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Questions à Camille Anseaume

Publié le par Alice

Questions à Camille Anseaume

Il y a quelques jours je vous avais présenté le très joli roman de Camille Anseaume, Ta façon d'être au monde.

Camille a accepté de se prêter au jeu des questions /réponses à propos de son livre (je n'oserais parler d'interview étant très novice du genre):

 

Ta façon d'être au monde: un roman d'amitié? d'apprentissage? Comment le qualifieriez-vous?
C’est difficile de qualifier son propre livre, parce que cela suppose d’être très au clair sur l’intention portée devant le lecteur. Or, ce qui me fascine dans cette aventure qu’est l’écriture, c’est justement l’appropriation que fait le lecteur de ce qu’on lui met entre les mains. Il y a mille livres à l’intérieur d’un livre, parce qu’il y a mille façons de le recevoir, de le comprendre. Dans les retours que j’ai, certains me parlent de l’histoire d’amitié, d’autres de l’évolution de la narratrice, d’autres du deuil. Les lecteurs ne retiennent pas tous la même chose, comme si l’histoire s’adressait à eux de différentes façons, selon leur histoire, leur sensibilité.

 

L'utilisation peu conventionnelle des pronoms personnels et de la désignation des personnages vous est apparue comme une évidence?
Oui, complètement. Je n’ai pas eu à cœur de faire quelque chose d’original, je n’avais d’ailleurs pas conscience que ça l’était tant que ça. J’ai écrit d’abord la deuxième partie, puis la première. Quand j’ai commencé à traiter de l’enfance de la « narratrice », le « elle » est venu tout seul, parce que cette femme, dans l’enfance, n’était pas « dans son corps ». Elle n’était pas incarnée, elle ne pouvait pas parler d’elle à la première personne du singulier. Elle parle d’elle quand elle était enfant avec une telle distance que le « elle » s’est imposé. Le « tu », lui, ne change pas. Tout le livre s’adresse à la même personne, l’amie d’enfance, que l’on découvre grandir. J’ai été étonnée que parfois les gens soient autant décontenancés. Je comprends qu’il faille un peu de temps pour s’habituer à cette narration, mais c’est finalement assez simple : dans la première partie, une voix s’adresse à quelqu’un, un « tu », pour lui raconter son enfance, et en particulier son amitié avec une petite fille. Puis, dans la deuxième partie, c’est cette petite fille devenue grande qui prend la parole, et continue le récit.

 

Quand vous avez commencé l'écriture de ce roman, aviez-vous en tête la chute?

Pas du tout. C’était hyper étrange. Pour différentes raisons, j’ai mis beaucoup de temps à achever ce livre. Je n’avais aucune idée de la fin. Et un jour, j’ai tout relu, et je suis tombée de ma chaise. C’est comme si mes personnages m’avaient caché quelque chose, et que je venais de le réaliser, brusquement. Comme si la chute était déjà pré-écrite, mais que je ne le savais pas encore. Il y avait des indices partout, et pourtant je n’avais rien vu. Vraiment, ce n’est pas moi qui ai écrit la fin, mais mes personnages qui ont fait leur vie tout seuls.

 

J'imagine qu'il y a une part d'autobiographie dans le roman, au-delà du fait que la première partie du récit est l'abandon progressif des illusions, est-ce que vous vous reconnaissez dans cette petite fille en souffrance?
Cette petite fille a des choses en commun avec moi, comme par exemple une inquiétude sur le temps qui passe, une nostalgie très forte, à un stade très précoce. Le temps, c’est un thème qui m’habite complètement. Alors je me suis inspirée de mes sensations, bien sûr, mais j’ai aussi forcé le trait.

 

Vous connaissez inévitablement mieux vos personnages que les lecteurs. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir "fait le tour" des émotions du personnage principal.

Ce personnage m’échappe en partie, pour la bonne et simple raison qu’elle s’échappe en partie à elle-même. Et puis je n’ai pas voulu dresser un portrait psychologique complet, j’ai voulu livrer des morceaux d’elle, assez épars, pour rendre compte justement de son aspect « dispersé ». J’ai voulu qu’elle reste floue, comme une silhouette, parce qu’elle se sent dans la vie floue, comme une silhouette.

 

A quel moment vous, en tant qu'auteur, avez eu la sensation d'avoir achevé la rédaction?

Dès que j’ai trouvé la chute. Dès que je l’ai démasquée, plutôt. Au moment précis où j’ai compris ce que mes personnages me cachaient, tout est devenu clair. Ca a été le vrai point final. Sur le reste, je n’ai pas cette névrose de l’ « inachevé ». Sans doute parce que je suis pleinement consciente que tout est perfectible, toujours, et que ce serait très présomptueux de rendre un texte en estimant qu’il a atteint cette perfection. Ce qui me tient à cœur, c’est de le livrer au moment où j’ai l’impression que j’ai dit ce que j’avais sur le cœur, que j’ai fait passer mon message. Je crois aussi que je n’aime pas les choses trop propres, parce qu’elles perdent de leur aspérité. Peut être que c’est une excuse de feignasse, mais je pense qu’il ne faut pas trop revenir sur ce qui a été écrit, du moment que ça « sonne juste » pour soi, c’est à dire du moment que le propos est sincère, transparent.

 

 

Merci Camille pour votre gentillesse et ce bon moment passé en compagnie du roman,

Pour trouver d'autres clés à propos du livre, des personnages, je vous invite à lire le blog de Camille.

 

 

 

 

 

Publié dans Alice interviewe

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