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Noirs en blanc de Denis LABAYLE

Publié le par Alice

Noirs en blanc de Denis LABAYLE

Quatrième de couverture ;

Comment Zola Méké, jeune Africain issu d’une famille démunie,
est-il devenu chirurgien à Paris ?
Pour faire ses études, Zola, adolescent, est obligé de s’exiler.
D’abord à Cuba, puis en Russie et en France. Une ascension sociale terriblement coûteuse : déchirement familial, petits boulots pour survivre, racisme, tiraillement entre l’attrait d’une vie « moderne » et l’emprise de la culture originelle.
Mais ce roman est aussi une histoire forte d’amitié et d’amour entre quatre jeunes aux destins divergents. Une aventure humaine où les personnages de rencontre abondent : un idéaliste égaré, une singulière mère adoptive, un curieux chirurgien russe adepte du silence… Le tout narré d’une plume alerte où l’humour s’invite souvent. Noirs en blanc est une fiction inspirée des témoignages de médecins étrangers travaillant dans nos hôpitaux. Il évoque la fuite des cerveaux d’Afrique – un drame pour ce continent…
« Reprenez vos ONG et rendez-nous nos médecins ! » crie Miezy,
une femme chirurgien amoureuse de Zola.

Ce roman met en lumière une réalité assez consternante, même révoltante, contre un système organisé, la fuite des cerveaux, qui prend la forme aussi "d'immigration choisie".

Lorsque Zola arrive à Cuba, un pays qui finançait dans les années 80, les études des jeunes enfants africains les plus brillants, camouflant ainsi leur besoin de main d'oeuvre gratuite pour travailler dans les champs de citrons, la séparation d'avec sa famille apparaît tour à tour comme un privilège (être choisi comme le meilleur pour partir) mais aussi un sacrifice (pour lui si jeune, pour sa famille qui l'aime tant).

Dès lors, la réussite est une obligation et ce sont ses amis africains, exilés comme lui, qui lui offrent une seconde famille. L'heureux hasard place sur sa route un ingénieur français, qui deviendra son père de substitution, son mentor.

Ses études de médecine le mèneront en URSS puis à Paris, le confrontant au racisme mais aussi à l'exploitation, puisque bien moins bien rémunéré que ses homologues français.

Même si l'histoire est vraiment plaisante, et intéressante, c'est au moment où Zola et ses amis se posent concrètement la question de repartir en Afrique que le roman prend toute sa dimension idéologique. Alors que le héros se rend sur la tombe de son père, renoue avec sa petite amie de jeunesse partie exercer au Congo, les discours humanitaires deviennent des actes nécessaires face à une réalité dramatique.

"Je reste un long moment immobile devant cette tombe, sans savoir ce que je ressens vraiment. Une sorte de sentiment d'amour respectueux, peut-être plus respectueux qu'amoureux. Depuis dix ans qu'il est mort, j'ai tant attendu ce rendez-vous. Et cet instant est enfin arrivé. Je me contente de murmurer: "Père, je suis revenu. Je suis médecin comme tu le souhaitais, j'arrive un peu tard pour te soigner." Puis je laisse le silence prendre la place des prières. Les remords, les regrets, les rancoeurs, les incompréhensions n'ont plus cours. Me vient à l'esprit une drôle d'analogie : mon père a toujours vécu en serviteur dévoué des Blancs, et moi, aujourd'hui, je fais de même. Pour le satisfaire, j'ai parcouru des continents, traversé des océans, supporté tant de sacrifices! Pour finalement reproduire. Qui de nous deux a été le plus heureux? Celui qui, travailleur appliqué, a vécu dans l'ignorance? Ou moi qui contemple cette tombe du haut de mes insatisfactions?" Page 304.

 

 

Noirs en blanc, de Denis LABAYLE

Editions Dialogues

Publié dans Roman

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Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN

Publié le par Alice

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN
Isabelle Monnin, l'auteure, achète un lot de photos sur internet.
A partir de ces clichés, les personnes se transforment en personnages, elle leur invente des vies et des identités. Il s'agit de la première partie du livre, séparée de la seconde, l'enquête, la rencontre avec les "vrais gens" par la reproduction de quelques photos.
La fiction se superpose, croise et se confronte au réel, à ce que l'auteure mais aussi à ce que les lecteurs avaient imaginé.
 
