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Quand j'ai parlé de ma rage de lire

Publié le par Alice

Il y a quelques semaines, j'ai été contactée par une journaliste de France Culture qui souhaitait m'interviewer pour une émission ayant pour thème "La rage de lire".

Au hasard d'une recherche sur Google, Judith a trouvé un post de blog dans lequel je racontais que, par amour des livres, j'avais, un jour (multiplié par trente), dans mon adolescence, volé chaque semaine un roman.

C'est un point de départ bien sûr, une anecdote dans ma vie de lectrice. Un moment que j'avais enfoui dans un coin de ma mémoire, que je ne racontais pas et dont je me vantais encore moins. Sans argent, sans bibliothèque, j'avais juste trouvé "un moyen" pour assouvir cette nécessité de dévorer des pages.

L'interview est en ligne dans cette belle émission qu'est Les pieds sur terre.

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En totale compassion avec les personnages d'Au commencement du septième jour de Luc LANG

Publié le par Alice

En totale compassion avec les personnages d'Au commencement du septième jour de Luc LANG

J'ai lu ce roman en apnée. Bouleversée, captivée, passionnée par la vie de Thomas, depuis le jour qui a brisé net son destin jusqu'à celui 538 pages plus loin, qui l'a peut-être sauvé.

Comme tous les vendredis soirs Thomas et ses deux enfants attendent chez eux, à Paris, Camille, sa femme qui travaille au Havre. Leur relation est tendue ces derniers temps ; ils sont submergés par leurs boulots.

Quand soudain tout bascule : un coup de fil de la gendarmerie et Thomas apprend que Camille est dans un état grave, elle a eu un accident de voiture. Mais que faisait-elle sur une route de campagne en pleine nuit ? et pourquoi roulait-elle si vite? Avec qui semblait-elle être au téléphone?

Thomas erre, boit, gère l'incompréhension, la peur et la tristesse des enfants. Lui-même cherche les causes, tente de désigner des responsables, faute de pouvoir agir sur les conséquences de cet accident : le coma, la paralysie...

Et puis le travail qui ne lui laisse pas de répit, des responsabilités importantes qui lui échappent, faute d'être 100% dévoué à sa clientèle. Des secrets de famille qui sortent de l'oubli, et lui, Thomas, que les autres ont toujours voulu épargner.

Le second livre s'ouvre et Thomas part se ressourcer dans les Pyrénées, chez son frère, éleveur de brebis, qui a préféré reprendre l'exploitation familiale. Confrontation avec les éléments mais aussi avec ses souvenirs, la perte du père, la fuite de sa soeur vers l'Afrique, le silence obstiné de Jean, son frère.

Les enfants, quant à eux, semblent se fondre dans le paysage, dans les tâches "agricoles" et la proximité de la nature, des animaux. Thomas qui s'en est éloigné depuis si longtemps découvre, perplexe,ces citadins épanouis.

Et enfin le troisième livre. En Afrique, Thomas renoue avec sa soeur Pauline, médecin. Il découvre les odeurs, les bruits, la moiteur et la corruption de l'Afrique. Il découvre aussi le risque, la vie que l'on peut perdre en séjournant en prison, ou en se trouvant au coeur d'un conflit politique. Il panse ses plaies.

Ce roman est terriblement beau et juste : l'écriture est parfaite, les descriptions vivantes, que l'on soit en pleine montagne ou dans un 4x4 en Afrique, j'ai adoré rencontrer Thomas. Sa façon de vivre sa paternité m'a bouleversée, émue. Je l'ai trouvé attachant et épatant.

J'aurais voulu ne pas les quitter, j'aurais voulu que le roman dure plus longtemps, je voudrais un second tome, j'ai voulu croire en la capacité de Thomas de continuer à vivre, malgré...

C'est un roman d'une belle humanité, d'une sensibilité parfaite et d'une écriture magnifique. L'auteur joue avec le temps, étire les instants et d'une pirouette nous laisse vide d'explication, plein d'incompréhension, comme pour nous protéger, nous lecteurs, de la douleur de "notre" héros, Thomas. Tout l'art du dit et du non-dit...

