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Et devant moi, le monde de Joyce MAYNARD

Publié le par Alice

Et devant moi, le monde de Joyce MAYNARD

J'ai déjà chroniqué deux romans de Joyce Maynard sur ce blog, Prête à tout et L'homme de la montagne. J'ai lu aussi récemment Baby love, et je suis devenue au fil du temps une inconditionnelle de cette auteure.

 

Et devant moi, le monde est une autobiographie. Le prétexte, ou ce que la presse en a souvent retenu, c'est sa relation avec J.D Salinger alors qu'elle n'était qu'une toute jeune femme et lui un homme déjà mûr.

Joyce Maynard n'a jamais été une enfant "normale" : élevée par des parents artistes, universitaires dans une vie bohème et exigeante intellectuellement. Pourtant la jeune femme qu'elle devient est rongée par le manque de confiance en elle, l'anorexie, et en même temps, la reconnaissance de ses talents littéraires est très précoce.

Elle se trouve sur le devant de la scène littéraire, grâce à une publication et une Une dans le New York Times Magazine où son article est censé être la voix d'une génération, elle qui vit pourtant à l'écart des fêtes et amitiés étudiantes, qui n'a pas de vie sentimentale ni sexuelle...

Une identité tellement fragile, avec ce père alcoolique dont elle ne parlera jamais, même avec sa mère, et pourtant une telle force dans la création. Tel est le paradoxe de l'auteure, qui se laisse aspirer par les névroses alimentaires, médicales ou encore sociales de Salinger, tyrannique concernant ses publications et le contenu de ses oeuvres.

Rejetée du jour au lendemain, Joyce Maynard mettra des années à se libérer du joug intellectuel que cette relation a imposé, malgré un mariage rapide avec celui qui va devenir son mari, donnant naissance à sa fille aînée tout aussi vite.

L'écriture et les contrats accumulés comme moyens de régler les factures, la publication de ses romans semble davantage répondre à des nécessités financières, c'est avant tout une femme qui se livre dans ce récit, plus qu'un écrivain : Un peu fantasque, excessivement brillante, mère aimante, c'est une personne complexe et fragile qui a intimement lié l'écriture à sa vie (j'aurais aimé lire une de ses chroniques si personnelles en tant que femme/mère dans un quotidien). Ses lectrices devenant elles-mêmes des amies, s'insurgeant ou la félicitant lorsqu'elle annonce qu'elle divorce et déménage.

Pas d'esprit de revanche ni de comptes à régler. Mais il est incontestable que cette autobiographe éclaire l'oeuvre romanesque de Joyce Maynard avec un autre angle, une émotion décuplée.

Quelquefois, j'ai en effet, tendance à oublier que les auteurs que je prends un plaisir infini à lire, sont aussi des êtres faits de chair et de sang, avec leurs émotions, leurs chagrins, et qu'au-delà de cet infini talent, il y a une vie, dont les histoires qui l'ont façonnée sont à la mesure de celles romancées.

 

L'histoire se termine ainsi, brutalement.

Un jour Jerry Salinger est le seul homme existant dans mon univers. Je m'en remets à lui pour me dire quoi écrire, quoi penser, quoi porter, quoi lire, quoi manger. Il me dit qui je suis, qui je devrais être. Et le jour suivant, il n'est plus là.

Il m'avait décrit le chemin qui mène à l'illumination. Il eût fallu posséder un genre de discipline et d'abnégation que je n'avais pas, une capacité à s'oublier soi-même et à renoncer aux plaisirs matériels. Sur ce chemin, j'avais en permanence trébuché, sans jamais douter pourtant que c'était le bon. Sans Jerry pour me guider, je me sens abandonnée, perdue, pas simplement seule physiquement, mais psychiquement bloquée. Toute ma vie j'ai su ce qu'était la sensation de solitude. Mais jamais à ce point.

-------------

Je pensais que je tomberais amoureuse, me marierais, aurais des bébés et vivrais heureuse à tout jamais. J'avais raison sur un point : avoir des enfants a été la plus belle expérience de ma vie. Seulement je ne savais pas que s'ils m'apportaient les plus grandes richesses qu soient, j'y gagnerais en prime le sentiment d'être dépourvue, à découvert et anéantie. Je ne savais pas que, souvent, je me retrouverais dans la cuisine, à serrer dans mes bras cet enfant qui m'était plus précieux que mon propre souffle et dont je n'arrivais pas à calmer les pleurs parce que je me sentais plus seule, plus isolée et plus paniquée que jamais...

