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L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Publié le par Alice

L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Karine Tuil pose encore une fois sa plume sur la complexité de l'être social, avec cette quête impossible du bonheur, de l'insouciance, quel que soit le milieu dont les personnages sont issus : du riche PDG dont le père, rescapé des camps, a renoncé au judaïsme, au jeune soldat qui a assisté, impuissant, à la mort de ses amis, jusqu'à l'animateur social, de couleur noire, devenu un objet politique, symbole de la diversité. Tous trainent le poids de ce qu'ils sont devenus, des compromis qu'ils ont du faire pour survivre dans leur milieu, celui qu'ils se sont choisi.

Chaque personnage traine ses angoisses, chacun se construit sur des miettes et cherche la lueur d'espoir qui lui fera trouver une paix relative ou un sentiment (éphémère) d'apaisement. N'y aurait-il du salut que dans l'amour? à moins qu'il ne s'agisse que de désir, de passion, de ce qui fait le corps exulter et laisse l'esprit et les pensées morbides au repos?

 

Un roman passionnant en immersion par moments, où le lecteur est placé au coeur de l'action, aussi bien dans les coulisses du pouvoir politique que celles des véhicules blindés d'Afghanistan. Les personnages sont à bout de souffle, la place sociale est un poids, que l'on naisse du côté des nantis ou des banlieusards, quelle que soit sa couleur de peau ou encore sa religion.

Les personnages portent des valeurs acquises, par opportunisme ou par nécessité, mais bien loin de celles que leur éducation leur aurait léguées. Ils sont tous écorchés vifs, pour s'en sortir, une seule solution : s'exclure du système qui les a accueillis, voire "sauvés" initialement (et détruits sur le long terme).

Chacun ira jusqu'au bout, à la recherche de soi-même, de son identité, confronté au regard sans concession de la société, ils ont tous sûrement perdu autant leurs idéaux que leurs valeurs dans une quête éphémère et vaine...

 

Un beau roman, puissant.

 

"Lis Rilke d'abord : tu ne dois pas chercher à comprendre la vie - tout est dit." Il inspira fortement, comme s'il manquait d'air, puis continua : "De mon expérience, j'ai appris une chose : dans la vie, il y a très peu d'occasions d'être heureux. L'amour en est une. Mais elle est rare et a une durée limitée. Alors que la lecture peut être quotidiennement renouvelée. Oui, lire est la seule chose qui m'ait rendu pleinement heureux."

Elle prit le asc et remercia Paul Vély. "Est-ce que tu écris en ce moment? - J'essaie mais mon esprit est incapable de se fixer très longtemps sur un sujet. - Je suis sûr que tu finiras pas écrire ce livre, lui dit-il. Proust évoque ces grands chagrins utiles dont l'écrivain fera de la littérature. - L'écriture c'est l'exacerbation de la violence. Ce qui produit la littérature finit aussi par vous tuer. - Il faut choisir la vie, Marion. Il faut vivre, rien d'autre."

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La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Publié le par Alice

La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Ne vous fiez surtout pas au titre. Deux enfants sont assassinés par leur Nounou, Louise. Le roman dessine les contours de la relation unissant les parents à celle qui leur est vite devenue indispensable : Louise a représenté une liberté retrouvée avant d'être, par son omniprésence, un poids insaisissable. La tragédie est là dès la première ligne ; le lecteur se retrouve piégé, tout aussi impuissant que les parents, Paul et Myriam.

Chanson douce est un roman très contemporain sur l'ambivalence de la maternité au XXI ème siècle : la nécessité d'être une mère parfaite dans cette société de l'exigence (où chacun dévoile ses photos de vacances parfaites avec des enfants parfaits et ces intérieurs rangés et "tendance"), qui se confronte à la quête de l'épanouissement individuel.

Quand Louise, cette fée du logis, entre dans la vie de la famille, elle pallie le manque de temps, d'organisation, de dons culinaires de Myriam. Elle devient indispensable comme pour combler les failles liées au temps volé par les carrières respectives du couple.  Louise est l'outil de la déculpabilisation.