Bref, vous l'aurez compris, c'était une lecture géniale.

 

 

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L'émouvant Petit pays de Gaël FAYE

Publié le par Alice

L'émouvant Petit pays de Gaël FAYE

Petit Pays, c'est le genre de roman que tu ne peux que lire d'une traite.

Progressivement et subtilement, Gabriel quitte l'enfance à mesure que son pays, le Burundi, sombre dans le chaos politique, suivant de peu les atrocités commises au Rwanda et les guerres ethniques ; A la naïveté succède l'atrocité des massacres.

Gabriel est un enfant né d'un mariage "mixte", une mère tutsie rwandaise  et un père français, vivent dans une impasse. Leurs voisins sont majoritairement des personnes aisées, et les copains avec lesquels grandit le narrateur, sont préservés de la misère, du contexte économico-politique. La vie est douce pour eux en Afrique. Le père refuse de quitter les privilèges de blancs, tandis que la mère aurait désiré trouvé la paix, une vraie paix et ne pas se sentir réfugiée malgré elle, mal acceptée, dans le Burundi voisin.

Progresivement le malaise s'installe, les repères avec lesquels Gaby a été élevé s'effondrent : ses parents se séparent, les domestiques se déchirent, comme le pays se divise suite aux élections présidentielles, et ensuite au coup d'état.

 

Le narrateur sort de l'enfance sans préavis, comme extirpé, son monde vacille et c'est en France qu'on le trouve exilé, à la fin et au début du roman.

 

Petit pays c'est une très belle et touchante histoire, de celles qu'on a envie de relire, même si on a quitté les dernières pages des larmes plein les yeux...

 

 

 

 

"La souffrance est un joker dans le jeu de la discussion, elle couche tous les autres arguments sur son passage. En un sens, elle est injuste."

 

"Je vis depuis des années dans un pays en pays, où chaque ville possède tant de bibliothèques que plus personne ne les remarque. Un pays comme une impasse, où les bruits de la guerre et la fureur du monde nous parviennent de loin."

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Mon premier Henning MANKELL, Daisy Sisters

Publié le par Alice

Mon premier Henning MANKELL, Daisy Sisters

Suède, été 41. Elna croyant trouver la liberté, reviendra enceinte de ce périple amical. A l'époque on mourait d'avorter, et même le viol n'excusait pas le statut de mère célibataire.

16 ans plus tard, ce sera Elna, sa fille, qui partira à la quête de sa propre vie. Mais échappe-t-on à sa condition de femme, à cette espèce de fatalité? et qu'en est-il de la liberté individuelle face au pouvoir d'une société patriarcale où la maternité agit comme une entrave aux amibitions personnelles?

Les hommes dans ce roman semblent les seuls autorisés à avoir les moyens de leurs ambitions, bien loin de l'idée que les femmes se font de la vie.

 

Un très beau roman sur la condition des femmes de milieux ouvriers, sur les rêves de jeunesse qui se confrontent à la violence de la réalité et des relations hommes /femmes.

 

" Rien ne s'est déroulé selon ses prévisions. Mais est-ce fatalement un mal? Elle a vingt ans, elle attend son deuxième enfant, elle est mariée à un homme qui ne boit pas, qui aime son fils  et qui est heureux de devenir père à nouveau. Voudrait-elle changer de vie ? Contre quoi ? Avoir un travail stressat à l'usine Algot? Aspirer  frénétiquement à s'en sortir ? Se trouver dans une voiture qui tourne autour d'une place vide ? Elle ne sait pas. Elle est mariée, elle a un enfant, bientôt deux. Elle ne peut pas revenir en arrière. Sa vie est ce qu'elle est.

Et pourtant.

Au fond d'elle, un sentiment la ronge, résiste, refuse de renoncer;"

Publié dans Roman

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J'étais braqueur de banques, de M. Dja-daouadji

Publié le par Alice

J'étais braqueur de banques, de M. Dja-daouadji

Les banlieues et le parcours presque obligé de la délinquance comme moyen efficace d'obtenir de l'argent facile. Du larcin au braquage de banque, des 10 ans de taule à la rédemption, du sentiment de puissance à la maladie qu'est l'alcoolisme.
À travers ce témoignage d'un parcours sûrement plus commun qu'on ne ne le pense, c'est un homme cassé que l'on découvre...
 

