La robe de Hannah, de Pascale HUGUES

Publié le par Alice

La robe de Hannah, de Pascale HUGUES

Quatrième de couverture :

Si l'on vous dit que l'héroïne de ce livre est une rue berlinoise, ni grande ni belle ni célèbre, une rue d'autant plus anonyme que son nom n'est jamais cité, vous penserez probablement : « Sans moi, merci. » Et pourtant « La Robe de Hannah » est un récit à la fois âpre et tendre, bouleversant et plein de surprises. Lorsque la Française Pascale Hugues s'installe en Allemagne il y a vingt ans, elle prend le premier appartement qu'elle trouve. En flânant dans sa rue, construite en 1904 et détruite à 80% pendant la guerre, lui vient une idée de journaliste (comme quoi certains d'entre nous en ont parfois d excellentes!) : raconter, à travers le destin des gens qui ont habité là, l'histoire de l'Allemagne. Pascale Hugues pensait que personne ne répondrait à ses petites annonces. À tort. Du bout du monde, des survivants de la Shoah la contactent, elle retrouve des témoins des laborieuses années de l'après-guerre, des décennies contestataires (70-80) et, enfin, de ces familles réunies après la chute du Mur. Se succèdent des personnages attachants : Lilli, Hans-Hugo, Liselotte, Frau Soller, même David Bowie, qui vécut deux ans au numéro 7. Plus qu un « simple » travail d'historienne, « La Robe de Hannah » est une oeuvre singulière, émouvante, très bien écrite qui vient de recevoir le prix Simone Veil.

 

Ce que j'en ai pensé?

Le fil conducteur de ce récit, c'est la rue dans laquelle habite Pascale Hugues, à Berlin. Théâtre des événements tragiques de la seconde guerre mondiale, entre rafles et bombardements, l'auteure se met en tête de retrouver les survivants qui ont habité sa rue, autrefois. La publication d'une annonce dans un journal spécialisé lui permet de retrouver, désormais aux quatre coins du monde, les Berlinois d'autrefois.

Même si la période que chaque ancien habitant relate est la à peu près la même, c'est -à-dire avant et pendant les premières années de la guerre, puisque la rue fut quasiment entièrement détruite en 45, chaque chapitre raconte l'histoire d'une personne, d'une famille dont le destin fut marqué par le fait de devoir déménager, de gré ou de force.

Autant d'histoires que de récits disparates, inégaux : des juifs déportés aux familles exilées, à ceux que l'on accuse de collaborer. Certains souvenirs semblant tellement lointains (que reste-t-il de la mémoire d'un homme de presque 90 ans d'un événement vécu à à peine 10 ans? Quelle valeur ont ses souvenirs en termes d'authenticité?)

L'idée d'illustrer chaque récit par des photos d'époque est judicieuse et fort heureusement, agit comme le lien, le liant manquant à tous ces récits dont on peine à trouver le fil conducteur.

Raconter une rue, sur 70 ans, n'est-ce pas un projet bien (trop?) ambitieux? A ceux qui ne connaissent pas Berlin avec leur coeur, à ceux qui n'entendront certainement jamais parler de cette rue, la densité du récit , la multitude des protagonistes et des lieux, leur semblera très certainement, bien peu passionnant.

Finalement, l'histoire de cette rue, est l'histoire de toutes celles de l'Europe de la Seconde guerre mondiale.

 

Non, il ne faut pas oublier, et ce récit contribue par son existence même au devoir de mémoire, mais je crois m'être perdue, à mi-chemin entre David Bowie et cette famille juive exilée aux Etats-Unis.

 

 

"Quand on oublie jusqu'aux noms, il ne reste plus rien!"

"En ce dernier moment de ma vie, je m'aperçois que je ne me sens pas du tout une identité juive. C'est plus une solidarité de destin. Cela n'a aucun lien avec la religion. La seule chose qui me soit restée, ce sont les chants hébreux appris à Herrlingen. Mais entre un chant et une conception du monde, il y a un grand abîme."

 

La robe de Hannah, de Pascale HUGUES. Edition Les arènes, 10 avril 2014

 

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