Le lecteur découvre, stupéfait, impuissant, page après page, l'inquiétante complexité et l'énigmatique personnalité de Louise. Elle s'engouffre dans la folie, inadaptée, obsessionnelle, incapable de mesure. Elle cherche l'amour, l'affection, elle cherche une famille, un semblant d'existence à travers la vie des autres. Mais que cherche-t-elle vraiment finalement? Elle apparait comme un personnage fantôme, fondue dans la vie de la famille qui l'a choisie, autrefois même indifférente à sa propre fille.

Au-delà de l'horreur de la situation initiale sur laquelle s'ouvre le roman, c'est un livre triste, d'une grande mélancolie. De la violence de la découverte, on ne saura rien excepté le cri déchirant de Myriam lorsqu'elle a découvert les corps. Mais cela suffit, il n'en aurait pas fallu plus : jamais on ne doute de l'amour qu'elle éprouve pour ses enfants, de l'envie qu'elle a de les serrer dans ses bras, de glisser son nez dans leurs cous chauds aux odeurs de vanille... mais pourtant, oui, Myriam, comme des millions d'autres mères, a choisir de travailler et d'être passionnée par sa carrière, au détriment, oui, peut-être, très sûrement de l'éducation et du temps passé auprès de ses deux jeunes enfants.

Faudrait-il l'en blâmer? Jamais Leïla SLIMANI n'accuse, jamais elle ne culpabilise. C'est une histoire, comme un conte pour adultes, un conte avec une sorcière à la Mary Poppins qui gagne à la fin...

Et c'est un superbe roman de rentrée...

 

 

"Elle avait toujours refusé l'idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l'a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s'était rendu compte qu'elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d'être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d'un autre. Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale."

"Bien sûr, il suffirait d'y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s'est incrustée dans leur vie si profondément qu'elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé."

"On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais n'en veulent rien savoir. Louise leur parle et ils détournent la tête. Elle leur tient les mains, se met à leur hauteur mais déjà ils regardent ailleurs, ils ont vu quelque chose. Ils ont trouvé un jeu qui les excuse de ne pas entendre. Ils ne font pas semblant de plaindre les malheureux."

" Elle y tient pourtant à ces photographies, qu'elle prend par centaines et qu'elle regarde dans les moments de mélancolie. Dans le métro, entre deux rendez-vous, parfois même pendant un dîner, elle fait glisser sous ses doigts le portrait de ses enfants. Elle croit aussi qu'il est de son devoir de mère de fixer ces instants, de détenir les preuves du bonheur passé. Elle pourra un jour les tendre sous le nez de Mila ou d'Adam. Elle égrènera ses souvenirs et l'image viendra réveiller des sensation anciennes, des détails, une atmosphère. On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors, toutes les fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde."

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Le polar des steppes mongoliennes, Yeruldelgger de Ian MANOOK

Publié le par Alice

Le polar des steppes mongoliennes, Yeruldelgger de Ian MANOOK

L'histoire débute alors que Yeruldelgger, le héros, est appelé pour déterrer le corps d'une enfant au beau milieu des steppes mongoliennes. En parallèle à cette découverte, le corps de chinois émasculés et abattus sauvagement ainsi que trois prostitués chinoises.

 

Les deux enquêtes vont se rejoindre au fil des pages, Yeruldelgger n'a pas été épargné par la vie avec l'enlèvement et le meurtre de son enfant, sa petite fille, quelques années plus tôt. Ce meurtre l'a décrédibilisé aux yeux de la population, lui qui a choisi ne pas renoncer à son enquête en cours comme les kidnappeurs de sa fille l'exigeaient.

 

Alors que le roman débute, le héros n'est pas un super héros. Sa fille le hait. Brutal, incapable de sentiments... pourtant deux femmes lui vouent une confiance aveugle : Oyun sa jeune coéquipière qui n'a peur de rien, et Solongo, celle qui partage sa yourte avec, sans partager son lit, un médecin légiste.

 

Ce polar ne connaît aucun temps mort et tout est réuni pour que la résolution de l'intrigue tienne en haleine le lecteur : une histoire de famille complexe avec un personnage influent, de la corruption, des flics ripoux...

Âmes sensibles s'abstenir car le roman est à certains moments violent, les descriptions sont ultra réalistes, personne n'est épargné par la brutalité ou l'horreur, qu'il s'agisse de femmes ou d'enfants.