Quand on lit ce genre d'ouvrage, on ne s'attend pas à trouver de la grande littérature, mais outre une forme de curiosité, on se doute bien que l'utilité est surtout pour celui qui rédige.

Mohamed Dja-daouadji raconte à postériori son parcours d'enfant sans souci à celui de l'adolescent heurté par le divorce de ses parents, et l'image du père idéal brisée. Pauvreté, famille nombreuse, déscolarisation et déterminisme géographique orienteront comme fatalement ses ambitions d'adulte.

C'est l'histoire d'un gars qui est né au mauvais endroit et qui s'est laissé porter par l'issue la plus grisante. Ce type, ce sont les larmes de sa mère qui lui donneront la volonté de s'en sortir : de la spirale des casses à celle de l'alcool.

Son histoire n'est pourtant pas terminée, il utilise sûrement autant l'écriture pour se convaincre que pour nous convaincre que cette vie là est derrière lui. Reste à trouver une autre voie, une reconnaissance que la considération d'un flic lui a déjà partiellement apportée.

 

Merci Babelio pour la découverte

Publié dans Document

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L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Publié le par Alice

L'insouciance, la quête impossible des personnages de KarineTUIL

Karine Tuil pose encore une fois sa plume sur la complexité de l'être social, avec cette quête impossible du bonheur, de l'insouciance, quel que soit le milieu dont les personnages sont issus : du riche PDG dont le père, rescapé des camps, a renoncé au judaïsme, au jeune soldat qui a assisté, impuissant, à la mort de ses amis, jusqu'à l'animateur social, de couleur noire, devenu un objet politique, symbole de la diversité. Tous trainent le poids de ce qu'ils sont devenus, des compromis qu'ils ont du faire pour survivre dans leur milieu, celui qu'ils se sont choisi.

Chaque personnage traine ses angoisses, chacun se construit sur des miettes et cherche la lueur d'espoir qui lui fera trouver une paix relative ou un sentiment (éphémère) d'apaisement. N'y aurait-il du salut que dans l'amour? à moins qu'il ne s'agisse que de désir, de passion, de ce qui fait le corps exulter et laisse l'esprit et les pensées morbides au repos?

 

Un roman passionnant en immersion par moments, où le lecteur est placé au coeur de l'action, aussi bien dans les coulisses du pouvoir politique que celles des véhicules blindés d'Afghanistan. Les personnages sont à bout de souffle, la place sociale est un poids, que l'on naisse du côté des nantis ou des banlieusards, quelle que soit sa couleur de peau ou encore sa religion.

Les personnages portent des valeurs acquises, par opportunisme ou par nécessité, mais bien loin de celles que leur éducation leur aurait léguées. Ils sont tous écorchés vifs, pour s'en sortir, une seule solution : s'exclure du système qui les a accueillis, voire "sauvés" initialement (et détruits sur le long terme).

Chacun ira jusqu'au bout, à la recherche de soi-même, de son identité, confronté au regard sans concession de la société, ils ont tous sûrement perdu autant leurs idéaux que leurs valeurs dans une quête éphémère et vaine...

 

Un beau roman, puissant.

 

"Lis Rilke d'abord : tu ne dois pas chercher à comprendre la vie - tout est dit." Il inspira fortement, comme s'il manquait d'air, puis continua : "De mon expérience, j'ai appris une chose : dans la vie, il y a très peu d'occasions d'être heureux. L'amour en est une. Mais elle est rare et a une durée limitée. Alors que la lecture peut être quotidiennement renouvelée. Oui, lire est la seule chose qui m'ait rendu pleinement heureux."

