Saphira, sa fille et l'esclave, de Willa CARTHER

Publié le par Alice

Saphira, sa fille et l'esclave, de Willa CARTHER

Quatrième de couverture Chez les Colbert, un choeur de femmes mène la danse. Saphira, la mère, s'accroche de toutes ses forces aux traditions esclavagistes. Rachel, la fille, a embrassé les idées progressistes de son père : elle tente de sortir Nancy, jeune métisse au service de la famille, de sa condition. Le destin de Nancy cristallise tous les paradoxes de la guerre de Sécession, mettant à nu l'empreinte indélébile de cette part douloureuse de l'Histoire.

 

Par le biais d'une histoire  familiale, c'est l'histoire de l'Amérique et son rapport à l'eclavagisme qui est mis en lumière. 

Saphira se marie avec un homme, un meunier, de condition inférieure. Lorsqu'elle déménage, plus au Nord, pour s'installer avec lui, elle emmène dans ses bagages sa famille d'esclaves. De maîtresse bienveillante, elle devient progressivement beaucoup moins clémente lorsque des bruits courent concernant la jeune et jolie Nancy, qu'elle a tant appréciée. Sa douceur ne serait pas indifférente à M.Colbert, le maître.

Pourtant, la bienveillance de celui-ci est certainement davantage le fait de ses idées progressistes et humaines qu'à sa lubricité. Lui et sa fille, Rachel, illustrent cette Amérique nouvelle qui ne conçoit plus l'esclavagisme comme une normalité.

Tout bascule lorsque le jeune neveu de M. et Mme Colbert, Martin, se montre insistant auprès de Nancy, sous l'oeil consentant de la maîtresse de maison. La pauvre jeune femme souffre de cette situation, cherchant de l'aide, feintant pour éviter les pièges grossiers de Martin. Et puis, la seule issue qui s'impose est la fuite, vers le Nord, le Canada, pour vivre une vie meilleure où déjà l'esclavagisme est de l'histoire passée.

Le roman illustre parfaitement le glissement vers laquelle l'Amérique bascule : la considération humaine apportée (enfin) aux esclaves. Par le biais du portrait de Jézabel, la grand-mère de Nancy qui se meurt, Willa Cather démontre également que ces portraits de maîtres et maîtresses ne sont pas aussi manichéens, que des liens se tissent, des liens que l'on pourrait presque qualifier de familiaux.

Saphira, sa fille et l'esclave se lit sur plusieurs niveaux, au-delà de la petite histoire, c'est la grande histoire qui agit sur les actes et pensées des personnages.

 

"Un sentiment etouffé depuis longtemps venait de s'embraser violemment en elle - de se muer en conviction. Jamais elle n'avait entendu dire cette chose auparavant, jamais ainsi mise en mots. C'était de posséder qui était mal, la relation que cela impliquait ; peu importait ce qu'elle pouvait avoir de commode ou d'agréable pour le maître et pour le serviteur. Elle l'avait toujours su. C'était là ce qui la rendait malheureuse chez elle, ce qui faisait obstacle entre elle et sa mère. Comme elle détestait le ton sarcastique que prenait cette dernière pour réprimander les domestiques! Et elle n'en détestait pas moins ses accents de dédaigneuse clémence."

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