Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN

Publié le par Alice

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN
Isabelle Monnin, l'auteure, achète un lot de photos sur internet.
A partir de ces clichés, les personnes se transforment en personnages, elle leur invente des vies et des identités. Il s'agit de la première partie du livre, séparée de la seconde, l'enquête, la rencontre avec les "vrais gens" par la reproduction de quelques photos.
La fiction se superpose, croise et se confronte au réel, à ce que l'auteure mais aussi à ce que les lecteurs avaient imaginé.
 
L'écriture est vraiment belle, poésie mélancolique, on est ému, autant par l'humilité d'Isabelle Monnin que par la destinée de ces visages de papier, mis en mélodie par Alex Beaupain.
 
Quel plaisir d'avoir ce livre (et ce CD) entre les mains.
 
Rares sont les romans dont j'aurais envie de marquer toutes les pages, pour garder en mémoire ces phrases si justes et ces mots si adéquates.
Celui-ci en fait partie. L'écriture est un bijou, les phrases des vers, la juxtaposition des mots provoque des associations d'émotions inattendues.
Les gens dans l'enveloppe, c'est d'abord pour moi, cette beauté de la langue, ces phrases dont on a le sentiment qu'elles sont bricolées.
 
Et puis Isabelle MONNIN, la raconteuse d'histoires est aussi celle qui regarde, qui a su voir au-delà des clichés, qui a inventé des vies, des personnages et des situations.
C'est celle qui observe, et retranscrit avec le prisme de son imagination. Elle voit par le biais de son objectif d'écrivain.
Sa démarche est touchante parce que constamment empreinte d'humilité, de gêne à l'idée d'emprunter des vies, des malheurs. Son authenticité m'a semblé d'autant plus émouvante, que l'époque dans laquelle "grandissent" ses/ces personnages est celle dans laquelle j'ai moi-même grandi, petite quarantenaire.
 
Les histoires qu'elle crée à partir de ces photos sont liées par le fil conducteur de l'abandon, une trame qui sera dépassée par la réalité. Et si on portait le poids d'être délaissé, génération après génération, comme un lourd héritage de solitude et d'insécurité?
Les deux récits ont résonné en moi : celui imaginé et l'enquête, comme elle l'appelle, la rencontre avec les vrais personnages, ceux qui ont su devenir forts, et ceux qui sont devenus, jour après jour, plus fragiles.
J'ai beaucoup aimé ce livre atypique, m'imprégnant d'abord des chansons d'Alex Beaupain que j'avais déjà eu le plaisir de voir en concert il y a 5 ans. Des souvenirs, de douces mélodies, d'autant plus touchantes quand je les ai réécoutés ensuite, avec ces mot éclairés à la lumière de la lecture.
 
" Je ne sais toujours pas si le monde est trop vaste ou trop vide. Mes paumes le mesurent avec peine, petites, creuses." page 46
 
" Je crois que toute vie vaut la peine d'être racontée, chaque vie est un témoignage de toutes les autres. On racontera une époque, une terre, un petit monde. On racontera la vie des gens dont on ne parle jamais. Elle vaut autant que celle dont on parle - autant et si peu.
(Il y a là un gouffre, je ne m'y penche pas, je ne surplombe pas, j'y descends.)
(Je n'ose pas vous dire, Michel, que votre vie est intéressante, comme celle d'un nourrisson de 6 jours, d'une soeur morte trop tôt ou d'un vieillard disparu trop tard, elle est universelle et singulière, elle est par essence bouleversante, que je crois à ça dur comme fer, que c'est même la seule chose en laquelle je crois.)" page 282
 
"Les gens vrais sont des histoires, tu les inventes, ils vivent plus que vrais. Les gens sont une silhouette sur une photo et toute la vie ils sont un pull rayé, un tableau au-dessus de la cheminée, un clocher bande claire, des lunettes fumées, un poulet rôti et des coupes fières. Les gens sont des dates, tu les notes scrupuleusement, des maisons, tu les visites, un bord de rivière, un plat préféré, des cicatrices que rien ne soigne, tu souffles doucement dessus. Les gens sont maintenant des chansons, tu les écoutes et si tu pleures un peu, tu as raison." page 334

 

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN avec Alex BEAUPAIN

Editions JC Lattès, 2015.

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sous les galets 24/10/2015 16:54

Je suis très tentée...mais 'explique-t-elle dans ce livre sur sa démarche d'acheter un lot de photo par correspondance? c'est l'un des points qui gênent.