L'écriture est vraiment belle, poésie mélancolique, on est ému, autant par l'humilité d'Isabelle Monnin que par la destinée de ces visages de papier, mis en mélodie par Alex Beaupain.
 
Quel plaisir d'avoir ce livre (et ce CD) entre les mains.
 
Rares sont les romans dont j'aurais envie de marquer toutes les pages, pour garder en mémoire ces phrases si justes et ces mots si adéquates.
Celui-ci en fait partie. L'écriture est un bijou, les phrases des vers, la juxtaposition des mots provoque des associations d'émotions inattendues.
Les gens dans l'enveloppe, c'est d'abord pour moi, cette beauté de la langue, ces phrases dont on a le sentiment qu'elles sont bricolées.
 
Et puis Isabelle MONNIN, la raconteuse d'histoires est aussi celle qui regarde, qui a su voir au-delà des clichés, qui a inventé des vies, des personnages et des situations.
C'est celle qui observe, et retranscrit avec le prisme de son imagination. Elle voit par le biais de son objectif d'écrivain.
Sa démarche est touchante parce que constamment empreinte d'humilité, de gêne à l'idée d'emprunter des vies, des malheurs. Son authenticité m'a semblé d'autant plus émouvante, que l'époque dans laquelle "grandissent" ses/ces personnages est celle dans laquelle j'ai moi-même grandi, petite quarantenaire.
 
Les histoires qu'elle crée à partir de ces photos sont liées par le fil conducteur de l'abandon, une trame qui sera dépassée par la réalité. Et si on portait le poids d'être délaissé, génération après génération, comme un lourd héritage de solitude et d'insécurité?
Les deux récits ont résonné en moi : celui imaginé et l'enquête, comme elle l'appelle, la rencontre avec les vrais personnages, ceux qui ont su devenir forts, et ceux qui sont devenus, jour après jour, plus fragiles.
J'ai beaucoup aimé ce livre atypique, m'imprégnant d'abord des chansons d'Alex Beaupain que j'avais déjà eu le plaisir de voir en concert il y a 5 ans. Des souvenirs, de douces mélodies, d'autant plus touchantes quand je les ai réécoutés ensuite, avec ces mot éclairés à la lumière de la lecture.
 
" Je ne sais toujours pas si le monde est trop vaste ou trop vide. Mes paumes le mesurent avec peine, petites, creuses." page 46
 
" Je crois que toute vie vaut la peine d'être racontée, chaque vie est un témoignage de toutes les autres. On racontera une époque, une terre, un petit monde. On racontera la vie des gens dont on ne parle jamais. Elle vaut autant que celle dont on parle - autant et si peu.
(Il y a là un gouffre, je ne m'y penche pas, je ne surplombe pas, j'y descends.)
(Je n'ose pas vous dire, Michel, que votre vie est intéressante, comme celle d'un nourrisson de 6 jours, d'une soeur morte trop tôt ou d'un vieillard disparu trop tard, elle est universelle et singulière, elle est par essence bouleversante, que je crois à ça dur comme fer, que c'est même la seule chose en laquelle je crois.)" page 282
 
"Les gens vrais sont des histoires, tu les inventes, ils vivent plus que vrais. Les gens sont une silhouette sur une photo et toute la vie ils sont un pull rayé, un tableau au-dessus de la cheminée, un clocher bande claire, des lunettes fumées, un poulet rôti et des coupes fières. Les gens sont des dates, tu les notes scrupuleusement, des maisons, tu les visites, un bord de rivière, un plat préféré, des cicatrices que rien ne soigne, tu souffles doucement dessus. Les gens sont maintenant des chansons, tu les écoutes et si tu pleures un peu, tu as raison." page 334

 

Les gens dans l'enveloppe, d'Isabelle MONNIN avec Alex BEAUPAIN

Editions JC Lattès, 2015.