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Le chagrin des vivants, d'Anna HOPE

Publié le par Alice

Le chagrin des vivants, d'Anna HOPE

Deux ans après la fin de la première guerre mondiale, les plaies laissées par les combats sont encore vives. Qu'elles soient morales ou physiques, personne n'est sorti indemne de cette barbarie.

L'histoire se déroule alors que le Soldat Inconnu est rapatrié de France, cinq jours avant la commémoration nationale qui célébrera son retour, rendant ainsi hommage à tous les disparus, que l'on connaisse leur nom ou pas.

Ces quelques jours cristallisent les souffrances et les deuils des personnages puisque ce récit est chorale, c'est-à-dire que plusieurs voix se croisent :

- celle, en italique, du narrateur qui suit le Soldat Inconnu

- celle d'Evelyn, une femme d'une trentaine d'années, qui a perdu l'homme qu'elle aimait à la guerre. D'une famille aisée, elle tente néanmoins de trouver un sens à sa vie en travaillant. Déchirée plutôt qu'aigrie, la disparition de Fraser a fait disparaitre toute l'innocence et la spontanéité de sa volonté de vivre.

- celle d'Hettie, une femme d'une vingtaine d'années qui travaille au Hammersmith Palais. Avec d'autres jeunes femmes, elle accompagne, pour six pences, des hommes célibataires le temps d'une danse. Issue d'une famille très modeste, elle donne une grande partie de son salaire à sa mère et à son frère revenu traumatisé de la guerre.

- et enfin la voix d'Ada, la mère d'un soldat mort au front qui n'accepte pas la disparition de son fils, n'ayant jamais eu un mot d'explication quant aux circonstances du décès, ne sachant où et comment faire le deuil, à tel point qu'elle pense régulièrement l'apercevoir.

Les souffrances de chacune de ces femmes sont le point de départ. Et pourtant les cinq jours que dure le récit vont être décisifs quant à leur compréhension/acceptation de la guerre et des vies balayées sur son chemin. Au début du roman, les deuils apparaissent comme impossibles. Pourtant , les renaissances vont vite s'avérer nécessaires et vont s'imposer, au rythme du pays lui-même avec l'arrivée symbolique du Soldat Inconnu. Il aura fallu voir, dire, arrêter de "faire comme si" pour qu'un nouveau départ puisse être possible.

C'est vraiment un très beau roman sur l'après-guerre, sur la place des hommes et des femmes dans la société au début du XX° : les mères, les très jeunes femmes qui ne rencontrent que des hommes cassés, physiquement ou moralement, pour construire leur vie, ou les femmes, plus mûres qui doivent se construire alors que leurs vies, leurs rêves d'avenir ont été fauchés.

L'écriture est belle, les personnages sensibles et émouvants.

Le chagrin des vivants est un premier roman assez éblouissant.

Courage.

Elle ne savait pas ce qu'elle en disait.

A présent, dans cette rue froide, elle prend conscience d'une chose. Que cette rencontre était ce qu'elle attendait, que quelqu'un partage sa vérité avec elle. Après quatre ans de guerre et encore deux ans d'anciens soldats, jour après jour, c'est ça qu'elle voulait. C'est ça qu'elle recherchait. La vérité de quelqu'un. Pas sa gaieté, ni sa bravoure, ni sa colère, ni ses mensonges. Et en quatre ans de guerre et deux ans de contrecoup, personne -ni Fraser, ni son frère - personne n'avait partagé sa vérité avec Elle.

Page 322

Vous verrez que j'ai ajouté une nouvelle catégorie pour évaluer mes préférences, en donnant une note sur 5, en plus de la catégorie "coup de coeur".

Publié dans 4-5, Roman, Premier roman

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Le jour où j'ai rencontré Caryl Férey, cet auteur de polars que j'aime tant

Publié le par Alice

Le jour où j'ai rencontré Caryl Férey, cet auteur de polars que j'aime tant
Le jour où j'ai rencontré Caryl Férey, cet auteur de polars que j'aime tant

Grâce à Babelio, ce site génial de partage de lectures et de lecteurs, j'ai reçu un exemplaire de Condor, de Caryl FEREY, en vue de préparer la rencontre prévue au sein des Editions Gallimard le mercredi 13 dernier.

