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4 articles avec rentree litteraire 2016

En totale compassion avec les personnages d'Au commencement du septième jour de Luc LANG

Publié le par Alice

En totale compassion avec les personnages d'Au commencement du septième jour de Luc LANG

J'ai lu ce roman en apnée. Bouleversée, captivée, passionnée par la vie de Thomas, depuis le jour qui a brisé net son destin jusqu'à celui 538 pages plus loin, qui l'a peut-être sauvé.

Comme tous les vendredis soirs Thomas et ses deux enfants attendent chez eux, à Paris, Camille, sa femme qui travaille au Havre. Leur relation est tendue ces derniers temps ; ils sont submergés par leurs boulots.

Quand soudain tout bascule : un coup de fil de la gendarmerie et Thomas apprend que Camille est dans un état grave, elle a eu un accident de voiture. Mais que faisait-elle sur une route de campagne en pleine nuit ? et pourquoi roulait-elle si vite? Avec qui semblait-elle être au téléphone?

Thomas erre, boit, gère l'incompréhension, la peur et la tristesse des enfants. Lui-même cherche les causes, tente de désigner des responsables, faute de pouvoir agir sur les conséquences de cet accident : le coma, la paralysie...

Et puis le travail qui ne lui laisse pas de répit, des responsabilités importantes qui lui échappent, faute d'être 100% dévoué à sa clientèle. Des secrets de famille qui sortent de l'oubli, et lui, Thomas, que les autres ont toujours voulu épargner.

Le second livre s'ouvre et Thomas part se ressourcer dans les Pyrénées, chez son frère, éleveur de brebis, qui a préféré reprendre l'exploitation familiale. Confrontation avec les éléments mais aussi avec ses souvenirs, la perte du père, la fuite de sa soeur vers l'Afrique, le silence obstiné de Jean, son frère.

Les enfants, quant à eux, semblent se fondre dans le paysage, dans les tâches "agricoles" et la proximité de la nature, des animaux. Thomas qui s'en est éloigné depuis si longtemps découvre, perplexe,ces citadins épanouis.

Et enfin le troisième livre. En Afrique, Thomas renoue avec sa soeur Pauline, médecin. Il découvre les odeurs, les bruits, la moiteur et la corruption de l'Afrique. Il découvre aussi le risque, la vie que l'on peut perdre en séjournant en prison, ou en se trouvant au coeur d'un conflit politique. Il panse ses plaies.

Ce roman est terriblement beau et juste : l'écriture est parfaite, les descriptions vivantes, que l'on soit en pleine montagne ou dans un 4x4 en Afrique, j'ai adoré rencontrer Thomas. Sa façon de vivre sa paternité m'a bouleversée, émue. Je l'ai trouvé attachant et épatant.

J'aurais voulu ne pas les quitter, j'aurais voulu que le roman dure plus longtemps, je voudrais un second tome, j'ai voulu croire en la capacité de Thomas de continuer à vivre, malgré...

C'est un roman d'une belle humanité, d'une sensibilité parfaite et d'une écriture magnifique. L'auteur joue avec le temps, étire les instants et d'une pirouette nous laisse vide d'explication, plein d'incompréhension, comme pour nous protéger, nous lecteurs, de la douleur de "notre" héros, Thomas. Tout l'art du dit et du non-dit...

Bref, vous l'aurez compris, c'était une lecture géniale.

 

 

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L'émouvant Petit pays de Gaël FAYE

Publié le par Alice

L'émouvant Petit pays de Gaël FAYE

Petit Pays, c'est le genre de roman que tu ne peux que lire d'une traite.

Progressivement et subtilement, Gabriel quitte l'enfance à mesure que son pays, le Burundi, sombre dans le chaos politique, suivant de peu les atrocités commises au Rwanda et les guerres ethniques ; A la naïveté succède l'atrocité des massacres.