 

Et puis il y a le poids des traditions et la force des rêves, des croyances et des moines qui envisagent la force mentale avant de se servir de leur force physique, ces gouttes de lait que l'on disperse devant la yourte après le passage d'un ami, afin de protéger son voyage... quelquefois pourtant on pourrait penser que c'est un peu trop et que ces descriptions historico-sociologiques manquent de fluidité par rapport à la vivacité de la narration. 

 

Ian Manook est un écrivain de la même trempe que Caryl FEREY, une intrigue "exotique" avec un fort ancrage géographique et culturel, des scènes ultra réalistes, au risque de choquer le lecteur, une intrigue qui ne s'essouffle pas et des romans qui ne nous tombent pas des mains.

A lire donc!

 

 

Publié dans Polar

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony DOERR

Publié le par Alice

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony DOERR

Deux destins croisés alors que la seconde guerre mondiale est aux portes de l'Europe : celui de Marie-Laure, jeune française aveugle, et Werner, un orphelin allemand, génie autodidacte des mécanismes radio.

Alors que l'univers de Marie-Laure se construit grâce aux maquettes des villes miniaturisées que son père crée avec minutie, Werner construit, répare, tout ce qui dysfonctionne dans le quartier. Bientôt ses talents sont repérés par l'Armée allemande et le voilà sélectionné pour une formation d'élite SS.

La guerre tue, emprisonne, mais chacun des deux protagonistes conserve son humanité au prix d'une participation à la collaboration ou d'une amitié fauchée par la barbarie.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir est un "beau" livre, avec une histoire qui nous emporte, des personnages sensibles, attachants. Pas de happy end, pas de rebondissements rocambolesques, ici, c'est la réalité de la guerre qui est un personnage à part entière : les rationnements, la débrouille, les arrestations et dénonciations, la cruauté et la loi du plus fort. 

Les chapitres alternent entre l'histoire de Marie Laure et celle de Werner, il n'y a pas de longueurs, à la vie des protagonistes s'ajoute l'énigme et le mystère du diamant auréolé de sa légende : coûtera-t-il à Marie-Laure le prix de sa vie?

Publié dans Roman

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Cherchez la femme, d'Alice FERNEY

Publié le par Alice

Cherchez la femme, d'Alice FERNEY

Dès le début on sait que l'histoire d'amour entre Nina et Vladimir sera un fiasco : trop jeune pour elle, trop d'illusions et de mauvaises raisons. Ils auront pourtant deux enfants et passeront leur vie ensemble. Tout autant que leur vie de couple sera un désastre, L'éducation de leurs fils contribuera à faire d'eux des hommes prédestinés à l'échec sentimental.
Ces quelques phrases résument le roman, pourtant au-delà de l'histoire, il y a tout le reste (et surtout le reste) qui est d'une perfection absolue : cette analyse minutieuse des sentiments, émotions. L'art de la description psychologique atteint avec ce roman son apogée.

L'écriture est parfaite, le texte est parfaitement écrit, les images, descriptions réfléchies, pesées. Il y a beaucoup de justesse et de poésie dans la manière de décrire (aussi) la médiocrité.

 

Pas de suspense, d'effet de surprise, ce qui intéresse le narrateur ici, c'est analyser, observer, disséquer les personnages et les relations qui les unissent.

Attention, c'est excessivement pessimiste, aucun personnage ne trouve grâce aux yeux de l'auteure : de la mère colérique, alcoolique, à la veulerie du père, leurs enfants ne sont pas épargnés non plus. Pourtant, au fil des pages, on s'attache à ce qui fait aussi leurs failles et le tableau réaliste dressé par Alice Ferney nous emporte.

C'est un roman hors du commun parce qu'il donne le sentiment, une fois la lecture achevée, d'abandonner ces personnages que l'on connait désormais si bien.

