Jacob, Jacob de Valérie ZENATTI

Publié le par Alice

Jacob, Jacob de Valérie ZENATTI

Jacob Melki est un jeune homme juif d'Algérie, issu d'une famille modeste : il vit dans un tout petit appartement, dans la promiscuité la plus totale avec ses parents, son frère, son épouse et leurs enfants. 

L'histoire débute à quelques heures de son départ pour la guerre, en 45, pour délivrer la France des allemands. Ces français des colonies, qui n'avaient jamais mis les pieds en métropole mais qu'on envoyait au front. Jacob représente la lumière, la vie, l'intelligence et l'humanité dans cette famille patriarcale où les hommes sont des rustres. Son départ affectera d'autant plus sa mère, perdant ainsi son benjamin tant aimé, eu sur la tard.

Jacob découvrira l'amitié et la violence, le sang et l'amour, mais aussi la France, du Sud à l'Est, complètement déraciné. La vie continuera en Algérie, dans le même dénuement, malgré la perte des êtres chers, pour connaître l'exil, en 61, lorsque un chanteur juif se fait assassiner, marquant ainsi la fin de leur vie au pays.

Ce roman, outre le fait qu'il évoque une période importante de l'histoire des juifs algériens, est aussi plein de tendresse pour ses personnages. Profondément humain et porteur d'espoir, Jacob incarne une génération brisée par la guerre.

L'écriture de Valérie Zenatti est fluide, elle retranscrit, avec ce souci du détail caractérisé par la longueur des phrases, les impressions et les sentiments les plus justes. Un roman très émouvant, qui porte une profonde tristesse, celle de l'injustice et de la compassion ressentie.

 

Jacob était fait de ses mots transmis de génération en génération, prières, bénédictions, exclamations, il était fait aussi des silences si nombreux autour de l'amour, de la mort, et il était curieux qu'il ait rencontré les deux à des milliers de kilomètres de là où il était né, détaché des siens, défenseur d'une Europe qui avait tué ou laissé mourir des juifs mais qui l'avait bien voulu, lui, pour la délivrer, alors que trois ans avant son incorporation on ne l'avait plus jugé suffisamment français pour l'autoriser à franchir les portes du lycée d'Aumale.

 

(...) pourquoi Jacob n'était pas rentré, la protection n'était peut-être pas efficace en dehors de la maison, sur une terre lointaine et froide, dans un lieu où l'on ne croyait pas en Dieu de la même manière, et Rachel, qui fixait aussi les marques, se balançait doucement en se maudissant d'avoir donné le prénom d'un enfant mort à Jacob, ça avait été une erreur de défier ainsi le choix de Dieu, et elle pensait, si il avait été fragile comme Abraham, ils n'auraient pas voulu de lui à l'armée et il serait encore là, s'il n'avait pas été vigoureux, il serait resté dans un bureau à remplir des papiers et il serait encore là, si le fou allemand n'avait pas décidé de faire la guerre en Europe, il serait encore là, s'il avait été moins beau et n'avait pas attiré le mauvais oeil de tous ceux qui le croisaient, il serait encore là, et si j'avais pu l'embrasser une dernière fois, cela m'aurait suffi, et si je n'avais pas pu l'embrasser mais si j'avais pu le voir de loin, cela m'aurait suffi, et si je n'avais pas pu l'embrasser ni le voir de loin ni entendre sa voix mais que je l'avais simplement vu mort, cela m'aurait suffi, et si je ne l'avais pas vu mort mais qu'on m'avait apporté ses derniers vêtements imprégnés de son odeur et de son sang, cela m'aurait suffi, mais il n'y avait rien eu à part l'annonce (...).

Publié dans Roman

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