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L'Inconnue d'Antoine

Publié le par Alice

L'Inconnue d'Antoine

Quatrième de couverture

Fred Delmany, vieux routier du journalisme de province,  est contraint de partir en pré-retraite et ne supporte pas de ne plus faire partie du clan des « actifs ». Déchéance physique inéluctable, ennui quotidien, tout cela pèse d’un poids trop lourd pour Fred qui, pourtant, s’était promis de « lire enfin à satiété » une fois la retraite venue. Aujourd’hui, il n’a plus envie de rien, et le suicide de son pote Max, un ancien de la rubrique des sports, le laisse désemparé. En quittant le cimetière après l’enterrement, Fred pense à Antoine Blondin que Max adorait. Il décide alors de poursuivre un rituel qu’il a entamé ces derniers temps : abandonner des livres dans le square voisin et voir qui les emportera. Cette fois il dépose sur un banc L’Humeur vagabonde de Blondin et, peu après, une femme s’en empare. Or cette jeune femme est le portrait craché de Brigitte, un amour de jeunesse. Sur un coup de tête, Fred se met à la suivre… Il ne sait pas encore qu’elle va le conduire sur les chemins de l’enfer.
 

Fred très jeune retraité, survole sa vie, sans grande passion, sans grande histoire d'amour, sans grande occupation.
Ha si, il aime lire, tout particulièrement Antoine Blondin. Un jour, il laisse son livre sur un banc, une jeune femme le trouve, le feuillette. Intrigué par l'histoire de ce livre qui va se poursuivre sans lui, Fred décidé d'en laisser un second.
Du livre, sa curiosité se déplace vers Djamila, et sa soeur, deux jeunes femmes fort différentes qui jouent au théâtre.
Dès lors, sa vie deviendra bien remplie.


Un roman noir, avec une intrigue lente, qui peine à captiver. Tout se joue dans les cinquante dernières pages et l'univers de Fred qui se déconstruit offre bien (tardivement?) des rebondissements...

Philippe HUET, L'Inconnue d'Antoine

Editions RIvages/noir, 2004

 

Publié dans Polar

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Nous, de David NICHOLLS

Publié le par Alice

Nous, de David NICHOLLS

Quatrième de couverture

À Londres, beaucoup, et dans les plus grandes villes d'Europe, du début des années 1980 à nos jours. 
Biochimiste de 54 ans, Douglas Petersen voyait sa vie tracée : encore quelques années dans son labo suivies d'une paisible retraite auprès de Connie, sa femme artiste, dans leur maison londonienne vidée de leur fils Albie, que la vie aurait consacré grand photographe. 
Le jour où Connie lui apprend brusquement qu'elle n'est plus certaine de l'aimer, l'esprit scientifique de Douglas est soudain démuni. Comment colmater une fuite d'amour ? 
Pathologiquement maladroit et réservé, Douglas va devoir montrer ce qu'il a dans le ventre, déployer toute son énergie pour reconquérir sa femme après vingt ans de mariage, tenter de tisser des liens avec cet inconnu bruyant et peu porté sur l'hygiène qu'est devenu son fils. Si les miracles sont possibles, c'est sur le Vieux Continent qu'ils se produiront. Les dernières vacances en famille ; le voyage d'une vie. 
Paris, Amsterdam, Munich, Venise, Sienne, Madrid, Barcelone… Douglas a tout préparé, chacune des villes visitées doit être l'occasion de réveiller les doux souvenirs de vingt ans de vie commune et raviver la flamme. Les hôtels sont réservés, les billets de train sont pris, le programme est plastifié. Qu'est ce qui pourrait mal tourner ? 

 

Nous, c'est l'histoire d'un mariage en fin de vie. C'est le présent qui se confronte au passé, les deux récits se rejoindront en fin d'ouvrage.

Plus qu'un mariage en fin de vie, c'est un mariage qui semble, à la lumière du récit présent, voué à l'échec.

Si Douglas en est le narrateur, c'est aussi le personnage le moins sympathique, enfin avec lequel vivre ne doit pas être vraiment drôle. Biochimiste, il est à l'opposé de Connie, sa femme, artiste. Leur rencontre amoureuse relève de l’invraisemblable, la poursuite de leur relation quasi incompréhensible. Douglas est rabat-joie, maladroit, professoral et prévisible, quasi ridicule tant il se décrit en usant d'auto-dérision.

Alors que leur fils Albie s'apprête à partir pour l'université, Connie annonce à Douglas qu'elle envisage de le quitter, leur mariage arrivant à son terme. Un grand voyage est pourtant prévu en famille, une traversée de l'Europe assez pathétique, où le conflit est latent entre le père et le fils, jusqu'à ce qu'une dispute éclate, qu'un mot maladroit soit lâché, et que le jeune homme "plante" ses parents.

