Noirs en blanc de Denis LABAYLE

Publié le par Alice

Noirs en blanc de Denis LABAYLE

Quatrième de couverture ;

Comment Zola Méké, jeune Africain issu d’une famille démunie,
est-il devenu chirurgien à Paris ?
Pour faire ses études, Zola, adolescent, est obligé de s’exiler.
D’abord à Cuba, puis en Russie et en France. Une ascension sociale terriblement coûteuse : déchirement familial, petits boulots pour survivre, racisme, tiraillement entre l’attrait d’une vie « moderne » et l’emprise de la culture originelle.
Mais ce roman est aussi une histoire forte d’amitié et d’amour entre quatre jeunes aux destins divergents. Une aventure humaine où les personnages de rencontre abondent : un idéaliste égaré, une singulière mère adoptive, un curieux chirurgien russe adepte du silence… Le tout narré d’une plume alerte où l’humour s’invite souvent. Noirs en blanc est une fiction inspirée des témoignages de médecins étrangers travaillant dans nos hôpitaux. Il évoque la fuite des cerveaux d’Afrique – un drame pour ce continent…
« Reprenez vos ONG et rendez-nous nos médecins ! » crie Miezy,
une femme chirurgien amoureuse de Zola.

Ce roman met en lumière une réalité assez consternante, même révoltante, contre un système organisé, la fuite des cerveaux, qui prend la forme aussi "d'immigration choisie".

Lorsque Zola arrive à Cuba, un pays qui finançait dans les années 80, les études des jeunes enfants africains les plus brillants, camouflant ainsi leur besoin de main d'oeuvre gratuite pour travailler dans les champs de citrons, la séparation d'avec sa famille apparaît tour à tour comme un privilège (être choisi comme le meilleur pour partir) mais aussi un sacrifice (pour lui si jeune, pour sa famille qui l'aime tant).

Dès lors, la réussite est une obligation et ce sont ses amis africains, exilés comme lui, qui lui offrent une seconde famille. L'heureux hasard place sur sa route un ingénieur français, qui deviendra son père de substitution, son mentor.

Ses études de médecine le mèneront en URSS puis à Paris, le confrontant au racisme mais aussi à l'exploitation, puisque bien moins bien rémunéré que ses homologues français.

Même si l'histoire est vraiment plaisante, et intéressante, c'est au moment où Zola et ses amis se posent concrètement la question de repartir en Afrique que le roman prend toute sa dimension idéologique. Alors que le héros se rend sur la tombe de son père, renoue avec sa petite amie de jeunesse partie exercer au Congo, les discours humanitaires deviennent des actes nécessaires face à une réalité dramatique.

"Je reste un long moment immobile devant cette tombe, sans savoir ce que je ressens vraiment. Une sorte de sentiment d'amour respectueux, peut-être plus respectueux qu'amoureux. Depuis dix ans qu'il est mort, j'ai tant attendu ce rendez-vous. Et cet instant est enfin arrivé. Je me contente de murmurer: "Père, je suis revenu. Je suis médecin comme tu le souhaitais, j'arrive un peu tard pour te soigner." Puis je laisse le silence prendre la place des prières. Les remords, les regrets, les rancoeurs, les incompréhensions n'ont plus cours. Me vient à l'esprit une drôle d'analogie : mon père a toujours vécu en serviteur dévoué des Blancs, et moi, aujourd'hui, je fais de même. Pour le satisfaire, j'ai parcouru des continents, traversé des océans, supporté tant de sacrifices! Pour finalement reproduire. Qui de nous deux a été le plus heureux? Celui qui, travailleur appliqué, a vécu dans l'ignorance? Ou moi qui contemple cette tombe du haut de mes insatisfactions?" Page 304.

 

 

Noirs en blanc, de Denis LABAYLE

Editions Dialogues

Publié dans Roman

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sous les galets 24/10/2015 16:52

Il est chouette ton billet, finalement il pose la question de l'identité et des racines (un peu comme Americanah dans un autre style non) ? Il est très beau l'extrait.

Estellecalim 19/10/2015 10:08

Sujet bien délicat, ce roman m'intéresse. J'ai travaillé plusieurs années avec des collègues qui étaient doctorants puis jeunes docteurs et ne souhaitaient pas retourner dans leur pays. Ils avaient un argumentaire très rodé à base de "je ne veux pas vivre en sueur toute ma vie" et "même agent de sécurité je vis mieux ici" (ce qui n'était pas vrai et ils le disaient aussi en aparté). Je suis toujours mal à l'aise face à ces situations où effectivement, il y a fuite des cerveaux, mais pas voulue par la France qui finance les études en le pensant dans une politique de coopération et de développement local. L'effet est manqué à 80% malheureusement, causant des situations où tout le monde est mécontent et insatisfait de la situation.