L'entre-temps de René GUITTON

Publié le par Alice

L'entre-temps de René GUITTON

Quatrième de couverture

Le petit Alex né dans un camp d’internement perdu au fond du Maroc est devenu un homme. Un homme plus vieux que ne l’a jamais été son père, marin, qui l’a façonné et fasciné. Il lui a appris les bateaux, les avions, la contemplation du rayon vert des couchers de soleil, l’ouverture aux autres, et la loyauté. C’est d’ailleurs par loyauté envers sa mère et son père qu’Alex revient en terre natale : depuis trop longtemps séparés, ses parents doivent être enfin réunis, en France. Et l’enfant devenu adulte se nourrit du souvenir de Rose, sa mère, jeune modiste italienne, sauvage et envoûtante, de ses grands-parents épris de liberté, de Yemna la juive, de Mina la musulmane, de sa tante d’Amérique, de ses cousins d’Afrique…
Dans ce roman sensible et fort, écrit avec pudeur et élégance, s’enchevêtrent les alliances perverses de la Seconde Guerre mondiale qui précipitent Rose en captivité. Malgré la tragédie du monde qui s’écroule, le bonheur d’être ensemble l’emporte sur la cruauté. Au fil d’un « tu » timide et délicat à la voix sobre et retenue, le fils s’adresse au père, dans une quête des origines visant à saisir enfin quelques parcelles du mystère de la filiation.

 

L'entre-temps est un roman d'amour filial poignant.

Au début de la lecture, j'avoue m'être un peu ennuyée, me demandant où le narrateur nous emmenait, ces souvenirs d'enfance étaient émouvants mais trop personnels et si individuels... Je n'étais pas vraiment à l'aise, ne trouvant pas ma place dans ce récit qui me semblait si idéalisé. Le regard que le narrateur porte sur son père est totalement dénué de tout esprit critique. 

Progressivement, c'est la tendresse omniprésente qui m'a émue : cet homme devenu adulte qui veut réunir ses parents et qui, par la même, retourne au Maroc pour se souvenir, une dernière fois de cette enfance hors du commun. Il a fallu que le souvenir explique le présent pour que je réunisse les pièces du puzzle de ma lecture.

C'est une véritable déclaration d'amour au père disparu beaucoup trop précocement. L'homme a retrouvé les souvenirs, les mots et les sensations de l'enfant qui prend la plume pour raconter avec une sensibilité inégalée.

Chaque souvenir a une symbolique pour l'enfant qu'il était et pour l'adulte qu'il est devenu.

L'écriture est fluide et très belle. Les images foisonnent, c'est un véritable plaisir se se promener au gré des mots.

"Les jours s'écoulaient, et j'attendais de te revoir. Aude appartenait à Rose, comme je t'appartenais.  Je partageais ma mère avec la nouvelle née à qui elle vouait ses heures, rythmées par la toilette, la pesée, la tété, l'attention, les babillages, les sourires, les regards et les caresses. Mon univers se rétrécissait ; je m'y sentais  de plus en plus à l'étroit. Même loin, tu devenais chaque jour davantage mon père, ma force, ce havre où je me réfugiais. Un oiseau se posait sur une branche, et je devenais moineau à mon tour, et toi mon rameau."

" J'ai refermé tes mains sur ta poitrine comme pour fermer ton corps. Je venais de te perdre. Pas de ces disparitions dont on espère retrouver un jour le disparu. Là, perdu à jamais, parti dans ton errance sans fin, en dehors de moi, hors de tout, pour le dernier voyage, le plus rien, le néant. Finis nos histoires sans paroles et nos sourires complices. Finies nos méditations vagabondes, et nos heures, côte à côté, à regarder la mer. Finie la quête du rayon vert ou les rêves de voyage à Lasekrem, dans les pas de Foucauld. Fini ta main refuge, ta main immense, musclée, rugueuse, ferme, rassurante, chaude qui prenait la mienne et m'entraînait dans ses élans. Fini. Tout était fini. Dieu n'existait plus."

 

Publié dans Roman

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