Connie rentrera en Angleterre, Douglas décidera de poursuivre le voyage, avec pour mission de retrouver leur fils, et pourquoi pas, par la même , retrouver l'amour et l'estime de sa femme.

Ce mari incapable de prendre conscience de sa part de responsabilité, complètement handicapé de la légèreté, m'a exaspérée. Il est pathétique. Trop. Caricatural. On ne croit pas une seconde que leur mariage ait duré si longtemps sans conflits majeurs ou sans distance plus grande entre mari et femme. Connie semblant si spontanée...

C'est un roman assez triste finalement : on peut passer sa vie à s'ennuyer à côté de l'autre, au nom de l'éducation parentale. Il y a un moment où ça ne tiendra plus : celui du retour (forcé) à la vie de couple.

Nous, de David NICHOLLS

Belfond, 2015

Publié dans Roman

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Ce coeur changeant, d'Agnès DESARTHE

Publié le par Alice

Ce coeur changeant, d'Agnès DESARTHE

Quatrième de couverture

« Face à la vie, elle avait la même impression que lorsqu’elle regardait le paysage défiler par la fenêtre du train : si elle était dans le sens de la marche, le panorama semblait se jeter sur elle, et ses yeux affolés ne savaient à quel détail s’attacher ni quelle ligne suivre. Elle se sentait écrasée par l’image qui ne tenait pas en place, ne cessait de se transformer. Assise en sens inverse, elle retrouvait son calme et contemplait l’horizon jusqu’à sombrer dans le sommeil. Alors… alors, songeait-elle, peut-être pourrait-on dire que c’est la même chose lorsqu’on regarde soit en direction de l’avenir, soit vers le passé. Peut-être est-ce pour cela que j’ai tant besoin de mes souvenirs. »

Née à l’aube du XXe siècle, Rose débarque à Paris à 20 ans et se trouve projetée dans un univers totalement inconnu. L’affaire Dreyfus, puis la guerre de 14 éclatent. Les années folles se succèdent. Les bas-fonds, la vie de bohême, la solitude... Rose risque à tout moment de tomber.

Usant de toutes les ressources du romanesque, Agnès Desarthe mêle le murmure de l’intime et le souffle de l’Histoire dans ce grand livre baroque qui signe son retour à la fiction."

Agnès Desarthe a décidément le don de créer des personnages dont on se souvient longtemps, dont la destinée et le caractère les rendent atypiques et tellement vivants ...

Pourtant le caractère fantasque, si enfantin de Rose ne me la rendaient pas attachante jusqu'à ce que la magie de la narration opère et que je me retrouve en totale empathie avec les tribulations de la jeune femme.

Née d'une union totalement improbable, d'une mère autocentrée et dénuée de tout sentiment, Rose n'a connu que l'attention de sa nourrice Zelada, une femme bien loin de ressembler aux gouvernantes d'alors.

La vie est un vaste objet d'étonnement et Paris devient le lieu de son expérimentation. Exploitée, asservie, Rose, jamais ne se plaindra; On pourrait dire d'elle qu'elle est bête tout simplement, mais c'est plutôt cette bonté d'âme qui la rend naïve (voire agaçante) à l'extrême. De hasards en rencontres, meurtrie et consolidée fragilement, Rose deviendra mère sans le vouloir. Son destin prendra des tournures toutes plus improbables. Un conte? Une fable? La misère côtoie le superbe, l'amour fou, la maltraitance.

Des personnages arrivent toujours au plus juste moment pour sauver Rose, le lecteur est soulagé, on ne doute pas un instant qu'un coeur si pur puisse être abandonné par son ange gardien, celui qui se niche dans l'imaginaire de l'écrivain.

 

"La nuit venue, quand Rose dormait et qu'elle-même ne pouvait fermer l'oeil, Louise se redressait, dos contre l'oreiller, afin de mieux regarder sa trouvaille. Sa gorge se serrait alors, son larynx remontait comme pour pleurer. Elle n'aurait su dire ce qui la traversait, la certitude de son amour et de l'adoration qu'elle recevait en retour, le sentiment de ne pas être à la hauteur, de n'avoir pas la force. Parfois, mais elle se serait pendue plutôt que de se l'avouer, Louise se demandait si ce n'était pas cela, cette crispation du coeur, cette inquiétude sans objet, à la fois légère et infiniment sombre, qui occupait l'esprit des mères au chevet de leurs enfants"

 

Ce coeur changeant, d'Agnès Desarthe

Editions de l'Olivier, 2015.

