Rose, le lecteur est soulagé, on ne doute pas un instant qu'un coeur si pur puisse être abandonné par son ange gardien, celui qui se niche dans l'imaginaire de l'écrivain.

 

"La nuit venue, quand Rose dormait et qu'elle-même ne pouvait fermer l'oeil, Louise se redressait, dos contre l'oreiller, afin de mieux regarder sa trouvaille. Sa gorge se serrait alors, son larynx remontait comme pour pleurer. Elle n'aurait su dire ce qui la traversait, la certitude de son amour et de l'adoration qu'elle recevait en retour, le sentiment de ne pas être à la hauteur, de n'avoir pas la force. Parfois, mais elle se serait pendue plutôt que de se l'avouer, Louise se demandait si ce n'était pas cela, cette crispation du coeur, cette inquiétude sans objet, à la fois légère et infiniment sombre, qui occupait l'esprit des mères au chevet de leurs enfants"

 

Ce coeur changeant, d'Agnès Desarthe

Editions de l'Olivier, 2015.

Partager cet article

Repost 0