Impossible pour moi de ne pas tenter de participer: j'ai aimé tout ce que j'ai lu de Caryl Férey (Utu, Zulu, Mapuche...), je suis fan de ses héros cassés, de ses histoires qui ne s’embarrassent pas d'une Happy End, des ancrages politiques et historiques qui permettent aux personnages d'évoluer au Chili, en Argentine ou encore en Afrique du Sud. J'ai découvert les desaparecidos, réappris l'humanité d'Allende, pris la mesure de l'apartheid et la violence, la corruption...

Les romans de Caryl Férey peuvent choquer, bouleverser, certaines scènes sont très violentes, elles remuent. On lit d'une traite, sans respirer. On n'ose quelquefois pas terminer un paragraphe, mais l'amour agit toujours comme une "goulée" nécessaire d'oxygène dans ces pays rongés par la violence, la drogue, l'argent.

Condor, ce dernier roman, prend place au Chili. Gabriela est une jeune étudiante vidéaste qui filme tout, sans cesse, grâce à un système ingénieux lui permettant de capturer les images depuis son sac à main. Ses vidéos témoignent de l'injustice sociale de son pays : dénonçant, par exemple, le coût exorbitant et prohibitif des études lors d'une manifestation lorsque le roman s'ouvre.

L'histoire débute vraiment quand le fils d'un de ses amis est retrouvé mort dans les bidonvilles de Santiago. Il porte des traces de poudre blanche sous le nez, lui qui n'est pas toxico. Gabriela, consciente que sa simple voix de citoyenne ne suffira pour éclaircir le mystère de cette mort, se rend chez un avocat, spécialiste des causes perdues. Esteban, personnage exubérant, farfelu et complètement cassé et désillusionné, est le fils d'une famille fortunée, en lutte contre son éducation et contre les valeurs transmises.

La scène inaugurale placée, les protagonistes sont à présent libres d'évoluer, ils ont tous une valeur, qu'elle soit positive ou négative : la police corrompue, Edward, l'associé d'Esteban, dont les parents ont été torturés par la DINA, police secrète de Pinochet, Gabriela et la communauté Mapuche considérée comme terroriste, le mysticisme représenté par sa tante machi, les gamins des bidonvilles, livrés à eux-mêmes, à la drogue comme à la violence, Stephano militant et opposant à Pinochet, en fuite durant des années...

Ce roman est très dense, excessivement documenté et réaliste, Caryl Férey d'ailleurs, lors de la rencontre, nous a précisé que tout ce qu'il avait écrit était vrai (les quartiers, la police, les figures opolitiques...), les noms ont été modifiés quelquefois, mais l'ancrage dans le réel n'est pas fictif malgré le caractère romancé de l'ouvrage. Il y a un message politique dont il ne se cache pas : le seul espoir du Chili, c'est la jeunesse, à qui il a souhaité donner la parole, tout autant qu'aux opprimés, aux autochtones qui ne trouvent plus leur place dans leur propre pays

Caryl Férey est un auteur drôle et pétulant. Le personnage d'Esteban d'ailleurs n'est pas sans rappeler l'auteur : celui-ci écrit aussi, (un passage de son poème est inséré dans le roman), comme une mise en abyme du récit (partie qui m'a d'ailleurs le moins convaincue)

4 ans d'enquête, de voyages et de rencontres ont permis à cette petite semaine (tel est le temps du récit) de faire naitre des personnages, comme autant de figures de lutte et de résistance contre l'oppression, la dictature, qu'elle soit financière ou politique.

Donc?

J'ai adoré cette rencontre au sein des Editions Gallimard, ces cadres aux photos d'auteurs édités dont j'admire l'écriture ou que j'apprécie toujours de lire. Je me suis sentie soulagée par le caractère décontracté de la rencontre, des échanges avec l'auteur très accessible. Je garde comme un trésor cette drôle de dédicace.

En revanche, et pour tout vous avouer, Condor n'est pas le roman de Caryl Férey que je préfère. Il y a quelques longueurs, la digression "poétique" d'Esteban ne m'a pas convaincue. Et puis, il y a un cycle asez négatif où, finalement, la chute de l'histoire ressemble au début, les personnages ayant "juste" perdu leurs idéaux et leurs rêves. Là où l'auteur y voit un message d'espoir (en avant la jeunesse !), j'y vois beaucoup de pessimisme...