Elle prit le asc et remercia Paul Vély. "Est-ce que tu écris en ce moment? - J'essaie mais mon esprit est incapable de se fixer très longtemps sur un sujet. - Je suis sûr que tu finiras pas écrire ce livre, lui dit-il. Proust évoque ces grands chagrins utiles dont l'écrivain fera de la littérature. - L'écriture c'est l'exacerbation de la violence. Ce qui produit la littérature finit aussi par vous tuer. - Il faut choisir la vie, Marion. Il faut vivre, rien d'autre."

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La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Publié le par Alice

La glaçante Chanson douce de Leïla SLIMANI

Ne vous fiez surtout pas au titre. Deux enfants sont assassinés par leur Nounou, Louise. Le roman dessine les contours de la relation unissant les parents à celle qui leur est vite devenue indispensable : Louise a représenté une liberté retrouvée avant d'être, par son omniprésence, un poids insaisissable. La tragédie est là dès la première ligne ; le lecteur se retrouve piégé, tout aussi impuissant que les parents, Paul et Myriam.

Chanson douce est un roman très contemporain sur l'ambivalence de la maternité au XXI ème siècle : la nécessité d'être une mère parfaite dans cette société de l'exigence (où chacun dévoile ses photos de vacances parfaites avec des enfants parfaits et ces intérieurs rangés et "tendance"), qui se confronte à la quête de l'épanouissement individuel.

Quand Louise, cette fée du logis, entre dans la vie de la famille, elle pallie le manque de temps, d'organisation, de dons culinaires de Myriam. Elle devient indispensable comme pour combler les failles liées au temps volé par les carrières respectives du couple.  Louise est l'outil de la déculpabilisation.

Le lecteur découvre, stupéfait, impuissant, page après page, l'inquiétante complexité et l'énigmatique personnalité de Louise. Elle s'engouffre dans la folie, inadaptée, obsessionnelle, incapable de mesure. Elle cherche l'amour, l'affection, elle cherche une famille, un semblant d'existence à travers la vie des autres. Mais que cherche-t-elle vraiment finalement? Elle apparait comme un personnage fantôme, fondue dans la vie de la famille qui l'a choisie, autrefois même indifférente à sa propre fille.

Au-delà de l'horreur de la situation initiale sur laquelle s'ouvre le roman, c'est un livre triste, d'une grande mélancolie. De la violence de la découverte, on ne saura rien excepté le cri déchirant de Myriam lorsqu'elle a découvert les corps. Mais cela suffit, il n'en aurait pas fallu plus : jamais on ne doute de l'amour qu'elle éprouve pour ses enfants, de l'envie qu'elle a de les serrer dans ses bras, de glisser son nez dans leurs cous chauds aux odeurs de vanille... mais pourtant, oui, Myriam, comme des millions d'autres mères, a choisir de travailler et d'être passionnée par sa carrière, au détriment, oui, peut-être, très sûrement de l'éducation et du temps passé auprès de ses deux jeunes enfants.

Faudrait-il l'en blâmer? Jamais Leïla SLIMANI n'accuse, jamais elle ne culpabilise. C'est une histoire, comme un conte pour adultes, un conte avec une sorcière à la Mary Poppins qui gagne à la fin...

Et c'est un superbe roman de rentrée...

 

 

"Elle avait toujours refusé l'idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l'a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s'était rendu compte qu'elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d'être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d'un autre. Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale."

"Bien sûr, il suffirait d'y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s'est incrustée dans leur vie si profondément qu'elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé."

"On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais n'en veulent rien savoir. Louise leur parle et ils détournent la tête. Elle leur tient les mains, se met à leur hauteur mais déjà ils regardent ailleurs, ils ont vu quelque chose. Ils ont trouvé un jeu qui les excuse de ne pas entendre. Ils ne font pas semblant de plaindre les malheureux."

" Elle y tient pourtant à ces photographies, qu'elle prend par centaines et qu'elle regarde dans les moments de mélancolie. Dans le métro, entre deux rendez-vous, parfois même pendant un dîner, elle fait glisser sous ses doigts le portrait de ses enfants. Elle croit aussi qu'il est de son devoir de mère de fixer ces instants, de détenir les preuves du bonheur passé. Elle pourra un jour les tendre sous le nez de Mila ou d'Adam. Elle égrènera ses souvenirs et l'image viendra réveiller des sensation anciennes, des détails, une atmosphère. On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors, toutes les fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde."