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Ce pays qui te ressemble, de Tobie NATHAN

Publié le par Alice

Ce pays qui te ressemble, de Tobie NATHAN

Quatrième de couverture

C'est dans le ghetto juif du Caire que naît, contre toute attente, d'une jeune mère flamboyante et d'un père aveugle, Zohar l'insoumis. Et voici que sa sœur de lait, Masreya, issue de la fange du Delta, danseuse aux ruses d'enchanteresse, le conduit aux portes du pouvoir. Voici aussi les mendiants et les orgueilleux, les filous et les commères de la ruelle, les pauvres et les nantis, petit peuple qui va roulant, criant, se révoltant, espérant et souffrant.

Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l'Egypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l'apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivé au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l'Egypte sousla poussée des Frères Musulmans, première éruption d'un volcan qui n'en finit par de rugir... C'est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d'Hollywood. La naissance d'un monde moderne, pris entre dieux et diables.

 

Parler de ce livre n'est pas évident. En effet, le raconter c'est inévitablement se sentir dans l'incapacité de décrire, de transmettre la magie des pages.

Le récit s'apparente à un conte tant que l'instabilité (relative si l'on évoque l'absence de démocratie) et le climat religieux égyptien le permettent. Il est question de rites, beaucoup de croyances et de formules incantatoires et magiques qui permettent au personnages d'exister, de survivre ou tout simplement d'aimer.

Ce n'est pas un livre ordinaire tant je me suis sentie envoûtée par le bon premier tiers du roman, et puis, progressivement, mon intérêt s'est essoufflé, j'ai trouvé que les personnages étaient moins faciles à cerner, leurs motivations plus obscures, le lyrisme de l'écriture m'a comme lassée.

J'avais le sentiment qu'il me manquait des clés pour bien appréhender la totalité de l'intrigue, et puis, j'ai retrouvé l'intérêt pour les personnages dans les dernières pages, émue et un peu bouleversée par ce retour à la réalité, par l'intrusion violente même, de la réalité.

Ce roman m'a transportée. Si vous aimez l'Egypte, je pense que vous retrouverez la magie qui semble inhérente au pays...

"Alors que Khadouja dirigeait Mahmoud et sa carriole à travers les ruelles de Bab el Zouweila, Esther contemplait le ciel. Le soleil brillait comme la veille ; il brillait comme il brille toujours en Egypte, puissant et si proche. La ville s'éveillait, pleine de force et de bruits. Le monde était indifférent à sa douleur. Ni la terre ni le ciel ne nous adressent de signe lorsque la détresse nous assaille, pensa Esther. Celui qui ne part pas à la recherche des messages, cela-là mourra dans la rue, seul, comme un chien."

 

"Ô Zohar, dont le nom résonne comme un mystère, toi qui n'es jamais où l'on t'attend ; toi qui recherches les gens là où ils ne sont pas... Ô Masreya, fille de terre et de force ; toi dont le destin est ouvert, pour as-tu regardé en arrière? Pourquoi avoir ajouté les sens à votre passion? Ne vous suffirait-il pas d'être unis comme des siamois, vous qui n'avez qu'une seule âme pour vous deux...? Il était neuf comme une tige de blé, haute et fière, érigée ; elle était déjà ouverte, mais à peine, seulement entrouverte... Ces instants de la nuit s'inscrivirent pour chacun en une éternité qui allait s'égrener chaque jour de leur vie."

Ce pays qui te ressemble, Tobie NATHAN

Editions Stock, 2015.