 

"Angélique naquit dans l'hiver, nouveau-né aux yeux sombres qui regardaient sans tressaillir ses parents et le monde apparu. Un grand froid serrait Paris dans une raideur blanche. Marianne emmitouflait sa fille au creux de couvertures douces. Elle qui avait attendu la maternité en craignant d'y perdre sa vie, en précisa la nature et le tracé : un équilibre entre la chair et l'esprit, un repositionnement de soi dans une lignée, un balancement harmonisé entre penser à soi et tenir compte de l'autre. Jamais autant qu'à ce moment  Marianne n'eut l'intuitition juste du mélange de solitude et de dépendance qui est le lot partagé. L'enfant n'appartenait pas à sa mère. La mère ne façonnerait pas l'enfant. Il faisait partie de sa vie sans l'être toute. Et chacun mourrait seul. Le père, la mère, les enfants, et les enfants des enfants, tour à tour, le moment venu, feraient l'expérience de l'ultime solitude du dénouement  qui les engloutit. Mais plus rien n'attristait Marianne. Du jour où elle fut mère, elle sentit une félicité qui fracassait toute mélancolie. Cet accomplissement accrut l'écart entre les époux : l'esclave s'envolait dans l'allégresse active, le maître bataillait dans l'égoïsme. Serge et Marianne étaient mariés depuis sept ans."

" Dix années retentissent de leur jeunesse. Ils ne les comptent pas. Elles ne filent pas si vite et pas sans qu'on les voie. Comme glisse un fleuve, avec fluidité et lourdeur, avec cette inexorable force têtue de l'eau, dans le lit de la famille elles charrient l'habituelle moisson de la vie. Des sourires fugaces et de fervents baisers, des récits et des rires, des verres de vin et des coupes de champagne, des fêtes et des anniversaires, des histoires lues à la veilleuse, des rentrées scolaires et des carnets de notes, des dîners entre amis (ceux de Serge en majorité), des vacances en famille (celle de Marianne surtout), des journées à Châteaudun, quelques voyages, des tournois de tennis, des parties de Monopoly, de petits chevaux, de Memory, des petits et des gros cadeaux, des disputes mineures et des scènes grandiloquentes, des jalousies, des envies, des promesses, des mises au point et des remémorations, beaucoup de travail, et du succès."

Cherchez la femme, d'Alice FERNEY

Editions Actes Sud, 2013

(Et sinon, le samedi, on lit).

Publié dans Roman

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Le poids des secrets, d'Aki SHIMAZAKI

Publié le par Alice

Le poids des secrets, d'Aki SHIMAZAKI

Quel enchantement que cette série de 5 romans (Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru) qui constituent Le poids des secrets.

 

Il s'agit d'une vaste histoire familiale faite d'amours illégitimes, de secrets de famille : chaque court roman (une bonne centaine de pages chacun) laisse la parole à un protagoniste et éclaire l'histoire de son propre vécu.

Il est beaucoup question du poids des origines, des secrets de famille liés à la naissance, dans un pays où le poids des traditions est omniprésent. Au-delà de l'intimité des foyers, deux tragédies (le tremblement de terre de 1923, et la Seconde Guerre Mondiale avec la bombe Hiroshima) précipitent les destins.

Cette série de romans laisse filer le temps sur une génération.

- Dans Tsubaki, le premier tome, Yukiko, raconte comment et pourquoi elle a tué son père. Celui-ci a une maîtresse, Mariko, avec laquelle il a un fils, Yukio.

- Hamaguri, c'est la voix de Yukio, l'enfant illégitime, qui éprouve de forts sentiments pour Yukkiko, celle dont il ignore qu'elle est sa demi-soeur. 

-Tsubame, et le récit de Mariko, elle-même enfant illégitime ressortissante coréenne, abandonnée par sa mère. Elle a été recueillie par un prêtre et rebaptisée avec un nom japonais. 

- Wasurenagusa. Il s'agit ici de l'histoire de Kenji, celui qui a épousé Mariko et a adopté son fils illégitime, Yukio, faisant fi de la tradition familiale et de l'ascendance (étant lui-même stérile).

-Hotaru. La période est contemporaine, puisque c'est la petite fille de Mariko qui est la narratrice. Sa grand-mère se confie et révèle l'histoire familiale.

La boucle de ces cinq romans étant ainsi bouclée. Ma première réaction a été d'avoir envie de relire le premier tome, Tsubaki ; les cinq tomes sont en effet imbriqués les uns dans les autres, tout comme la destinée de la petite dizaine de personnages est intimement liée.

Chaque livre éclaire le précédent, leur humanité révélée, et leurs "erreurs" et égarements si touchants.

 

L'écriture est d'une délicatesse sans égale. A la manière des peintures japonaises, le récit est tout en suggestions. Il y a une finesse, du raffinement dans la peinture des sentiments et de la sensualité des personnages. L'auteur évoque la nature, avec un esthétisme rare, que ce soient les fleurs ou les lucioles par exemple. J'ai beaucoup aimé cette pudeur de l'écriture, cette évocation fine et juste des sentiments.