Son prochain roman évoquera le monde marin, les migrants, en passant de la Bretagne par la Grèce. Une parution que je vais guetter avec impatience !

Le jour où j'ai rencontré Caryl Férey, cet auteur de polars que j'aime tant
Le jour où j'ai rencontré Caryl Férey, cet auteur de polars que j'aime tant
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Territoires, le polar réaliste et engagé d'Olivier NOREK

Publié le par Alice

Territoires, le polar réaliste et engagé d'Olivier NOREK

Résumé éditeur

Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste, le calme semble être revenu au SDPJ 93. Son équipe, de plus en plus soudée, n'aura cependant pas le temps d'en profiter. L'exécution sommaire, en une semaine, des trois jeunes caïds locaux de la drogue va tous les entraîner dans une guerre aussi violente qu'incompréhensible. Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un ado de 13 ans chef de bande psychopathe, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire torturé, retrouvé mort dans son appartement, la fille d'un élu qui se fait tirer dessus à la sortie de l'école... Coste va avoir affaire à une armée de voyous sans pitié : tous hors la loi, tous coupables, sans doute, de fomenter une véritable révolution. Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ? Avec son deuxième polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames – forcément humains – où seul l'humour des " flics " permet de reprendre son souffle. Un imbroglio de stratégies criminelles, loin d'être aussi fictives que l'on croit, dans un monde opaque où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

 

Après Code 93, Olivier NOREK plante le même décor de banlieue, les mêmes flics, dirigés par Coste, pour une enquête politico-sociale.

Des trafics entre les immeubles qui garantissent à Madame le Maire une relative paix sociale à coups de logements HLM, de vacances en bord de mer et d'assistants repris de justice, anciens caïds, à même de mater les insurrections naissantes.

Pas de faits divers tranquilles : de la violence à l'état brute, gratuite. Des gosses qui torturent à tour de bras, des vieux qui deviennent "nourrices", l'Etat coupable et victime.

Et pourtant, il y a une humanité folle chez ces policiers qui tentent de ne pas oublier de vivre, d'aimer, construire leur vie.

La ville est viciée, corrompue, des plus faibles aux plus forts. Personne n'espère, la survie est la règle. Et pourtant c'est notre monde, celui qui redoute les émeutes des banlieues, fragilisé par le traumatisme des émeutes des banlieues, réelles, elles.

 

 

- Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi depuis une dizaine d'années les émeutes ne durent jamais plus de quatre jours? Et pourquoi ces émeutes ne quittent jamais la commune d'où elles surgissent?

- Je n'en ai aucune idée.

- Rappelez-vous Clichy-sous-Bois. Vingt et une nuits d'affrontements répandus sur différentes villes et presque tout le territoire. Un état d'urgence décrété et une addition de plusieurs centaines de millions d'euros. Le gouvernement a vite compris que pour faire des économies, il fallait tuer ces soulèvements dans l'oeuf. Et tout spécialement ceux du 93.

- Pourquoi la Seine-Saint-Denis aurait-elle un traitement de faveur?

- Parce que nous sommes le paillasson de Paris. Toute la politique est centrée dans la capitale et quand ça brûle en banlieue, l'odeur arrive jusque sous leur fenêtre. Nous sommes trop proches du coeur pour qu'ils acceptent que la situation s'envenime. Regardez comme on laisse Marseille et la Corse à la dérive. Juste parce qu'ils sont si loin du centre qu'ils sont considérés comme presque indigènes. Et encore, c'est la métropole. Dans toutes les Antilles, les mouvements sociaux ont été ignorés et ont dégénéré mais depuis, rien n'a réellement changé. Vous savez que, cette année, il y a eu deux fois plus de règlements de comptes en Guadeloupe que dans les Bouches-du-Rhône? Et pourtant, le battage médiatique s'est cantonné à Marseille. Je vous assure que plus on se rapproche géographiquement de l'Elysée, moins on a de chances d'être oubliés. Le gouvernement n'autorisera pas son voisin du 93 à s'enliser dans une insurrection.

 

Territoires, d'Olivier NOREK

Editions Pocket, 2015.

