Une constellation de phénomènes vitaux, d'Anthony MARRA

Publié le par Alice

Une constellation de phénomènes vitaux, d'Anthony MARRA

(Attention, ceci est un ouvrage à mettre entre entre vos mains de toute urgence).

L'histoire se passe sur 10 ans, en Tchétchénie, de 1994 à 2004 - si vous suivez un peu les informations géopolitiques, il s'agit des deux guerres successives de Tchétchénie - avec l'histoire d'hommes et femmes d'un même village, qui croisent la destinée de Sonja, une femme chirurgien revenue dans son pays natal pour retrouver sa soeur, après avoir effectué ses années de médecine en Angleterre.

Le choc entre la civilisation moderne et ce pays en guerre, dangereux, sans eau, sans electricité, où manger est un luxe, est violent (y compris pour moi, lectrice, qui en a pris conscience en lisant ce roman).

C'est donc une histoire qui secoue. Qui brutalise, aussi durement que le furent ces années noires de conflit où tortures, délations aussi courantes qu'arbitraires, détruisirent les familles.

L'écriture est poétique, légère et imagée, malgré le choc des situations.

J'ai aimé tous les personnages, leur psychologie, les rêves, idéaux et souhaits qui motivent leur survie et leur co-existence. Leur vie est profondément imprégnée de souffrance, l'insouciance n'a pas sa place et pourtant, oui, les personnages sont nos contemporains, et pas si loin.

Le chaos est partout, y compris dans cet hôpital en ruine mais toujours ouvert, où les jambes sont coupées plus efficacement que les naissances sont données, il y a cette femme qui a décidé de vivre et de poursuivre son travail de résilience en dessinant sur les fenêtres occultées le paysage qu'elle voyait, avant. Avant que la guerre ôte la vie.

C'est un chirurgien qui a décidé de soigner les corps, faute de pouvoir réparer les âmes ; qui a d'ailleurs choisi de nier l'humain derrière chaque membre à soigner.

Il y a une humanité vraiment bouleversante en chaque personnage, on peut choisir de les trouver tous beaux, ou profondément faux, ou même étrangers à la souffrance de l'autre. Et pourtant Havaa est cette enfant qui personnalise l'espoir et la vie dans ces destinées poursuivies par la mort. C'est l'enfant à protéger, l'enfant qui doit vivre.

J'ai aimé aussi la délicatesse de l'auteur qui choisit de nous raconter l'histoire de chacun, une fois que l'on aura fermé les pages de ce livre, comme un ultime espoir.

 

Je n'ai pas fait un résumé très efficace de ce roman, de peur d'en dire trop. Alors je vous livre la quatrième de couverture qui achèvera peut-être de vous convaincre :

Dans un village enneigé de Tchétchénie, Havaa, une fillette de huit ans, regarde, cachée dans les bois, les soldats russes emmener en pleine nuit son père, accusé d’aider les rebelles. De l’autre côte de la rue, Akhmed, son voisin et ami de sa famille, observe lui aussi la scène, craignant le pire pour l’enfant quand les soldats mettent le feu à la maison. Mais quand il trouve Havaa tapie dans la forêt avec une étrange valise bleue, il prend une décision qui va bouleverser leur vie. Il va chercher refuge dans un hôpital abandonné où il ne reste qu’une femme pour soigner les blessés, Sonja Rabina.
Pour Sonja, chirurgienne russe talentueuse et implacable, l’arrivée d’Akhmed et de Havaa est une mauvaise surprise. Exténuée, débordée de travail, elle n’a aucune envie de s’ajouter ce risque et cette charge. Car elle a une bonne raison de se montrer prudente : accueillir ces réfugiés pourrait compromettre le retour de sa sœur disparue. Pourtant, au cours de cinq jours extraordinaires, le monde de Sonja va basculer et révéler l’entrelacs de connexions qui lie le passé de ces trois compagnons improbables et décidera de leur destin.À la fois récit d’un sacrifice et exploration du pouvoir de l’amour en temps de guerre, Une constellation de phénomènes vitaux est surtout une œuvre portée par le souffle profond de la compassion, vers ce qui doit être et ce qui demeure".

 

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