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NOIRE la vie méconnue de Claudette Colvin, de Tania de MONTAIGNE

Publié le par Alice

Quatrième de couverture

"Prenez une profonde inspiration, soufflez, et suivez ma voix, désormais, vous êtes noir, un noir de l'Alabama dans les années cinquante. Vous voici en Alabama, capitale: Montgomery. Regardez vous, votre corps change, vous êtes dans la peau et l'âme de Claudette Colvin, jeune fille de quinze ans sans histoire. Depuis toujours, vous savez qu’être noir ne donne aucun droit mais beaucoup de devoirs…"
Seulement, le 2 mars 1955, dans le bus de 14h30, Claudette Colvin refuse de céder son siège à un passager blanc. Malgré les menaces, elle reste assise. Jetée en prison, elle décide de plaider non coupable et d'attaquer la ville. Avant elle, personne n'avait osé et ce jour marque le début d'un itinéraire qui mènera Claudette Colvin de la lutte à l’oubli.
Noire est l'histoire de cette héroïne de quinze ans, toujours vivante, et presque méconnue. Noire est le portrait d'une ville légendaire, où se croisent Martin Luther King, pasteur de vingt-six ans et Rosa Parks, couturière de quarante ans, pas encore Mère du mouvement des droits civiques. Noire est le récit d'un combat qui dure encore contre la violence raciste et l'arbitraire.

NOIRE la vie méconnue de Claudette Colvin, de Tania de MONTAIGNE

Difficile de se mettre à la place de celui ou celle qui est caractérisé (et discriminé, exclu, rejeté) par sa couleur de peau. D'autant plus, s'imagine-t-on lorsque l'on vit en 2015 et que l'on est blonde aux yeux bleus.

Pourtant c'est ce que propose ce livre dès le premier chapitre, en imposant au lecteur cet effort d'empathie, en lui enjoignant de se mettre dans la peau d'un noir américain des années 50.

 

Tania de Montaigne, par le biais de ce récit, vient démystifier l'histoire et rendre aux personnages secondaires de la Grande Histoire, le rôle qui leur est dû. C'est tout particulièrement Claudette Colvin (dont le nom fut même mal retenu à travers les années) qui est réhabilitée dans la lutte contre la ségrégation.

C'est assez édifiant, même si au fond, on sait bien que pour servir la cause, n'importe quelle cause, certains, aux histoires peu médiatiques, seront laissés dans l'ombre, au profit de personnages plus neutres, plus "lumineux". En l'occurrence il s'agira ici de la très célèbre Rosa Park qui, pourtant, marchera dans les pas de cette Claudette, malmenée par la vie avant et après avoir été jugée pour ne ne pas avoir cédé sa place - non plus - à un blanc.

Ce livre est juste car il milite activement pour une forme d'égalité, face aux traces laissées par l'Histoire, mais aussi dans le présent, en rappelant les tragiques faits d'actualité dont les noirs ont été injustement et incompréhensiblement victimes (aux Etats-Unis, en France aussi avec l'insulte faite à Madame Taubira), mais en invitant le lecteur à regarder ces dizaines de millions de couples mixtes, comme autant de preuves que tout cela reste marginal et le deviendra plus encore au fil des années.

 

 

"Mais poursuivons, suivez votre serviteur, suivez-moi, car désormais, vous êtes noir. Etre noir, contrairement à ce que l'on imagine, ça n'est pas une question de peau, c'est une question de regard, de ressenti. Ca vient de l'extérieur d'abord, de l'autre, puis le problème d'infiltre, comme une inondation sournoise, ça perce la cuirasse goutte à goutte, ça effrite par imprégnation. Il fut un temps où je n'étais pas noire. C'était avant la collision, avant l'école maternelle. Il fut un temps où j'étais simplement une petite fille de pas encore trois ans."  Page 22

 

"Lorsque j'ai voulu vous parler, vous voir peut-être, vous m'avez fait répondre que vous ne souhaitiez plus être dérangée, que tout avait été dit, et jusqu'à présent, vous comptiez retourner dans le silence qui vous avaIt toujours accompagnée. Vous souhaitiez redevenir une de ces silhouettes qui parcourent les rues, sans éclat, sans susciter rien d 'autre que l'indifférence, désireuse de ne pas être à nouveau maltraitée par l'Histoire". Page 161

NOIRE la vie méconnue de Claudette COLVIN, de Tania de Montaigne.

Editions Grasset

2015.