 

Publié dans Polar, Thriller, Coup de coeur

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Renouer avec la littérature classique : La part des flammes de Gaelle NOHANT

Publié le par Alice

Renouer avec la littérature classique : La part des flammes de Gaelle NOHANT

Résumé éditeur

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon.

Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles.

Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du xixe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité.

 

Ce roman réunit décidément tous les ingrédients pour renouer avec le plaisir de la littérature classique du XIX° : crinolines et passions amoureuses étouffées, convenances sociales, poids des conventions, des religions, l'art du paraître et des mondanités qui font les réputations comme ils brisent des destinées.

J'ai terriblement aimé retrouver ces nobles ou vils sentiments, ce Paris des bas-fonds et celui des beaux quartiers. 

Le roman dresse un portrait réaliste de la France du XIX°, l'immersion est plaisante car l'oeil contemporain de l'auteure permet de lever les subtilités de l'éducation des jeunes femmes, de ses écueils et des souffrances qu'elle engendre.

La langue est belle; le récit romanesque est rythmé, riche de grands sentiments, de passions.

" Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu'on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l'irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables ; à percevoir au-delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s'échappait d'eux à leur insu et découvrait  des petits morceaux d'âme à ceux qui savaient les voir. Mais la lecture avait aussi précipité sa chute. Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d'une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s'en rendre compte, on avait un pied dansant à l'extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. La terre était pleine de créatures saturées d'elles-mêmes qui prenaient plaisir à vous foudroyer pour les fautes qu'elles s'interdisaient, les libertés qu'elles prenaient dans l'ombre, les extases qui venaient mourir près d'elles sans qu'elles se soient permis d'y goûter. Châtier était le tonique qui ranimait leur coeur exsangue."

La part des flammes, de Gaëlle NOHANT

Editions Héloïse D'Ormesson, 2015.

Publié dans Roman, Coup de coeur

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Lisa Gardner ou ces livres de 24 heures

Publié le par Alice

Lisa Gardner ou ces livres de 24 heures

Résumé éditeur :

Tess croyait avoir trouvé le mari idéal en la personne de Jim Beckett, un policier jouissant d'une excellente réputation dans la petite ville de Williamstown, Massachusetts.
Mais deux ans après le mariage, elle découvre l'horreur : son époux a assassiné, dans des circonstances effroyables, plusieurs femmes. Tess n'a d'autre choix que de le dénoncer à la justice.
En attendant d'être jugé, Jim est placé dans un quartier de haute sécurité. Le jour où, tuant deux gardiens, il parvient à s'évader, il n'a plus qu'une idée en tête : retrouver celle qui l'a trahi.
Et lui rappeler qu'ils sont unis, quoi qu'il arrive, jusqu'à ce que la mort les sépare...

 

Tess, est l'enfant unique d'un couple dont l'homme est violent. Sous le regard et les attentions de Jim Beckett, policier reconnu, elle se sent enfin protégée. Il l'épouse, et lui promet d'être lié à elle "jusqu'à ce que la mort les sépare".

Sauf que Jim s'avère être un homme manipulateur, tyrannique et surtout un tueur en série particulièrement sanguinaire...

Quand l'histoire débute, Tess tente de convaincre un ancien mercenaire, J.T, de lui apprendre les rudiments de l'auto-défense. En effet, la police a échoué dans sa mission de protection et son ex-mari, qui s'est enfui du centre pénitentiaire de haute sécurité, n'a qu'une idée en tête : se venger et la tuer.

J.T. est un homme rongé par le passé, par le poids d'un père autoritaire et violent, un père qui a détruit psychologiquement ses deux enfants, son fils, et sa fille Marion.

Evidemment, quand deux enfants cassés se rencontrent... Entre la peur d'aimer et le besoin de se sentir en sécurité... les deux personnages s'attirent comme des aimants mais Jim, qui connait toutes les ficelles de la police, use de stratagèmes pour repérer sa proie, Tess, et mettre son plan à exécution.

C'est un roman de 48 heures car quand on commence la lecture, on doit la finir dans la foulée. Même si ce n'est pas si crédible, même si les ficelles sont grosses, même si, même si...

Lisa Gardner est un de ces auteurs dont il faut toujours avoir un titre dans sa bibliothèque, vous ne serez jamais vraiment déçus en ouvrant un de ses livres, et moins encore en le refermant. Vous aurez "juste" passé 48 heures dans une vie qui n'est pas la vôtre, à vous rongez les sangs pour savoir si les héros sortiront indemnes des pages.