C'est très beau mais aussi passionnant. Le contexte historico-politique est indissociable de l'histoire, qu'il s'agisse de la seconde guerre mondiale que des relations en tre le Japon et la Corée.

 

Il faut lire ce roman. Absolument !

Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru constituent Le poids des secrets, de Aki SHIMAZAKI, Editions Actes Sud, Babel

Publié dans Roman, Coup de coeur

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Orgasme, de Chuck PALAHNIUK

Publié le par Alice

Orgasme, de Chuck PALAHNIUK

Quand l'histoire débute, on pourrait croire à un remake de 50 nuances de Grey mêlé à celui de Bridget Jones; une jeune femme plutôt brillante (future avocate) mais pas vraiment sûre d'elle, croise le big boss des médias : riche et beau, il l'invite le soir même à dîner.

Pourquoi elle? C'est ce que tous se demandent, à commencer par elle-même.

Galant, romantique, tout semblait présager que l'histoire d'amour qui naissait allait s'apparenter à un conte de fées. Or, Penny devient vite un objet d'expériences sexuelles censées la mener au plaisir absolu. Pourtant cette quête du plaisir n'est pas ordinaire puisque le Prince Charmant reste chaste avec Penny, s'attachant davantage à tester objets divers (sex toys), potions magiques pour la rendre plus folle de désir et de plaisir.

Elle est devenue le cobaye d'un homme désirant maîtriser les pulsions sexuelles de toutes les femmes.

 

Il est question, dans ce roman, de plaisir. D'obsession du plaisir.

Linus Maxwell, ce manipulateur met en place une vaste stratégie de contrôle du plaisir féminin : les femmes deviennent des machines à jouir grâce aux objets hyper connectés qu'il vend par millions, elles s'enferment des nuits et des jours pour prendre leur pied, devenant des zombies harassées de plaisir, délaissant les hommes qui dès lors n'ont plus d'utilité sociale.

Si l'idée de base était assez sympathique, j'ai vite été dépassée par l'aspect fantastique et humiliant de la vision des femmes, asservie par leur désir de jouir. Ajoutez à cela une histoire familiale qui tombe un peu du ciel, et c'est le roman même qui m'est tombé des mains.

Orgasme, de Chuck PALAHNIUK

Editions Sonatine, 2016.

Publié dans Roman

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Gaspard ne répond plus d'Anne-Marie REVOL

Publié le par Alice

Gaspard ne répond plus d'Anne-Marie REVOL

Quatrième de couverture

Dans le cadre d'un jeu de téléréalité, Gaspard de Ronsard doit traverser l'Asie en stop. Son périple tourne court lorsqu'il chute d'un pick-up et échoue au fond d'un fossé...
La suite se déroule entre Paris et un village égaré dans les rizières du Nord Vietnam. On y rencontrera une brocanteuse cartomancienne, un détective fleur bleue, un diariste fantasque, des producteurs de télé affolés, et une vieille chef de tribu acariâtre, My Hiên. Celle-ci n'a qu'une idée en tête : obliger Gaspard à sauver son peuple d'un danger imminent.
Parviendra-t-il à rentrer chez lui ?
Dans ce roman drôle et déluré, chacun cherche quelque chose à l'autre bout du monde, pour le meilleur comme pour le pire. Mais il faut peut-être accepter de tout perdre si l'on veut se retrouver...

 

 

Des personnages fanatasques et touchants, une noble quête... tout est réunit pour passer un bon moment.

L'histoire débute avec la chute de Gaspard, laissé pour mort en bord de route au Vietnam. Puis, autour de sa disparition, se crée comme une toile d'araignée pour placer les personnages qui gravitent autour du héros : ses parents morts, sa mère adoptive, sa partenaire du jeu de téléréalité (et l'univers impitoyable de la télé), My Hîen qui l'a recueilli et son village du fin fond des montagnes...

Ce roman est dense, on ne s'ennuie pas une seconde. Peut-être trop dense? J'ai un peu perdu le fil et j'aurais aimé mieux connaître Gaspard, je l'ai sans doute perdu, je l'avoue, vers la moitié du livre.