Gabriel est un enfant né d'un mariage "mixte", une mère tutsie rwandaise  et un père français, vivent dans une impasse. Leurs voisins sont majoritairement des personnes aisées, et les copains avec lesquels grandit le narrateur, sont préservés de la misère, du contexte économico-politique. La vie est douce pour eux en Afrique. Le père refuse de quitter les privilèges de blancs, tandis que la mère aurait désiré trouvé la paix, une vraie paix et ne pas se sentir réfugiée malgré elle, mal acceptée, dans le Burundi voisin.

Progresivement le malaise s'installe, les repères avec lesquels Gaby a été élevé s'effondrent : ses parents se séparent, les domestiques se déchirent, comme le pays se divise suite aux élections présidentielles, et ensuite au coup d'état.

 

Le narrateur sort de l'enfance sans préavis, comme extirpé, son monde vacille et c'est en France qu'on le trouve exilé, à la fin et au début du roman.

 

Petit pays c'est une très belle et touchante histoire, de celles qu'on a envie de relire, même si on a quitté les dernières pages des larmes plein les yeux...

 

 

 

 

"La souffrance est un joker dans le jeu de la discussion, elle couche tous les autres arguments sur son passage. En un sens, elle est injuste."

 

"Je vis depuis des années dans un pays en pays, où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque. Un pays comme une impasse, où les bruits de la guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin."

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L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Publié le par Alice

L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Karine Tuil pose encore une fois sa plume sur la complexité de l'être social, avec cette quête impossible du bonheur, de l'insouciance, quel que soit le milieu dont les personnages sont issus : du riche PDG dont le père, rescapé des camps, a renoncé au judaïsme, au jeune soldat qui a assisté, impuissant, à la mort de ses amis, jusqu'à l'animateur social, de couleur noire, devenu un objet politique, symbole de la diversité. Tous trainent le poids de ce qu'ils sont devenus, des compromis qu'ils ont du faire pour survivre dans leur milieu, celui qu'ils se sont choisi.

Chaque personnage traine ses angoisses, chacun se construit sur des miettes et cherche la lueur d'espoir qui lui fera trouver une paix relative ou un sentiment (éphémère) d'apaisement. N'y aurait-il du salut que dans l'amour? à moins qu'il ne s'agisse que de désir, de passion, de ce qui fait le corps exulter et laisse l'esprit et les pensées morbides au repos?

 

Un roman passionnant en immersion par moments, où le lecteur est placé au coeur de l'action, aussi bien dans les coulisses du pouvoir politique que celles des véhicules blindés d'Afghanistan. Les personnages sont à bout de souffle, la place sociale est un poids, que l'on naisse du côté des nantis ou des banlieusards, quelle que soit sa couleur de peau ou encore sa religion.

Les personnages portent des valeurs acquises, par opportunisme ou par nécessité, mais bien loin de celles que leur éducation leur aurait léguées. Ils sont tous écorchés vifs, pour s'en sortir, une seule solution : s'exclure du système qui les a accueillis, voire "sauvés" initialement (et détruits sur le long terme).

Chacun ira jusqu'au bout, à la recherche de soi-même, de son identité, confronté au regard sans concession de la société, ils ont tous sûrement perdu autant leurs idéaux que leurs valeurs dans une quête éphémère et vaine...

 

Un beau roman, puissant.

 

"Lis Rilke d'abord : tu ne dois pas chercher à comprendre la vie - tout est dit." Il inspira fortement, comme s'il manquait d'air, puis continua : "De mon expérience, j'ai appris une chose : dans la vie, il y a très peu d'occasions d'être heureux. L'amour en est une. Mais elle est rare et a une durée limitée. Alors que la lecture peut être quotidiennement renouvelée. Oui, lire est la seule chose qui m'ait rendu pleinement heureux."

Elle prit le asc et remercia Paul Vély. "Est-ce que tu écris en ce moment? - J'essaie mais mon esprit est incapable de se fixer très longtemps sur un sujet. - Je suis sûr que tu finiras pas écrire ce livre, lui dit-il. Proust évoque ces grands chagrins utiles dont l'écrivain fera de la littérature. - L'écriture c'est l'exacerbation de la violence. Ce qui produit la littérature finit aussi par vous tuer. - Il faut choisir la vie, Marion. Il faut vivre, rien d'autre."