Jusqu'à ce que la mort nous sépare, de Lisa GARDNER

Editions Archi poche, novembre 2015

(Le samedi il y a RV lecture ici)

Publié dans Polar, Thriller

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Lettre à Hervé, d'Eric SAGAN

Publié le par Alice

Lettre à Hervé, d'Eric SAGAN

Quatrième de couverture

Il y a 24 ans, tout a commencé par un cahier qu'Hervé n'aurait jamais du voir. Puis, il y a eu cette lettre. 24 ans après l'avoir écrite, 24 ans après avoir osé la donner à son destinataire, voici que la vie la renvoie à l'expéditeur, brute, touchante et drôle. 

Pour parler de ce livre, il faut raconter l'histoire du livre lui-même. 

Il était une fois un garçon d'une vingtaine d'années. Qui tombe amoureux d'un mec. D'un mec hétéro. Rien de très original. 

Mais ce garçon se met en tête d'écrire une lettre. Dans cette lettre, il va raconter sa vie, son enfance, ses peurs, ses péripéties d'enfant normal, ou presque, péripéties touchantes, souvent drôles, parfois choquantes, toujours humaines. 

Cette lettre il la donne à Hervé. Et il la donnera également plus tard à ses parents, en se rendant compte qu'il n'avait jamais rien écrit de mieux pour expliquer qu'il était différent. Des années passent. Il reçoit alors l'appel d'un inconnu : le psychologue de son père. Il apprend que son père s'était lui aussi servi de cette fameuse lettre, pour parler de son fils sur le divan. Pourquoi ce psy avait-il appelé ? Pour demander l'autorisation de faire lire cette lettre à un autre patient, dont le fils était gay, lui aussi. Pour l'aider à accepter son fils. 

Cette histoire, vraie, et d’autres événements de la vie, allaient finir par convaincre l'auteur de publier cette lettre, sous forme de fiction, en préservant l'authenticité de l'original. 

Voici donc "Lettre à Hervé".

 

 

Sans la quatrième de couverture, je pense que je n'aurais pas compris, non pas la lettre, mais dans quel but elle a été rédigée.
Eric Sagan publie d
onc à posteriori cette lettre écrite 24 ans plus tôt à Hervé, un homme dont il était amoureux, puis celle-ci s'est transmise pour expliquer l'homosexualité, la raconter et surtout afin que l'"Autre" comprenne mieux les sentiments en jeu, la difficulté de se faire accepter comme tel.

Sauf que.... le sujet de cette lettre pour l'essentiel, ce sont les souvenirs d'enfance d'un garçon sensible, d'une intelligence certainement au-dessus de la moyenne, se passionnant pour les ordinateurs avec lesquels il lui semble certainement plus facile d'établir le contact qu'avec les jeunes de son âge.

Une enfance assez ordinaire : un père rigide et distant mais aimant, une mère assez soumise, un frère avec lequel il n'a que peu d'atomes crochus (mais dont on se connaîtra pas l'évolution de la relation malgré une phrase qui laisse anticiper que cela sera différent).

Donc cette lettre date d'une vingtaine d'années. Après, ce qu'est devenu Eric, la manière dont son adolescence et ses premières expériences ont influencé sa vie d'adulte, nous ne le saurons pas. A dire vrai, je n'ai pas saisi en quoi sa jeunesse était marquée par la différence liée à son homosexualité. Les filles ne l'intéressent pas (il les estime superficielles), et ne trouvent pas grâce à ses yeux, l'éveil à la sensualité et sexualité est tardif. 

Après avoir ressenti son premier coup de foudre, le récit est touchant et poignant, ces sentiments non dits, ce désir tu car non partagé. Mais finalement ne s'agit-il pas que d'amour? en quoi le fait qu'ils soient dirigés vers des personnes du même sexe les rend différents?

Il n'est pas question de honte, de discrimination mais juste d'amour. C'est peut-être cela alors le message que l'auteur de la lettre fait passer et que d'autres (son père notamment) a besoin d'entendre? Quel que soit le sexe de la personne, l'amour reste l'amour.

Et après? on ne saura pas vraiment qui est cet Hervé, l'auteur a connu plusieurs histoires, avant que les hommes desquels il était amoureux le quittent pour des femmes. Le texte m'aurait semble plus abouti s'il était prolongé par une suite, par un lien quelconque avec la publication de la lettre. 