Publié dans Document

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Nous serons des héros, de Brigitte GIRAUD

Publié le par Alice

Nous serons des héros, de Brigitte GIRAUD

Quatrième de couverture

"Les nuits où je ne dormais pas, j'ouvrais le velux et je m'installais sur le toit, j'étais le seul dans la cité à jouir de ce privilège, passer la nuit à la belle étoile, dans le plus grand secret. Le ciel était-il le même ici qu'au Portugal, les constellations étaient-elles visibles depuis la lucarne de la prison de Peniche où mon père avait été enfermé ?"

En ce début des années soixante-dix, Olivio et sa mère viennent de fuir la dictature portugaise. Ils s'installent dans une banlieue lyonnaise et emménagent bientôt chez Max, un rapatrié d'Algérien avec qui ils espèrent un nouveau départ. Alors que max accepte mal l'adolescent, Olivio se lie à Ahmed, un immigré algérien de son âge, auprès de qui il trouve tendresse et réconfort.

 

Ce roman est celui de la nostalgie, mais aussi de l'enfance perdue à jamais. Olivio quitte le Portugal alors qu'il vient d'avoir 8 ans, ce départ est politiquement lié à la mort de son père, enlevé par les hommes de la Pide.

La découverte d'un nouveau pays, d'une autre langue, culture, d'un climat plus hostile... et cet exil avec sa mère, ainsi qu'avec Oceano, ce chaton recueilli un jour de tempête, font de l'enfant un être sensible et secret.

Dans ce roman, beaucoup de thèmes sous-tendent à l'histoire d'Olivio : l'amitié, la naissance du désir, la famille recomposée, les exilés de la dictature portugaise... C'est une belle histoire dont la fin m'a laissé assez perplexe, comme si finalement, je ne sais pas vraiment ce que je croyais trouver, comme si l'intrigue ne m'avait pas suffisamment laissée passionnée pour que les dernières pages offrent une concrétisation, à moins que finalement ma frustration soit dûe au fait que j'aurais voulu voir grandir un peu plus Olivio.

C'est un roman dont j'aurais aimé que les personnages secondaires soient plus aboutis, peut-etre pour mieux anticiper ce qui pourrait se passer après, une fois que les pages se seront définitvement refermées...

Nous serons des héros, de Brigitte GIRAUD

Editions Stock, 2015

 

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Saphira, sa fille et l'esclave, de Willa CARTHER

Publié le par Alice

Saphira, sa fille et l'esclave, de Willa CARTHER

Quatrième de couverture Chez les Colbert, un choeur de femmes mène la danse. Saphira, la mère, s'accroche de toutes ses forces aux traditions esclavagistes. Rachel, la fille, a embrassé les idées progressistes de son père : elle tente de sortir Nancy, jeune métisse au service de la famille, de sa condition. Le destin de Nancy cristallise tous les paradoxes de la guerre de Sécession, mettant à nu l'empreinte indélébile de cette part douloureuse de l'Histoire.

 

Par le biais d'une histoire  familiale, c'est l'histoire de l'Amérique et son rapport à l'eclavagisme qui est mis en lumière. 

Saphira se marie avec un homme, un meunier, de condition inférieure. Lorsqu'elle déménage, plus au Nord, pour s'installer avec lui, elle emmène dans ses bagages sa famille d'esclaves. De maîtresse bienveillante, elle devient progressivement beaucoup moins clémente lorsque des bruits courent concernant la jeune et jolie Nancy, qu'elle a tant appréciée. Sa douceur ne serait pas indifférente à M.Colbert, le maître.

Pourtant, la bienveillance de celui-ci est certainement davantage le fait de ses idées progressistes et humaines qu'à sa lubricité. Lui et sa fille, Rachel, illustrent cette Amérique nouvelle qui ne conçoit plus l'esclavagisme comme une normalité.

Tout bascule lorsque le jeune neveu de M. et Mme Colbert, Martin, se montre insistant auprès de Nancy, sous l'oeil consentant de la maîtresse de maison. La pauvre jeune femme souffre de cette situation, cherchant de l'aide, feintant pour éviter les pièges grossiers de Martin. Et puis, la seule issue qui s'impose est la fuite, vers le Nord, le Canada, pour vivre une vie meilleure où déjà l'esclavagisme est de l'histoire passée.