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Le polar des steppes mongoliennes, Yeruldelgger de Ian MANOOK

Publié le par Alice

Le polar des steppes mongoliennes, Yeruldelgger de Ian MANOOK

L'histoire débute alors que Yeruldelgger, le héros, est appelé pour déterrer le corps d'une enfant au beau milieu des steppes mongoliennes. En parallèle à cette découverte, le corps de chinois émasculés et abattus sauvagement ainsi que trois prostitués chinoises.

 

Les deux enquêtes vont se rejoindre au fil des pages, Yeruldelgger n'a pas été épargné par la vie avec l'enlèvement et le meurtre de son enfant, sa petite fille, quelques années plus tôt. Ce meurtre l'a décrédibilisé aux yeux de la population, lui qui a choisi ne pas renoncer à son enquête en cours comme les kidnappeurs de sa fille l'exigeaient.

 

Alors que le roman débute, le héros n'est pas un super héros. Sa fille le hait. Brutal, incapable de sentiments... pourtant deux femmes lui vouent une confiance aveugle : Oyun sa jeune coéquipière qui n'a peur de rien, et Solongo, celle qui partage sa yourte avec, sans partager son lit, un médecin légiste.

 

Ce polar ne connaît aucun temps mort et tout est réuni pour que la résolution de l'intrigue tienne en haleine le lecteur : une histoire de famille complexe avec un personnage influent, de la corruption, des flics ripoux...

Âmes sensibles s'abstenir car le roman est à certains moments violent, les descriptions sont ultra réalistes, personne n'est épargné par la brutalité ou l'horreur, qu'il s'agisse de femmes ou d'enfants.

 

Et puis il y a le poids des traditions et la force des rêves, des croyances et des moines qui envisagent la force mentale avant de se servir de leur force physique, ces gouttes de lait que l'on disperse devant la yourte après le passage d'un ami, afin de protéger son voyage... quelquefois pourtant on pourrait penser que c'est un peu trop et que ces descriptions historico-sociologiques manquent de fluidité par rapport à la vivacité de la narration. 

 

Ian Manook est un écrivain de la même trempe que Caryl FEREY, une intrigue "exotique" avec un fort ancrage géographique et culturel, des scènes ultra réalistes, au risque de choquer le lecteur, une intrigue qui ne s'essouffle pas et des romans qui ne nous tombent pas des mains.

A lire donc!

 

 

Publié dans Polar

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony DOERR

Publié le par Alice

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony DOERR

Deux destins croisés alors que la seconde guerre mondiale est aux portes de l'Europe : celui de Marie-Laure, jeune française aveugle, et Werner, un orphelin allemand, génie autodidacte des mécanismes radio.

Alors que l'univers de Marie-Laure se construit grâce aux maquettes des villes miniaturisées que son père crée avec minutie, Werner construit, répare, tout ce qui dysfonctionne dans le quartier. Bientôt ses talents sont repérés par l'Armée allemande et le voilà sélectionné pour une formation d'élite SS.

La guerre tue, emprisonne, mais chacun des deux protagonistes conserve son humanité au prix d'une participation à la collaboration ou d'une amitié fauchée par la barbarie.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir est un "beau" livre, avec une histoire qui nous emporte, des personnages sensibles, attachants. Pas de happy end, pas de rebondissements rocambolesques, ici, c'est la réalité de la guerre qui est un personnage à part entière : les rationnements, la débrouille, les arrestations et dénonciations, la cruauté et la loi du plus fort. 

Les chapitres alternent entre l'histoire de Marie Laure et celle de Werner, il n'y a pas de longueurs, à la vie des protagonistes s'ajoute l'énigme et le mystère du diamant auréolé de sa légende : coûtera-t-il à Marie-Laure le prix de sa vie?