Je ne pense pas que ce récit soit universel mais s'il a pu aider des parents à comprendre, et à accepter l'homosexualité, la "différence" de leur enfant, c'est déjà énorme.

Lettre à Hervé, 24 ans, la lettre de ma vie, d'Eric SAGAN

Edité par l'auteur, février 2016

 

 

Merci à Babelio et Masse critique pour la découverte.

tous les livres sur Babelio.com

(Psss et sinon le samedi, si vous lisez, ça se passe ici)

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Le lac, la suite réussie de Vogonzero

Publié le par Alice

Le lac, la suite réussie de Vogonzero

J'avais achevé la lecture de Vogonzero, totalement emballée. C'était celui-ci que j'avais placé tout en haut du podium du Prix des lectrices Elle 2015.

On retrouve les personnages en exil, fuyant le virus meurtrier qui semble avoir décimé la totalité des habitants de la Russie. Nombreux dans un abri de fortune, ils vont devoir apprendre à gérer la faim, le froid, la promiscuité et les vains espoirs.

Ils sont onze, ne se sont pas choisis ; Anna cohabite toujours avec l'ex-femme de Sergueï et leur jeune enfant. Jeunes, vieux, personnalités violentes ou égoïstes, le huis clos subi exacerbe les tensions.

Contraints d'apprendre à pêcher dans ce lac gelé, le Vongozero, les maigres denrées apportées de la ville s'épuiseront vite. Il faudra alors composer / négocier avec ces trois "voisins" venus de nulle part, affronter encore une fois la mort.

L'héroïne, Anna, représente à elle seule la souffrance physique mais surtout mentale du groupe puisque c'est elle la narratrice qui incarne le glissement de la vie vers l'instinct de survie. Ce qui se joue entre les personnages est également passionnant, tous évoluent, on perçoit mieux, à mots couverts, ce qui les relie et ce qui les a fait, un jour, se trouver.

La force de l'intrigue, c'est aussi d'imaginer ce que représente cette vie où toute issue heureuse paraît impossible : la Finlande, à deux pas d'eux, n'acceptera jamais d'accueillir ces rescapés. Le virus, dont les personnages ne savent rien, et surtout pas le mode de transmission, l'absence de carburant pour alimenter les voitures dont les batteries sont mortes, l'hostilité de la nature et des éléments, la faim et ces enfants qu'il faut nourrir, et surtout ce sentiment, après avoir traversé la Russie dévastée, d'être peut-être les seuls survivants...

Deux romans atypiques qu'il faut absolument lire (et dans l'ordre !)

 

 

 

 

Vongozero et Le lac, de Yana VAGNER

Mirobole Edition

Publié dans Thriller

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Devenir Juré du Livre Inter, c'est maintenant !

Publié le par Alice

Lauréat du Prix du Livre Inter 2015

Lauréat du Prix du Livre Inter 2015

Plus que quelques jours pour déposer sa candidature pour devenir Juré du Livre Inter !

Suivez ce lien : http://www.franceinter.fr/livreinter

Moi, j'ai tenté ma chance, peu sûre de moi quant à l'écriture de la lettre, mais certaine de ma motivation : Agnès DESARTHE en est cette année Présidente.

Alors, à vous de jouer !

J'avais chroniqué Jacob Jacob ici.

Publié dans Devenir Juré

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Les lisières, d'Olivier ADAM

Publié le par Alice

Les lisières, d'Olivier ADAM

Quatrième de couverture

Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper de ses parents "pour une fois", son père ouvrir qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place.

 

Difficile de parler de ce roman que j'ai tant aimé et qui m'a tant émue.

Paul est un écrivain à succès qui se bat depuis des années avec sa Maladie (entendez, une dépression) qui le ronge, qui l'a fait jeûner des mois durant étant adolescent, et dont il subit encore les conséquences aujourd'hui, la quarantaine passée.

Sa femme, bien ancrée dans le "vivant" puisqu'infirmière, lui reproche sa distance, son incapacité à vivre sereinement et simplement. Elle lui impose donc la séparation. Au moment où le roman s'ouvre, il vit dans un petit appartement, dans cette ville du bord de mer, à quelques centaine de mètres de la maison familiale où Sarah vit avec les deux enfants.

