Imagine le reste, Hervé Commère

Publié le par Alice

Imagine le reste, Hervé Commère

D'emblée le titre m'a laissée dubitative, aussi tentée que je le serais face à un roman de Musso. D'ailleurs mon impression s'est confirmée avec des premiers chapitres qui trainent en longueur: la présentation des personnages est lente.

Puis, heureusement, le récit, les récits prennent place confortablement avec la surprise agréable pour le lecteur, d'être sans cesse baladé entre ce que les personnages laissent croire et ce qu'ils veulent vraiment .

Progressivement, j'ai le sentiment de me retrouver au coeur d'un film de Claude Lelouch : l'auteur a une infinie tendresse pour ses personnages qui ne sont jamais vraiment ce qu'ils ont l'air d'être, que l'on excuse parce qu'ils ont “souffert pour être ainsi”. Ce roman c'est celui des hasard et des coïncidences, celui de ceux qui sont nés invariablement sous une bonne étoile et ceux, qui, malgré toute leur bonne conscience et leurs intentions louables ne vivront qu'une suite d'évènements malheureux.

Les personnages se croisent pour une heure, un regard ou une vie. Je me souviendrai de ce qu'ils constituent, ensemble mais leur individualité ne me laissera pas un souvenir impérissable.

C'est un roman trop positif pour être qualifié de “policier”: Imagine le restec'est une histoire de sentiments, de personnages qui parviennent progressivement à une forme d'honnêteté avec eux-mêmes, avec ce qu'ils ont cherché à fuir ou à quitter. C'est aussi bien un roman d'apprentissage que de fins de vie, un tourbillon d'humanité comme le sont souvent les films de Lelouch.

Le roman se lit relativement vite et facilement, c'est léger et sympathique, bourré de bons sentiments, comme un livre de poche qu'on aurait choisi dans une gare, la veille d'un long trajet en train en partance pour les vacances.

 

" Tout cela valsait dans sa tête en embrayant à nouveau, première, seconde, troisième, et les rugissements des pistons, on ne sait rien, une phrase ou un regard peuvent modifier le cours d'une vie, Cimard pensait à ce qu'il savait de cette histoire si compliquée et à la fois tellement simple, dans laquelle chacun des personnages a un jour ou l'autre imaginé le reste, et s'est trompé. Il songeait aux illusions, celles dont on se berce, que l'on choisit de croire et suivre, celles que l'on se refuse, aussi, parfois, sans que l'on puisse jamais s'en vouloir, le tout étant de continuer, de vivre encore et d'essayer, de regarder, de s'écouter, de parfois se laisser aller."

"[...] Il revoyait ces deux amoureux transis à distance, Fred et Karl Avanzato qui avaient construit leurs vies dans le souvenir de cette femme, il roulait dans le soleil en voyant en face les illusions qui nous entourent et les chemins que l'on se trace, il suffit d'un sentiment pour faire ou défaire une vie, quelques instants déterminants dont découlera le reste, quelques paroles, un regard, ou même un simple rêve qu'on prend pour la réalité, un faux reflet, juste un mirage."

 

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