Publié dans Roman

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Cherchez la femme, d'Alice FERNEY

Publié le par Alice

Cherchez la femme, d'Alice FERNEY

Dès le début on sait que l'histoire d'amour entre Nina et Vladimir sera un fiasco : trop jeune pour elle, trop d'illusions et de mauvaises raisons. Ils auront pourtant deux enfants et passeront leur vie ensemble. Tout autant que leur vie de couple sera un désastre, L'éducation de leurs fils contribuera à faire d'eux des hommes prédestinés à l'échec sentimental.
Ces quelques phrases résument le roman, pourtant au-delà de l'histoire, il y a tout le reste (et surtout le reste) qui est d'une perfection absolue : cette analyse minutieuse des sentiments, émotions. L'art de la description psychologique atteint avec ce roman son apogée.

L'écriture est parfaite, le texte est parfaitement écrit, les images, descriptions réfléchies, pesées. Il y a beaucoup de justesse et de poésie dans la manière de décrire (aussi) la médiocrité.

 

Pas de suspense, d'effet de surprise, ce qui intéresse le narrateur ici, c'est analyser, observer, disséquer les personnages et les relations qui les unissent.

Attention, c'est excessivement pessimiste, aucun personnage ne trouve grâce aux yeux de l'auteure : de la mère colérique, alcoolique, à la veulerie du père, leurs enfants ne sont pas épargnés non plus. Pourtant, au fil des pages, on s'attache à ce qui fait aussi leurs failles et le tableau réaliste dressé par Alice Ferney nous emporte.

C'est un roman hors du commun parce qu'il donne le sentiment, une fois la lecture achevée, d'abandonner ces personnages que l'on connait désormais si bien.

 

"Angélique naquit dans l'hiver, nouveau-né aux yeux sombres qui regardaient sans tressaillir ses parents et le monde apparu. Un grand froid serrait Paris dans une raideur blanche. Marianne emmitouflait sa fille au creux de couvertures douces. Elle qui avait attendu la maternité en craignant d'y perdre sa vie, en précisa la nature et le tracé : un équilibre entre la chair et l'esprit, un repositionnement de soi dans une lignée, un balancement harmonisé entre penser à soi et tenir compte de l'autre. Jamais autant qu'à ce moment  Marianne n'eut l'intuitition juste du mélange de solitude et de dépendance qui est le lot partagé. L'enfant n'appartenait pas à sa mère. La mère ne façonnerait pas l'enfant. Il faisait partie de sa vie sans l'être toute. Et chacun mourrait seul. Le père, la mère, les enfants, et les enfants des enfants, tour à tour, le moment venu, feraient l'expérience de l'ultime solitude du dénouement  qui les engloutit. Mais plus rien n'attristait Marianne. Du jour où elle fut mère, elle sentit une félicité qui fracassait toute mélancolie. Cet accomplissement accrut l'écart entre les époux : l'esclave s'envolait dans l'allégresse active, le maître bataillait dans l'égoïsme. Serge et Marianne étaient mariés depuis sept ans."

" Dix années retentissent de leur jeunesse. Ils ne les comptent pas. Elles ne filent pas si vite et pas sans qu'on les voie. Comme glisse un fleuve, avec fluidité et lourdeur, avec cette inexorable force têtue de l'eau, dans le lit de la famille elles charrient l'habituelle moisson de la vie. Des sourires fugaces et de fervents baisers, des récits et des rires, des verres de vin et des coupes de champagne, des fêtes et des anniversaires, des histoires lues à la veilleuse, des rentrées scolaires et des carnets de notes, des dîners entre amis (ceux de Serge en majorité), des vacances en famille (celle de Marianne surtout), des journées à Châteaudun, quelques voyages, des tournois de tennis, des parties de Monopoly, de petits chevaux, de Memory, des petits et des gros cadeaux, des disputes mineures et des scènes grandiloquentes, des jalousies, des envies, des promesses, des mises au point et des remémorations, beaucoup de travail, et du succès."

Cherchez la femme, d'Alice FERNEY

Editions Actes Sud, 2013

(Et sinon, le samedi, on lit).

Publié dans Roman

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