Il y a une immersion dans l'univers de la télé, du côté des producteurs, de ceux qui investissent et restent dans le confort de leur bureau et de l'audiométrie tandis que d'autres risquent leurs vies et sont manipulés par le scénario que d'autres ont élaboré pour eux.

Gaspard ne répond plus est un premier roman plein de promesses car Anne Marie REVOL écrit bien, elle emmène son lecteur dans l'histoire, c'est drôle et léger. On a le sentiment qu'elle a tellement aimé ses personnages qu'elle n'a su renoncer à aucun d'eux pour mieux s'attacher à l'intrigue, et c'est un peu dommage...

 

Gaspard ne répond plus, d'Anne-Marie REVOL

Editions JC Lattès, 2016.

 

(Roman offert par l'auteure)

Publié dans Roman

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La vie est facile, ne t'inquiète pas d'A. MARTIN LEGAND

Publié le par Alice

La vie est facile, ne t'inquiète pas d'A. MARTIN LEGAND

Diane a perdu sa fille et son mari lors d'un accident. Pour ne pas perdre pied, elle fuit un an en Irlande et à son retour, se consacre dans la librairie/café qu'elle rachète à ses parents.


L'histoire ne serait pas complète sans LA rencontre amoureuse et LA résilience qui lui permettra d'envisager un autre avenir familial, un jour.


Voilà. Vous savez tout. C'est un peu comme Harlequin en beaucoup plus moderne (contexte, langue). Et même si c'est assez juste (ou du moins pas incohérent) concernant la psychologie, c'est particulièrement "mal" écrit avec une plume très parlée et faussement "jeune".


Bref, pourquoi pas à lire sur une plage très ensoleillée... mais autour de moi on a beaucoup aimé, alors foncez !

Publié dans Roman

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La belle amitié de Mes amis devenus, de Jean-Claude MOURLEVAT

Publié le par Alice

La belle amitié de Mes amis devenus, de Jean-Claude MOURLEVAT

Le roman s'ouvre alors que Silvère, un presque sexagénaire, attend ses amis pour quelques jours de retrouvailles sur l'île d'Ouessant.

40 ans qu'ils ne se sont pas vus pour la plupart, et pourtant, ces cinq là : Luce, Mara, Jean, L'Ours et Silvère, sont restés unis par delà le temps. L'idée de Jean de les réunir apparaît comme une évidence pourtant teintée d'angoisses pour Silvère : et si le temps les avait rendus méconnaissables? différents?  et si lui-même, à leurs yeux, était-il devenu un vieillard? Les années auront-elles effacé les sentiments et attirances? et les souvenirs, sont-ils intacts pour tous?

L'attente à l'embarcadère est l'occasion pour le narrateur d'un long flash back, des conditions dramatiques de la naissance du héros, son enfance... et son adolescence. C'était un autre temps, un autre lieu, là où les rapports humains étaient simples et faciles, où l'on aimait follement.

Les histoires d'amitié se nouent, se scellent, une amitié fraternelle évidente pour Jean et Silvère, l'amour que tous ont éprouvé pour Mara.

Et puis le présent retrouve sa place, et les sentiments aussi : l'évidence des retrouvailles, la tendresse, les souvenirs, les épreuves traversées, la mort de leurs proches. C'est la vie qui se poursuit, les uns avec les autres, les uns sans les autres. 

Il n'y a pas de rebondissements qui viendrait casser l'harmonie de cette jolie histoire d'amitiés.

Mes amis devenus est un roman nostalgique, doux amer. On se projette, le coeur pincé par ce temps qui passe et qui laisse filer ce qui ne sera plus jamais pour un présent plus fragile, vers la maladie, et la mort qui demeure, au final, la seule certitude.

A quoi vont-ils resssembler? Je m'attends malgré moi à les voir apparaître dans l'éclat de leur jeunesse, intacts, tels qu'ils étaient autrefois, et rigolant du bon tour qu'ils auraient joué à ce salaud qu'est le temps. 

J'avoue que j'ai caressé un instant l'espoir que Mara me reviendrait par le principe des vases communicants, mais l'amour ignore ces lois réservées à la physique et je n'ai rien caressé d'autre que que l'espoir.

 

 

 

 

Mes amis devenus, de Jean-Claude MOURLEVAT

Fleuve Editions, 2016

 

 

Publié dans Roman

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