Xanax et whisky l'aident à passer certains caps et certaines humeurs en attendant que l'inspiration pour son nouveau roman revienne.

Appelé par son frère aîné, il se rend dans sa ville natale pour accompagner son père au quotidien, en attendant le retour de sa mère à l'hôpital. Les liens avec sa famille, toujours en banlieue parisienne, sont plus que distendus. Ils sont des étrangers les uns pour les autres, connaissant davantage ce qui les agace, ce qui les éloigne que ce qui les relie, mis à part ces liens du sang.

Paul, comme pour fuir son présent, part à la rencontre de son passé et des amitiés et amours qui l'on construit, comme s'il débobinait l'écheveau de sa jeunesse pour mieux revenir aux sources de son mal-être, de sa Maladie.

Ce roman est dense parce qu'au-delà du cheminement personnel, il y a un fort ancrage social et contemporain, c'est le témoignage d'une génération de rêves d'ascension sociale, de parents ouvriers. Paul s'est construit seul, différent, dans cet univers banlieusard culturellement pauvre dont il est si loin à présent, lui et sa volonté de créer sa famille, ses amis, ceux qu'il a choisis. En retournant sur les lieux de son enfance, il part à la recherche de lui-même. C'est un roman d'amour, de soi, des autres, de l'Autre.

Ce roman c'est aussi une réflexion sur la famille, la fraternité, comment la construction des uns est inévitablement imbriquée dans celle des autres : se construire en opposition/réaction, par-delà des souffrances parentales dont on ne connait pas toujours les causes et encore moins leur ampleur.

J'ai beaucoup aimé le personnage de Paul, si touchant, si brillant socialement et si "looser" dans l'intimité. J'ai eu envie de croire en ses espoirs, il m'a beaucoup émue. 

 

"Il ne nous arrivait jamais d'être physiquement en contact, excepté la bise rituelle que nous échangions en guise de bonjour ou d'au revoir et durant laquelle les lèvres n'effleuraient qu'à peine la peau des joues. J'ai posé ma main sur la sienne. Je respirais mal. D'où venait que ce geste entre une mère et son fils puisse être à ce point étrange, inédit, incongru? D'où venait qu'après tant d'années une mère et son fils se connaissaient si mal, se parlaient si peu, se témoignaient si peu de tendresse? D'elle ou de moi? Etait-ce là un symptôme de plus de mon incapacité à entrer réellement en contact avec les autres, de cette manie que j'avais de les fuir, de ce paradoxe qui me faisait me replier sur moi et refuser les marques d'affection, les démonstrations d'intimité, en même temps que je me plaignais intérieurement de ma solitude, de la froideur et de l'abstraction des liens qui m'unissaient aux autres : mes amis, mes parents, mon frère?"

"Mon esprit quittait sans cesse le film, je jetais un oeil à Sophie, à l'appartement où j'avais dû m'exiler, à la mer qui ne suffisait plus à m'apaiser, je contemplais le champ de ruines de ma vie, sans Sarah rien ne tenait, sans Sarah j'étais tout simplement incapable de mettre un pied devant l'autre, j'avais perdu le sens de la marche. Dans la baie vitrée mon visage se reflétait et j'avais l'air d'un type de quarante ans au bas mot. Comment était-ce possible? Pourquoi ma génération se révélait à ce point de grandir, de se comporter en adulte? Connaissais-je un adulte de mon âge? En existait-il seulement?"

"Je suis un être périphérique. Et j'ai le sentiment que tout vient de là. Les bordures m'ont fondé. Je ne peux jamais appartenir à quoi que ce soit. Et au monde pas plus qu'à autre chose. Je suis sur la tranche. Présent, absent. A l'intérieur, à l'extérieur. Je ne peux jamais gagner le centre. J'ignore même où il se trouve et s'il existe vraiment. La périphérie m'a fondé. Mais je ne m'y sens plus chez moi. Je ne me sens aucune appartenance nulle part. Pareil pour ma famille. Je ne me sens plus y appartenir mais elle m'a définie. C'est un drôle de sentiment. Comme une malédiction. On a beau tenter de s'en délivrer, couper les ponts, ça vous poursuit."

Les lisières, d'Olivier ADAM

Editions Flammarion, 2012.

Publié dans Roman, Coup de coeur

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