Paradis amer, de Tatamkulu AFRIKA

Publié le par Alice

Paradis amer, de Tatamkulu AFRIKA

Quatrième de couverture : Un vieil homme, Tom Smith, reçoit une lettre et un colis de la part d'une personne qu'il n'a pas vue depuis cinquante ans : Danny, avec qui il fut prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un camp dirigé par les Italiens, en Afrique du Nord. Dans cette intimité contrainte, tous deux se surprirent à ressentir l'un pour l'autre des sentiments très forts qui les aidèrent à supporter les conditions terribles de détention, mais qui furent aussi source de conflits violents et passionnés.

 

On pourrait ne retenir de ce roman que le thème de l'homosexualité masculine en temps de guerre ; mais ce serait si réducteur... d'autant plus réducteur d'ailleurs que l'on ne trouve aucun ébat entre ces pages, où chaque frôlement est plus sensuel que sexuel.

Ce récit est autobiographique, l'auteur, originaire d'Afrique du Sud est retenu prisonnier comme des centaines de soldats de différentes nationalités, en Lybie, 

Le climat et les conditions extrêmes dans lesquelles ils sont maintenus en vie crée une sorte de langueur, de torpeur où les corps, fragilisés, s'observent, s'évaluent et se rapprochent malgré eux. Tom Smith, le narrateur,qui a épuré son patronyme au point de le rendre d'une banalité anonyme, est un très jeune homme blessé par la vie : victime d'un inceste paternel étant enfant,  il vit chaque rapprochement amical comme une agression et une entrave à sa liberté d'être.

Pourtant, lorsque son corps croise celui de Danny, l'Anglais, ce "Roosbeef", c'est la fascination pour cette aisance dans le mouvement, et l'exposition de cette plastique athlétique, qui l'attire comme un aimant.

Heurté, troublé par cette proximité, Tom se réfugie dans le mesonge et la distance, accumulant les maladresses et les tergiversations comportementales. Une amitié fusionnelle, passionnelle naît entre les deux hommes, la force des sentiments peut-elle encore qualifier cette relation d'amicale? A partir de quand l'amour (à moins qu'il ne s'agisse que de désir?) s'immisce subrepticement entre leurs deux corps, se cherchant comme deux sources potentielles de chaleur sur un matelas inconfortable alors que l'hiver est rude?

La complexité et le refus des sentiments naissants obligent Tom à peser sans cesse le poids des mots, ceux qu'il prononce, ceux que son ami énonce : de l'homophobie déclarée à la particularité de leur relation, la frontière est ténue. 

Ce roman est un beau roman, pudique, une ôde à l'amitié, au désir, à l'amour, malgré la rudesse de l'écriture, le manque de fluidité de certains passages aux phrases (ou traductions?) maladroitement alambiquées.

 

"Parfois je tente de faire face à la bête amorphe de mes sentiments, de lui donner une forme, un contenu, afin de l'interroger en espérant obtenir une réponse. Déjà mon esprit, rebelle récalcitrant, a élaboré un certain nombre d'informulables questions telles que  : Suis-je l'un deux? Suis-je amoureux d'un homme? Mais je repousse violemment  ces interrogations  avec le désespoir d'un assiégé, puis avec  une vulgarité délibérée je me concentre sur la mécanique de la sexualité entre hommes."

" Des coassements de grenouilles dans un étang ou dans un cours d'eau lointain, le crissement, plus près, d'un grillon, pareil à celui d'un gond rouillé, et la senteur verte et pure des prairies, relevée par une légère odeur poivrée de bouse de vache, m'assaillent comme des souvenirs d'une innocence, laquelle  - commec'est également le cas pour Danny? - est morte à la première pénétration qui, très bizzarement ne me fait plus crier dans mes cauchemars. Comme une fois auparavant, je me demande comme il se fait  que je n'en aie pas revé depuis le jour où, au soleil, Danny m'a dit que j'avais crié en dormant. Médusé, je fais halte. Quelle est la cause de la stupéfaction? L'acceptation? L'accélération d'un processus d'apaisement, qui, parce qu'il intègre tout le reste, finira par mener à la guérison?"

 

 

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