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La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Publié le par Alice

La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Ne vous fiez surtout pas au titre. Deux enfants sont assassinés par leur Nounou, Louise. Le roman dessine les contours de la relation unissant les parents à celle qui leur est vite devenue indispensable : Louise a représenté une liberté retrouvée avant d'être, par son omniprésence, un poids insaisissable. La tragédie est là dès la première ligne ; le lecteur se retrouve piégé, tout aussi impuissant que les parents, Paul et Myriam.

Chanson douce est un roman très contemporain sur l'ambivalence de la maternité au XXI ème siècle : la nécessité d'être une mère parfaite dans cette société de l'exigence (où chacun dévoile ses photos de vacances parfaites avec des enfants parfaits et ces intérieurs rangés et "tendance"), qui se confronte à la quête de l'épanouissement individuel.

Quand Louise, cette fée du logis, entre dans la vie de la famille, elle pallie le manque de temps, d'organisation, de dons culinaires de Myriam. Elle devient indispensable comme pour combler les failles liées au temps volé par les carrières respectives du couple.  Louise est l'outil de la déculpabilisation.

Le lecteur découvre, stupéfait, impuissant, page après page, l'inquiétante complexité et l'énigmatique personnalité de Louise. Elle s'engouffre dans la folie, inadaptée, obsessionnelle, incapable de mesure. Elle cherche l'amour, l'affection, elle cherche une famille, un semblant d'existence à travers la vie des autres. Mais que cherche-t-elle vraiment finalement? Elle apparait comme un personnage fantôme, fondue dans la vie de la famille qui l'a choisie, autrefois même indifférente à sa propre fille.

Au-delà de l'horreur de la situation initiale sur laquelle s'ouvre le roman, c'est un livre triste, d'une grande mélancolie. De la violence de la découverte, on ne saura rien excepté le cri déchirant de Myriam lorsqu'elle a découvert les corps. Mais cela suffit, il n'en aurait pas fallu plus : jamais on ne doute de l'amour qu'elle éprouve pour ses enfants, de l'envie qu'elle a de les serrer dans ses bras, de glisser son nez dans leurs cous chauds aux odeurs de vanille... mais pourtant, oui, Myriam, comme des millions d'autres mères, a choisir de travailler et d'être passionnée par sa carrière, au détriment, oui, peut-être, très sûrement de l'éducation et du temps passé auprès de ses deux jeunes enfants.

Faudrait-il l'en blâmer? Jamais Leïla SLIMANI n'accuse, jamais elle ne culpabilise. C'est une histoire, comme un conte pour adultes, un conte avec une sorcière à la Mary Poppins qui gagne à la fin...

Et c'est un superbe roman de rentrée...

 

 

"Elle avait toujours refusé l'idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l'a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s'était rendu compte qu'elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d'être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d'un autre. Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale."

"Bien sûr, il suffirait d'y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s'est incrustée dans leur vie si profondément qu'elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé."

"On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais n'en veulent rien savoir. Louise leur parle et ils détournent la tête. Elle leur tient les mains, se met à leur hauteur mais déjà ils regardent ailleurs, ils ont vu quelque chose. Ils ont trouvé un jeu qui les excuse de ne pas entendre. Ils ne font pas semblant de plaindre les malheureux."

" Elle y tient pourtant à ces photographies, qu'elle prend par centaines et qu'elle regarde dans les moments de mélancolie. Dans le métro, entre deux rendez-vous, parfois même pendant un dîner, elle fait glisser sous ses doigts le portrait de ses enfants. Elle croit aussi qu'il est de son devoir de mère de fixer ces instants, de détenir les preuves du bonheur passé. Elle pourra un jour les tendre sous le nez de Mila ou d'Adam. Elle égrènera ses souvenirs et l'image viendra réveiller des sensation anciennes, des détails, une atmosphère. On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors, toutes les fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde."

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