Le roman illustre parfaitement le glissement vers laquelle l'Amérique bascule : la considération humaine apportée (enfin) aux esclaves. Par le biais du portrait de Jézabel, la grand-mère de Nancy qui se meurt, Willa Cather démontre également que ces portraits de maîtres et maîtresses ne sont pas aussi manichéens, que des liens se tissent, des liens que l'on pourrait presque qualifier de familiaux.

Saphira, sa fille et l'esclave se lit sur plusieurs niveaux, au-delà de la petite histoire, c'est la grande histoire qui agit sur les actes et pensées des personnages.

 

"Un sentiment etouffé depuis longtemps venait de s'embraser violemment en elle - de se muer en conviction. Jamais elle n'avait entendu dire cette chose auparavant, jamais ainsi mise en mots. C'était de posséder qui était mal, la relation que cela impliquait ; peu importait ce qu'elle pouvait avoir de commode ou d'agréable pour le maître et pour le serviteur. Elle l'avait toujours su. C'était là ce qui la rendait malheureuse chez elle, ce qui faisait obstacle entre elle et sa mère. Comme elle détestait le ton sarcastique que prenait cette dernière pour réprimander les domestiques! Et elle n'en détestait pas moins ses accents de dédaigneuse clémence."

Publié dans Roman

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La maladroite, d'Alexandre SEURAT

Publié le par Alice

La maladroite, d'Alexandre SEURAT

Quatrième de couverture : Inspiré par un fait divers récent, le meurtre d'une enfant de huit ans par ses parents, La maladroite recompose par la fiction les monologues des témoins impuissants de son martyre, membres de la famille, enseignants, médecins, services sociaux, gendarmes? Un premier roman d'une lecture bouleversante, interrogeant les responsabilités de chacun dans ces tragédies de la maltraitance.

Ce roman de la rentrée, je le redoutais, parce que dès qu'il s'agit de maltraitance, d'enfance, je n'ai aucun recul et cela me bouleverse tant que j'en perds tout esprit critique. Or, point de larmes, point de misérabilisme dans ce récit dénué de toute émotion.

En effet, on le lit d'une traite, parce que finalement, au cours de ces pages, ce n'est qu'un énoncé de constats, un "roman chorale" sans roman, où les avis et aveux d'échecs se succèdent, qu'ils soient professionnels ou personnels.

C'est pathétique mais sans pathos, aucun lyrisme, la grand-mère n'a pas de prénom, chaque voix est définie par son lien avec la Maladroite, cette Diana (au prénom à la destinée tragique mais qui n'aura pas connu l'adulation de celle, si célèbre).

Mauvais départ? reproduction d'un triste schéma familial? on ne peut pas dire que le destin lui avait distribué les bonnes cartes. Des histoires qui débutent comme la sienne, malheureusement, il y en a des tas. Heureusement qu'elles se terminent toutes moins tragiquement.

Alors pourquoi ce roman ? pour dénoncer l'incurie des services sociaux ou judiciaires? les dysfonctionnements entre les différentes services administratifs? C'est en effet l'incompétence de leur coordination qui est largement mise en avant entre les lignes. Chacun a fait comme il pouvait, je n'ose imaginer la culpabilité de ceux qui ont pressenti, mais qui se sont sentis impuissants face à la rigidité et à la lenteur du système. 

En effet, il ne faut pas oublier, oui, il en va de la responsabilité collective d'être vigilant à ce que cela ne se reproduise pas. Toutefois, cela ne fait pas de La Maladroite un beau roman, un texte bien écrit et sensible. C'est froid, sans analyse, à la manière des minutes d'un procès, où le greffier prendrait note de tous les témoignages des proches. On n'y cherchera pas l'émotion mais le souci d'authencité, et, très honnêtement, ce n'est pas ce qui en fait la valeur d'une oeuvre littéraire selon moi.

 

"Avec elle, les mots paraissaient pris d'un tremblement, soit qu'elle se trompe sur leur sens, soit que ce soient les mots eux-mêmes qui ne convenaient pas à ce qu'elle voulait dire ou ne voulait pas dire. Et là-dessus, je ne parvenais pas à me faire une idée, je me sentais mal à l'aise, et j'avais l'impression que pour moi aussi les mots tremblaient maintenant, je ne savais plus lesquels utiliser."

 

http://rentreelitteraire.delivrer-des-livres.fr/2015/07/07/lancement-challenge-1-rentree-litteraire-2015/#comment-314

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